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Brésil: l'heure du verdict approche pour Bolsonaro, accusé de tentative de coup d'Etat
Cinq juges de la Cour suprême du Brésil commencent à voter mardi pour condamner ou acquitter l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, accusé de tentative de coup d'Etat dans un procès historique qui suscite la colère de Donald Trump.
Si l'ex-chef de l'Etat brésilien (2019-2022), 70 ans, joue son avenir, l'enjeu est grand aussi pour la première puissance économique d'Amérique latine, entre guerre commerciale lancée par Washington en représailles au procès et pressions croissantes du camp conservateur pour une amnistie.
Avec sept coaccusés, parmi lesquels d'anciens ministres et militaires haut gradés, M. Bolsonaro risque jusqu'à 43 ans de prison. Verdict attendu d'ici vendredi.
Le parquet l'accuse d'être le chef d'une "organisation criminelle armée" ayant conspiré pour son "maintien autoritaire au pouvoir" malgré sa défaite face au président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva lors de l'élection de 2022.
Le supposé plan putschiste prévoyait aussi l'assassinat de Lula et du juge Alexandre de Moraes, rapporteur du procès Bolsonaro, selon l'accusation.
- "Pas impuni" -
C'est la première fois qu'un ancien chef de l'Etat brésilien est jugé pour un projet présumé de coup d'Etat depuis la fin de la dictature militaire (1964-1985).
Déjà inéligible jusqu'en 2030 pour désinformation électorale, M. Bolsonaro se dit victime d'une "persécution politique", à un peu plus d'un an de la présidentielle de 2026.
En résidence surveillée à Brasilia depuis début août pour des soupçons d'entrave à la justice, il ne devrait pas être mardi au tribunal.
Sa défense invoque des raisons de santé. Elle a d'ailleurs demandé qu'il puisse quitter son domicile brièvement dimanche prochain pour subir une intervention médicale.
Dans la capitale, un détracteur de l'ex-président a dit à l'AFP se réjouir du procès. "J'éprouve un très grand plaisir à vivre ce moment de l'histoire brésilienne. Et que cela ne reste pas impuni", confie Mauricio de Aquino Costa, professeur de 54 ans.
Pour décider du verdict, une majorité simple de trois des cinq juges suffit. En cas de condamnation, qui peut être contestée en appel, les magistrats fixeront ensuite les peines de chacun des accusés.
- "Dictature" -
Dénonçant une "chasse aux sorcières" contre son allié, le président américain Donald Trump a imposé depuis le 6 août une surtaxe punitive de 50% sur une part importante des exportations brésiliennes.
Son administration a aussi pris des sanctions contre le juge Moraes, qui votera en premier mardi.
"Concernant le juge Moraes et les individus dont les abus de pouvoir ont sapé (les) libertés fondamentales, nous continuerons à prendre les mesures appropriées", a prévenu lundi un service du Département d'Etat américain sur le réseau social X.
Face à l'éventualité de nouvelles mesures de rétorsion américaines, le ministre brésilien de l'Economie Fernando Haddad a reconnu récemment qu'il est "impossible de prévoir ce qui peut sortir de la tête de Trump".
Anticipant une condamnation, le camp Bolsonaro s'active pour sa part au Parlement pour faire voter un projet d'amnistie au bénéfice de son leader.
Ce mot d'ordre a été repris dimanche par des dizaines de milliers de ses sympathisants lors de rassemblements à travers le pays, à l'occasion de la fête de l'indépendance.
Durant la manifestation dans la capitale économique Sao Paulo a été déployé un immense drapeau américain.
Gouverneur de cet Etat, Tarcisio de Freitas est considéré comme possible successeur de M. Bolsonaro, et souvent jugé plus modéré. Mais il a durci le ton dimanche contre la Cour suprême: "Nous n'allons pas accepter la dictature d'un pouvoir sur l'autre".
Le tribunal remplit "son rôle de gardien de la Constitution et de l'Etat de droit", a répliqué Gilmar Mendes, doyen de la haute cour, contestant que les juges soient des "tyrans".
C.Kreuzer--VB