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Japon: malgré sa débâcle électorale, Ishiba s'accroche au pouvoir
L'impopulaire Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a manifesté son intention de rester au pouvoir malgré la cuisante défaite aux élections sénatoriales de dimanche, à l'issue desquelles il ne dispose plus de majorité dans aucune des deux chambres du Parlement.
Lors du scrutin de dimanche, qui a renouvelé 125 des 248 sièges de la chambre haute, le Parti libéral-démocrate (PLD, droite conservatrice) de M. Ishiba et son allié Komeito (centre-droit) n'ont gagné que 47 sièges à eux deux, selon les résultats officiels rapportés lundi par la télévision publique NHK et d'autres médias.
Quoique supérieur aux projections initiales des médias locaux, ce résultat reste en-deçà des 50 sièges nécessaires aux deux partis pour conserver leur majorité. Ils ne compteront plus que 122 sénateurs, même si l'opposition, très fragmentée, n'apparaît pas en mesure de former une majorité alternative.
Interrogé dimanche soir sur son intention de rester en place, le Premier ministre a répondu à un média local: "c'est bien cela".
"L'échéance pour l'entrée en vigueur des droits de douane (américains) arrive le 1er août. D'ici là nous devons faire de notre mieux, en notre âme et conscience", a-t-il déclaré à un autre média.
On s'attend à ce qu'il informe lundi les hauts responsables du PLD de sa décision de se maintenir en place, a indiqué l'agence de presse Jiji Press.
- Vide politique -
Le secrétaire général et numéro deux du PLD, Hiroshi Moriyama, a de son côté estimé qu'il fallait éviter tout vide politique.
"Il pourrait être remplacé par quelqu'un d'autre, mais ce n'est pas évident de savoir par qui", a déclaré à l'AFP Hidehiro Yamamoto, professeur de politique à l'Université de Tsukuba.
La coalition gouvernementale est déjà en minorité à la chambre basse du Parlement, depuis une débâcle aux élections législatives anticipées de l'automne --que M. Ishiba avait lui-même convoquées après avoir pris en septembre la tête du PLD.
Le PLD gouverne le Japon de manière quasi ininterrompue depuis 1955, malgré de fréquents changements de dirigeants.
Le Japon entre désormais "en terrain inconnu, avec un gouvernement en minorité dans les deux chambres du Parlement, situation inédite depuis la Seconde Guerre mondiale", rappelle Toru Yoshida, professeur de sciences politiques à l'Université Doshisha.
Le Parti démocrate constitutionnel (centre-gauche), principale force d'opposition, a lui gagné 22 sièges, et le Parti démocrate du peuple (centriste) 17 sièges.
Surtout, le parti populiste anti-immigration Sanseito, au slogan "Le Japon d'abord", fait une forte percée avec 14 sièges remportés, alors qu'il n'en tient que deux dans l'assemblée actuelle.
- Riz cher -
En raison de leur absence de majorité à la Diète, le PLD et Komeito devaient déjà transiger avec l'opposition pour faire voter leurs textes, alors même que la conjoncture s'assombrit.
L'inflation reste forte (+3,3% en juin hors produits frais), tirée par une vertigineuse flambée des prix du riz qui ont doublé en l'espace d'un an.
Pour atténuer l'impact inflationniste, M. Ishiba a étendu les aides au logement, prolongé des subventions à l'énergie, et s'est engagé à verser des chèques d'aides aux citoyens. Les autorités ont également débloqué une partie des réserves stratégiques de riz pour faire baisser les prix, sans succès pour l'heure.
Par ailleurs, l'offensive douanière de Donald Trump a fait plonger d'un quart les ventes automobiles vers les Etats-Unis, un secteur qui représente 8% des emplois dans l'archipel.
La menace de surtaxes généralisées de 25% au 1er août fragilise le tissu économique nippon, très dépendant des exportations.
Alors que le négociateur japonais Ryosei Akazawa s'est rendu à sept reprises aux Etats-Unis, les pourparlers avec Washington s'enlisent.
Il est parti lundi pour sa huitième visite à Washington. "Le résultat des élections n'a aucune incidence sur les négociations", a déclaré M. Akazawa aux journalistes à l'aéroport Haneda de Tokyo, ajoutant que l'intérêt national du Japon restait la "priorité absolue".
Les marchés financiers s'inquiètent, eux, des dérives budgétaires, les massifs plans de relance et d'aides du gouvernement Ishiba aggravant un endettement déjà lourd. Plusieurs émissions obligataires de Tokyo ont été boudées ces derniers mois, faisant s'envoler les taux nippons.
La poussée du Sanseito, qui empiète sur le vote PLD, était également surveillée de près.
Cette formation prône des "règles et restrictions durcies" en matière d'immigration, fustige le "mondialisme", dénonce les politiques de genre "radicales", et appelle à refondre les stratégies de vaccination et de décarbonation.
H.Kuenzler--VB