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Bangladesh: candidat au poste de Premier ministre, Tarique Rahman s'attend à un défi "énorme"
Il se voit déjà Premier ministre, mais sait que sa tâche sera "énorme". A deux jours des élections législatives, le chef du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), Tarique Rahman, se prépare à hériter d'un pays "détruit" par le gouvernement renversé à l'été 2024.
Les Bangladais sont appelés à voter jeudi pour élire un nouveau Parlement, un an et demi après la contestation meurtrière qui a précipité la fin du règne sans partage de la "bégum de fer" Sheikh Hasina.
En l'absence du parti de l'ex-Première ministre, interdit, le BNP fait la course en tête devant la coalition emmenée par les islamistes du Jammat-e-Islami.
Dans son bureau de Dacca, Tarique Rahman, 60 ans, a expliqué mardi à l'AFP que sa priorité de nouveau Premier ministre serait "d'assurer le retour à la sécurité" dans le pays, toujours secoué de vives tensions depuis l'été 2024.
En prenant alors les rênes du Bangladesh, le chef du gouvernement provisoire, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, avait décrit le pays comme "cassé".
Tarique Rahman partage le même constat.
"L'économie du pays a été détruite par l'ancien régime, le système de santé du pays a été détruit par l'ancien régime, le secteur de l'énergie a été détruit", décrit-il.
"Ce que nous avons pu voir, c'est que les méga-projets d'infrastructure ont couvert une méga-corruption", développe Tarique Rahman. "Quelques personnes se sont enrichies mais le reste du pays, toute la population, s'est retrouvé sans rien du tout".
Après son arrivée au pouvoir en 2009, Sheikh Hasina, aujourd'hui en exil en Inde, a été saluée pour avoir accompagné le bond en avant économique du Bangladesh, qui a vu quadrupler son produit intérieur brut (PIB) par habitant sous ses mandats.
- "Faire mieux qu'eux" -
Mais ses proches sont accusés d'avoir largement pillé les caisses de l'Etat. Déjà condamnée à mort pour avoir ordonné la répression des émeutes de 2024, Mme Hasina a aussi été reconnue coupable de corruption.
"Nous espérons obtenir un mandat clair du peuple", poursuit de sa voix douce Tarique Rahman, sous les portraits de son grand-père Ziaur Rahman, le père de l'indépendance du pays, et de sa mère Khaleda Zia, trois fois Première ministre.
Confiant, il exclut même l'hypothèse d'une coalition. "Nous aurons assez de sièges pour former notre propre gouvernement", pronostique le chef du BNP.
Ce n'est qu'il y a deux mois que Tarique Rahman a pris la tête du parti et de sa campagne. Sa mère Khaleda Zia est morte en décembre à l'âge de 80 ans, lorsqu'il rentrait tout juste au pays après dix-sept d'exil à Londres.
Héritier d'une dynastie politique, Tarique Rahman se défend de n'être que "fils de". "Eux sont eux, je suis moi", dit-il, "j'essaierai de faire mieux qu'eux".
La tâche s'annonce difficile.
Forte inflation, chômage en hausse, investissements en berne, l'économie du Bangladesh patauge dans les difficultés. Sa production de textile, la deuxième au monde, n'a pas été épargnée par la crise.
"La tâche est énorme", reconnaît le candidat. "Le nombre de chômeurs est important. Il faut créer des entreprises pour que les jeunes puissent accéder à l'emploi".
Sur le plan diplomatique, Tarique Rahman reste prudent sur la dégradation récente des relations de son pays avec l'Inde. "Les intérêt de mon peuple et de mon pays d'abord", proclame-t-il, prônant "des liens de bon voisinage" entre le Bangladesh et son voisin.
Et lorsqu'on l'interroge sur l'interdiction du parti de Sheikh Hasina, il répond qu'il y était opposé par principe. "Bien sûr", s'empresse-t-il d'ajouter, "si qui que ce soit est impliqué dans un crime, il doit être puni par la loi".
D.Schlegel--VB