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Riz, pastèques et thé: au Parlement irakien, les manifestants pro-Sadr prennent leurs quartiers
Dans les jardins du Parlement irakien, on fait chauffer du thé sur un feu de bois et on distribue des pastèques. Sur la pelouse, Oum Mahdi participe au sit-in avec ses quatre enfants, bien déterminée à rester autant que le voudra Moqtada Sadr.
Les milliers de manifestants qui ont envahi une nouvelle fois samedi le Parlement n'ont qu'une seule devise: "obéir" aux ordres de l'influent leader politique chiite.
Le Courant sadriste a lancé une campagne de pression maximale contre ses adversaires, rejetant leur candidat au poste de chef du gouvernement.
Ses partisans qui manifestent samedi et s'apprêtent à passer leur première nuit au Parlement rêvent de justice sociale, dénoncent la corruption endémique et le manque de services publics d'un Etat en déliquescence-- pourtant riche en pétrole.
"C'est Moqtada Sadr qui décide. Quand il nous dira de rentrer, nous partirons", martèle Oum Mahdi, enveloppée dans un voile noir traditionnel, tombant de la tête aux pieds.
Elle est accompagnée de ses trois cousines et porte encore dans ses bras son nouveau-né, tandis qu'à ses côtés se tient son aîné d'à peine neuf ans.
"Obéir au Sayyed c'est ce qu'il y a de plus important", insiste-t-elle en référence à Moqtada Sadr, utilisant son titre de descendant du prophète.
A l'entrée du Parlement, des manifestants plantent une tente camouflage, près de piles de cartons d'eau. Sous le regard des forces de sécurité, qui laissent faire, selon une journaliste de l'AFP.
En soirée, des petites camionnettes et des pick-ups arrivent par dizaines, transportant des bouteilles d'eau gardées au frais dans des bacs de glace, et des pastèques.
On distribue des repas chauds, du riz et du poulet.
Un peu plus loin, contre un trottoir, un contestataire accroupi a allumé un modeste feu de bois pour faire chauffer une théière. Un jeune homme à la silhouette élancée vend des paquets de cigarette.
- "Quitter maison et famille" -
Les manifestants rejettent la candidature au poste de Premier ministre de Mohamed Chia al-Soudani.
Ancien ministre et ex-gouverneur de province âgé de 52 ans, M. Soudani est le candidat du "Cadre de coordination", alliance de factions chiites pro-Iran regroupant la formation de l'ex-Premier ministre Nouri al-Maliki et les représentants du Hachd al-Chaabi, ex-paramilitaires intégrés aux forces régulières.
Dans le Parlement, les manifestants entonnent des chants religieux à l'occasion du mois lunaire de Mouharam, qui débutera dimanche en Irak et durant lequel les chiites célèbreront Achoura, commémoration du martyre de l'imam Hussein, gendre du prophète Mahomet et fils de l'imam Ali.
Quand vient l'heure de la prière, les hommes s'agenouillent sur le marbre gris du hall d'entrée, les plus prévoyants munis de leur tapis de prière.
Zeinab Hussein dit avoir "quitté maison et famille" pour participer au sit-in.
Elle égrène sa liste de doléances, les mêmes répétées en boucle par la majorité des 42 millions d'Irakiens dans un pays à la dérive: "l'eau, l'électricité, les écoles, les hôpitaux".
"Pourquoi il n'y a pas d'électricité en Irak", s'emporte-t-elle. "Où vont les bienfaits du pétrole?"
- "Corruption" -
Affalés dans les fauteuils de l'hémicycle, allongés sur la moquette des couloirs, adossés contre les colonnes, les manifestants tuent le temps en surfant sur leur portable.
Sur les avenues de l'ultra-sécurisée Zone verte, le secteur de Bagdad où se trouve le Parlement, les contestataires se prélassent aussi sur les pelouses et se promènent.
Qu'importe si des responsables fidèles à Moqtada Sadr occupent également les plus hauts échelons dans les ministères. Ses partisans le voient en figure d'opposition et héraut de la lutte contre la corruption, fustigeant les autres partis qui se partagent le pouvoir en Irak depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein.
"La corruption gangrène toutes les administrations publiques", déplore Sayed Haidar, un travailleur journalier de 35 ans, habitant du quartier populaire de Sadr City.
"Un pauvre ne peut rien demander à l'Etat ou à un ministère, s'il n'est pas lié à un parti politique", déplore-t-il.
Lui aussi voue une "obéissance" aveugle à Moqtada Sadr et participera au sit-in "selon ses instructions. S'il nous dit de partir, nous partirons, s'il nous dit de revenir à minuit, nous reviendrions".
Et de justifier: "C'est le seul en Irak qui défend les pauvres".
M.Furrer--BTB