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Serge Atlaoui, ex-condamné à mort en Indonésie, est sorti de prison après 20 ans de détention
La liberté, après vingt ans de détention dont dix-huit dans le couloir de la mort: Serge Atlaoui, ex-condamné à la peine capitale en Indonésie pour trafic de drogue, transféré et incarcéré en février en France, est sorti de prison ce vendredi.
Vêtu d'un pantalon gris et d'un tee-shirt blanc, il a été accueilli à sa sortie de la prison de Meaux (Seine-et-Marne) par son avocat, Me Richard Sédillot, à qui il a fait une longue accolade, a constaté une journaliste de l'AFP.
"Jamais je n'aurais cru que ça arriverait (...), il était temps, après 20 ans", a déclaré Serge Atlaoui devant les quelques médias présents.
La voix légèrement teintée d'émotion et les yeux brillants, il a raconté avoir dit "au revoir et à jamais" aux surveillants pénitentiaires avant de sortir.
"Il va respirer une liberté attendue, espérée depuis tant d'années", avait annoncé sa femme Sabine Atlaoui vendredi matin sur RTL, ajoutant ne pas vouloir dévoiler le lieu et le moment où elle retrouvera son mari qui avait été condamné en Indonésie pour narcotrafic et était détenu depuis 2005.
"Se dire qu'il est de retour, qu'il va être auprès de nous à nouveau dans notre quotidien, c'est tellement incroyable que je le réalise sans le réaliser", a raconté Mme Atlaoui, très émue.
- "Se reconstruire" -
"Je vais redécouvrir mon mari et à l'inverse, il va me redécouvrir. Il y a 20 ans quand même, donc on va se reconstruire. Tout le monde va devoir apprendre à vivre normalement", a-t-elle confié.
La peine de Serge Atlaoui, 61 ans, ayant été commuée en droit français en 30 années de réclusion criminelle par le tribunal de Pontoise en février, l'artisan-soudeur était théoriquement éligible à la libération conditionnelle depuis 2011 selon les règles françaises.
"Imaginer qu'il y a quelques années, il était au bord de la mort, que son cercueil avait été fabriqué, qu'on nous annonçait déjà qu'il allait être exécuté (...), je me dis aujourd'hui que la persévérance et le travail payent", a réagi Me Richard Sédillot, se disant "très heureux".
Originaire de Metz, Serge Atlaoui avait été arrêté en 2005 dans une usine près de Jakarta où des dizaines de kilos de drogue avaient été découverts. Les autorités indonésiennes l'avaient accusé d'être un "chimiste".
Initialement condamné à la prison à vie, il avait vu la Cour suprême indonésienne alourdir la sentence et le condamner à la peine capitale en appel en 2007.
- Dernière minute -
L'affaire avait fait grand bruit en Indonésie, où la législation antidrogue est l'une des plus sévères du monde. Mais aussi en France où des personnalités s'étaient mobilisées pour le soutenir, en faisant un symbole de la lutte contre la peine de mort.
Serge Atlaoui devait être exécuté aux côtés de neuf autres condamnés en 2015, mais avait obtenu un sursis de dernière minute après une pression diplomatique intense de la part des autorités françaises.
"Très clairement, le travail diplomatique durant toutes ces années a fait revenir mon mari et a pu faire en sorte qu'en France, on puisse avoir une issue de liberté pour nous", a souligné Mme Atlaoui sur RTL.
M. Atlaoui et la Philippine Mary Jane Veloso, également condamnée à mort pour trafic de drogue, figuraient tous deux sur une liste de 10 détenus qui devaient passer devant le peloton d'exécution le même jour d'avril 2015: huit furent exécutés, mais leurs deux noms ont été retirés de la liste au dernier moment.
Sous la houlette du nouveau président Prabowo Subianto, Jakarta avait ouvert la voie début novembre 2024 à de possibles rapatriements de prisonniers, indiquant être également en discussion avec les Philippines et l'Australie.
Mary Jane Veloso a ainsi été rapatriée à Manille le 18 décembre, et Serge Atlaoui a finalement été transféré en France en février dernier.
Son retour avait confronté la justice au cas inédit d'adaptation en droit français d'une peine capitale, abolie dans le pays depuis 1981. La justice française n'était pas compétente sur le fond de l'affaire, définitivement jugée en Indonésie, et pouvait seulement se prononcer sur la peine de Serge Atlaoui.
Le parquet de Pontoise avait alors requis à son encontre une réclusion criminelle à perpétuité, en estimant que la peine de mort étant la plus haute peine possible, il fallait lui substituer celle qui était la plus "rigoureuse" dans la législation française.
Le tribunal lui avait finalement infligé la peine maximale encourue pour la fabrication et la production de stupéfiants en bande organisée, 30 ans de réclusion criminelle.
T.Egger--VB