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Les Guinéens votent dans le calme pour la présidentielle, le chef de la junte favori
Les Guinéens votaient dans le calme dimanche pour élire leur président, quatre ans après la prise du pouvoir par le général Mamadi Doumbouya, désormais grand favori d'un scrutin auquel il avait promis de ne pas se présenter et dont ont été écartés les principaux opposants.
Quelques 6,8 millions d'électeurs sont appelés à voter dimanche entre 07H00 et 18H00 pour choisir entre neuf prétendants dont le général Doumbouya, 41 ans, qui semble assuré de gagner dès le premier tour face à des candidats peu connus du grand public.
Escorté comme à son habitude de dizaines de membres des forces spéciales dont il est issu, le chef de la junte a voté accompagné de son épouse dans le quartier de Kaloum dans le centre de la capitale.
Vêtu d'un boubou et d'un bonnet blancs, il a salué ses partisans venus le soutenir mais n'a fait aucune déclaration, lui qui n'a tenu aucun meeting pendant la campagne.
Les forces de sécurité ont dit avoir "neutralisé" tôt samedi dans la banlieue de Conakry des membres d'un groupe armé ayant "des intentions subversives menaçant la sécurité nationale".
-Sans incidents-
La participation est un des principaux enjeux de ce scrutin dont les résultats sont attendus sous 48h. Dans la capitale Conakry, l'affluence était continue dans les bureaux de vote visités par les journalistes de l'AFP, mais moindre que pour le référendum constitutionnel de septembre dernier.
"A quoi bon s'affoler pour aller voter quand la suite est connue d'avance", a déclaré à l'AFP un électeur dans la banlieue de Conakry parlant sous anonymat pour sa sécurité.
Selon des observateurs étrangers contactés par l'AFP, l'affluence était également en baisse dans d'autres villes comme Labé (nord), Kankan (est) et N'Zérékoré (sud).
"Le vote a démarré dans le calme, sans incidents ou de violences enregistrés", ont indiqué les observateurs du Réseau Ouest africain pour l'édification de la Paix (WANEP) dans un communiqué publié à la mi-journée.
L'opposition, dont les ténors ont été écartés par la nouvelle constitution, a appelé à boycotter ce scrutin, organisé plus de quatre ans après le coup d'État de septembre 2021 qui a renversé le président Alpha Condé, alors au pouvoir depuis 2010.
Cellou Dalein Diallo, opposant historique en exil, a dénoncé "une mascarade électorale" visant à légitimer "la confiscation" du pouvoir.
En l'absence des principaux opposants, la présidentielle vise avant tout à "confirmer le pouvoir du général Doumbouya", assure à l'AFP Gilles Yabi, directeur de Wathi, un groupe de réflexion d'Afrique de l'Ouest.
L'ONU a déploré vendredi une campagne électorale entachée par "des intimidations" de membres de l'opposition.
Une chape de plomb s'est abattue sur le pays où se multiplient emprisonnements, suspensions de partis, disparitions et enlèvements des voix dissidentes.
Sous la junte, "la Guinée est retournée à ce qu'elle a connu essentiellement depuis l'indépendance 1958, des régimes autoritaires, soit civils soit militaires", souligne Gilles Yabi.
Le scrutin clôt, avec les élections en Centrafrique organisées le même jour, une année riche en élections sur le continent africain, marquée par une montée de l'autoritarisme et de la répression des oppositions et les victoires de nombreux dirigeants déjà en place (Cameroun, Côte d'Ivoire, Tanzanie notamment) à l'issue de votes dont les principaux opposants ont été exclus.
- Travaux d'infrastructure -
Fin septembre, les Guinéens ont approuvé une nouvelle Constitution lors d'un référendum que l'opposition avait appelé à boycotter, mais où la participation s'est officiellement élevée à 91%.
La nouvelle Constitution, qui autorise les membres de la junte à se présenter aux élections, a ouvert la voie à une candidature de M. Doumbouya. Elle a également porté de cinq à sept ans la durée du mandat présidentiel, renouvelable une fois.
Contrairement à ses voisins sahéliens du Mali, du Burkina Faso ou du Niger, également des régimes militaires issus de coups d'État, Mamadi Doumbouya est resté en bons termes avec la France, ancienne puissance coloniale, et tous les partenaires internationaux.
Les partisans de M. Doumbouya mettent en avant le lancement de l'exploitation, en novembre, du gisement fer de Simandou (sud-est), l'un des plus importants au monde et qui devrait générer d'importants revenus.
"La transition a été marquée par des travaux d'infrastructures économiques et des Guinéens en sont séduits", souligne M. Yabi.
La Guinée est riche en minerais mais plus de la moitié de ses habitants (52%) vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon les chiffres de la Banque mondiale pour 2024.
L.Meier--VB