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Kenya: l'élection présidentielle de nouveau au défi de l'électronique
Censée apporter fiabilité, crédibilité et rapidité aux scrutins, l'introduction de dispositifs électroniques dans les élections au Kenya a régulièrement été source de controverses et de suspicions, qui restent vives avant l'élection présidentielle du 9 août.
. Trois étapes électroniques, mais un vote physique
Après les sanglantes violences post-électorales de 2007-2008, les autorités ont introduit une part de technologie dans le processus électoral pour tenter de crédibiliser les résultats et limiter les délais d'annonce sources de tensions.
Elle concerne l'inscription sur les listes électorales, l'identification au bureau de vote et la transmission des résultats.
L'enregistrement des électeurs via des kits biométriques mobiles a permis de gonfler le nombre d'inscrits, passé de 14,3 millions en 2013 à 19,6 millions en 2017 et 22,1 millions cette année, dans ce qui est unanimement reconnu comme une avancée démocratique majeure.
Ce registre de données biométriques (empreintes digitales, photo) est utilisé le jour de l'élection pour identifier électroniquement les électeurs au bureau de vote, avant une procédure de vote classique avec un bulletin papier déposé dans l'urne.
La technologie intervient à nouveau à la fermeture du bureau de vote. Après le dépouillement manuel, les résultats sont transmis électroniquement à l'échelon de la circonscription pour être compilés, puis au niveau national pour aboutir au résultat final.
. Un dispositif contesté en 2013 et 2017
En 2013, le système informatique avait largement failli, contraignant la commission électorale à basculer sur un système manuel. L'opposition, emmenée par Raila Odinga, avait dénoncé une action délibérée de sabotage en faveur du vainqueur Uhuru Kenyatta.
En 2017, l'identification biométrique avait correctement fonctionné mais la transmission des résultats avait été au coeur de la contestation de la réélection de Kenyatta.
Le camp Odinga affirmait notamment que le système avait été piraté pour favoriser le président sortant. Après audit, le fournisseur français, OT-Morpho, avait démenti toute manipulation ou piratage.
La Cour suprême avait invalidé le résultat et demandé un nouveau vote, évoquant notamment des "irrégularités" dans la transmission des résultats.
Dans un rapport publié en 2018, la mission d'observation de l'UE avait noté une "amélioration" dans l'usage de technologies, mais pointé des "tests insuffisants en termes de capacité et de sécurité".
. Une "zone grise" en 2022
La commission électorale (IEBC) a mené des tests de transmission de résultats en juin sur 2.900 bureaux de vote, avec un taux de réussite de 46%, puis fin juillet sur un échantillon réduit de 580 bureaux, avec 92% de succès.
"Mais il y a 46.233 bureaux de vote (...) donc ça reste une zone grise. Nous ne sommes pas sûrs que le système de transmission fonctionnera à 100%", note Mulle Musau, du Groupe d'observation des élections (Elog), association qui scrute depuis 2010 le bon déroulement des votes.
Cette année, 1.272 bureaux de vote se trouvent dans des zones avec une couverture internet faible ou nulle (contre environ 11.000 en 2017). Selon l'IEBC, les transmissions depuis ces bureaux seront assurées par des modems-satellite.
L'IEBC assure avoir paré à toute défaillance.
Les plus de 55.000 kits électroniques déployés fonctionnent avec deux batteries autonomes. Chaque circonscription sera dotée de six kits de secours et en ultime recours, un retour à un système manuel, tel un registre électoral papier, sera possible.
"Un kit n'a besoin d'internet que lorsqu'il transmet les résultats. Il fonctionne hors ligne, il ne peut pas être piraté", a également affirmé Justus Nyang'aya, un des responsables de l'IEBC.
Pour limiter les possibilités de fraude, les formulaires de résultats seront photographiés et envoyés sous forme de photo - et non en fichier texte comme en 2017. Ils seront ensuite recoupés avec les originaux papier, acheminés physiquement.
. Un système "opaque" source de suspicions
D'une manière générale, la technologie "a rendu nos élections beaucoup plus complexes, (...) plus floues et donc opaques", estime Mulle Musau.
"Quand les gens ont le sentiment que les choses sont floues, ça devient très dangereux", ajoute-t-il. "Le plus gros problème de nos élections tient en un mot: la confiance".
La société britannique Smartmatic, qui a remplacé OT-Morpho, a fait l'objet de critiques, qui affirment que plusieurs élections dans lesquelles elle a été impliquée - notamment en Ouganda, aux Philippines, au Venezuela - ont connu des failles.
"Les processus électoraux, d'une manière générale, sont vulnérables à la désinformation. Les acteurs malveillants diffusent systématiquement des mensonges pour saper les élections en alimentant la peur, l'anxiété et la méfiance", a répondu une porte-parole, Samira Saba, dans un courriel à l'AFP.
En juin, il a également été découvert qu'un million d'électeurs avaient été illégalement changés de circonscriptions dans la base de données l'IEBC.
Si trois employés de l'IEBC ont été arrêtés et les transferts d'électeurs annulés, l'affaire est venue alimenter un climat de suspicion croissante envers la fiabilité du système.
L.Janezki--BTB