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L'OMC évoque l'avenir du commerce mondial à Yaoundé sur fonds de tensions au Moyen-Orient
Les 166 membres de l'OMC apparaissent profondément divisés avant leur conférence ministérielle qui s'ouvre jeudi à Yaoundé, au Cameroun, dans un contexte de fortes turbulences de l’économie mondiale liées à la guerre au Moyen-Orient.
Pendant quatre jours, les membres de l'Organisation mondiale du commerce se réunissent pour tenter de relancer une institution fragilisée par les tensions géopolitiques, les blocages des négociations et la montée du protectionnisme, alors que la guerre au Moyen-Orient fait peser une lourde menace sur les échanges mondiaux.
La ministérielle va être "tendue parce que la tension est forte dans le système commercial mondial", a indiqué à l'AFP une source diplomatique occidentale.
La directrice générale de l'OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a elle lancé un appel mercredi pour que Yaoundé ouvre "un nouveau chapitre dans l'histoire du système commercial multilatéral".
Elle a également pointé du doigt l'"unilatéralisme auquel nous assistons" qui est engendré, selon elle, par "l'échec collectif" des membres de l'OMC, au fil des ans, à répondre aux préoccupations et "frustrations" des pays.
Organe décisionnelle suprême de l'OMC, la conférence ministérielle se tient généralement tous les deux ans.
- "Moment décisif" -
Pour cette quatorzième édition, nombre de pays souhaitent que la réunion marque un tournant pour l'organisation.
En 2024 à Abou Dhabi, les ministres avaient échoué à s'entendre sur la pêche et l'agriculture. Deux ans plus tard, ils se retrouvent face à un défi majeur : élaborer un plan d'action pour réformer l'OMC, à une époque marquée par l'unilatéralisme de l'administration Trump.
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a réclamé lundi "une réforme en profondeur de l'OMC (...) afin de mieux gérer les conditions de concurrence, les surcapacités et les politiques de marché". Londres aussi estime que "l'OMC vit un moment décisif".
Plusieurs membres souhaitent modifier les procédures de décision de l'organisation, qui suit le principe du consensus, mais aussi revoir les règles relatives aux pays en développement et celles concernant l'égalité des conditions de concurrence, et remettre en état de marche le mécanisme de règlement des litiges commerciaux.
Les intérêts nationaux divergent fortement, rendant toute percée diplomatique incertaine, selon les experts et diplomates.
"Je doute fort qu'un accord soit trouvé lors de la ministérielle sur la réforme. Les membres sont trop divisés sur des questions fondamentales", a indiqué à l'AFP Stuart Harbinson, du think-tank ECIPE (European Centre for International Political Economy) à Bruxelles.
- Le retour de Trump -
Cette ministérielle sous haute tension est la première depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, qui malmène le multilatéralisme et les règles de l'OMC à coups de droits de douane et de deals commerciaux bilatéraux.
"L'OMC doit évoluer si elle veut conserver une quelconque pertinence à mesure que le système commercial international se réoriente vers la réciprocité et l'équilibre", a averti lundi le représentant américain au Commerce Jamieson Greer.
Les discussions préparatoires à Genève ont révélé que quelques pays, notamment l'Inde et les Etats-Unis, n'étaient pas satisfaits de la proposition de feuille de route.
Une des principales demandes américaines est la révision du principe fondamental de l'OMC dit de "la nation la plus favorisée" (MFN) qui garantit qu'un pays offre un traitement égal à tous ses partenaires commerciaux. L'UE n'est pas opposée à ce qu'une "réflexion" soit menée.
La Chine, comme les autres pays en développement, souhaite en revanche que cette règle reste "le fondement" de l'organisation.
"Nous avons besoin d'un système fondé sur des règles, et pas sur le rapport de force", a expliqué à l'AFP une source diplomatique chinoise.
La réforme de l'OMC a été rendue plus urgente avec la paralysie prolongée de l'organe d'appel du mécanisme de règlement des différends depuis 2019 - liée au blocage de la nomination des juges par Washington - et la politique commerciale agressive de Donald Trump, dans un contexte international où la frontière entre commerce et enjeux de sécurité est toujours plus poreuse.
Pour beaucoup, l'enjeu à Yaoundé dépasse toutefois la simple adoption d'une feuille de route : "il s'agit de déterminer si l'OMC a encore un rôle dans ce qui est sa mission essentielle, qui est de réduire les obstacles aux échanges à une période ou on a plutôt tendance à les augmenter", a indiqué à l'AFP Pascal Lamy, ancien directeur général de l'organisation.
Au-delà de la réforme, les ministres doivent s'entendre à Yaoundé sur la reconduction du moratoire relatif aux droits de douane sur les transmissions électroniques. Ses partisans devront pour cela convaincre l'Inde.
H.Gerber--VB