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Israël affirme poursuivre ses frappes sur l'Iran "à pleine force"
L'armée israélienne a affirmé vendredi poursuivre ses frappes sur l'Iran "à pleine force" après l'attaque massive lancée contre des sites militaires et nucléaires iraniens, pendant qu'Israël se prépare à la riposte promise par Téhéran.
Israël s'attend à être exposé "à plusieurs vagues d'attaques iraniennes", a prévenu son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, après ces frappes d'une ampleur sans précédent qui ont visé une centaine de cibles à travers l'Iran.
Cette attaque lancée tôt vendredi matin a tué les plus hauts gradés iraniens, le chef d'état-major de l'armée, le chef des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, et le commandant de sa force aérospatiale.
"Nous continuons à pleine force, à un rythme élevé, afin d'atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés", a déclaré le chef d'état-major de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir.
En fin de journée, l'armée israélienne a appelé la population à rester à proximité des abris, tandis que des réservistes ont été mobilisés partout dans le pays.
Cette attaque fait suite à des pressions grandissantes exercées sur l'Iran, soupçonné par les Occidentaux et par Israël de vouloir se doter de l'arme atomique, ce que dément Téhéran.
Elle intervient aussi à deux jours d'un nouveau cycle de négociations indirectes, à la tenue désormais incertaine, prévu dimanche à Oman entre Téhéran et Washington sur le programme nucléaire iranien.
- "Déclaration de guerre" -
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié de "déclaration de guerre" l'attaque israélienne et affirmé que la riposte de son pays serait "assurément vigoureuse".
Aussitôt nommé, le nouveau chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, a promis à Israël "les portes de l'enfer" après ces frappes qui ont visé notamment Téhéran et fait 18 morts dans le nord-ouest du pays, selon un média.
Alors que les appels à la désescalade se multiplient à travers le monde, le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir vendredi à la demande de l'Iran.
"Mort à Israël, mort à l'Amérique!", ont crié des Iraniens venus manifester dans le centre de la capitale, où les rues étaient désertes à l'exception de files d'attente devant les stations-service.
Ahmad Moadi, un retraité de 62 ans, a appelé à une "réponse cinglante" contre Israël, un pays non reconnu par l'Iran.
Benjamin Netanyahu a averti que l'opération militaire durerait "de nombreux jours" et qu'Israël avait frappé "au coeur du programme de missiles balistiques de l'Iran".
L'armée israélienne a dit disposer de renseignements prouvant que Téhéran s'approchait du "point de non-retour" vers la bombe atomique. Selon elle, "le régime iranien avait un plan concret pour détruire l'Etat d'Israël".
En Israël, des habitants témoignaient de leur inquiétude.
"Je suis inquiète pour mes enfants et aussi pour mes moyens de subsistance, car cela affecte le marché. On ne peut pas travailler, on ne peut rien faire", déplorait Vered Saar, une pâtissière de Tel-Aviv âgée de 54 ans.
L'armée israélienne a indiqué qu'environ 200 avions avaient participé aux premières heures de l'attaque, à laquelle l'Iran a riposté en lançant "environ 100 drones" vers Israël, qui ont été interceptés.
Tôt vendredi, le général Hossein Salami, chef des Gardiens de la Révolution, ainsi que d'autres responsables dont le commandant de la force aérospatiale des Gardiens, Ali Hajizadeh, ont été tués dans une frappe sur leur quartier général.
Le chef d'état-major iranien, le général Mohammad Bagheri, et six scientifiques du programme nucléaire iranien ont également péri dans des frappes.
Le site de Natanz a été visé "plusieurs fois", selon la télévision d'Etat iranienne, qui a montré une épaisse fumée noire s'en élevant.
Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), "aucune augmentation des niveaux de radiation" n'a cependant été observée à Natanz.
- "Encore plus brutales" -
Le président américain Donald Trump a exhorté l'Iran à "conclure un accord" sur le nucléaire "avant qu'il ne reste plus rien" et prévenu que les "prochaines attaques" seraient "encore plus brutales".
La dernière attaque israélienne contre l'Iran annoncée publiquement remonte à octobre 2024, quand Israël avait dit avoir mené des raids aériens sur des cibles militaires en représailles au tir de quelque 200 missiles iraniens vers son territoire.
Fawaz Gerges, professeur de relations internationales à la London School of Economics, a estimé qu'Israël avait "déclaré une guerre totale contre l'Iran" et que l'attaque de vendredi est "la première d'une série dans une guerre à grande échelle".
Selon ce chercheur, "les objectifs stratégiques d'Israël ne visent pas seulement à détruire le programme nucléaire de l'Iran, mais essentiellement à provoquer un changement de régime".
Signe de l'extrême fébrilité dans la région, de nombreuses compagnies aériennes ont supprimé ou dérouté des dizaines de vols, tandis que les cours du pétrole ont flambé.
Plusieurs ambassades d'Israël à travers le monde ont fermé au public.
Téhéran avait menacé mercredi de frapper les bases militaires américaines au Moyen-Orient en cas de conflit après un éventuel échec des négociations sur le nucléaire.
Le secrétaire d'Etat Marco Rubio a cependant indiqué que Washington n'était pas impliqué dans l'attaque de vendredi.
L'enrichissement de l'uranium est la principale pierre d'achoppement dans les discussions visant à encadrer le programme nucléaire iranien en échange d'une levée des lourdes sanctions frappant le pays.
Washington exige que l'Iran y renonce totalement, ce que Téhéran refuse.
L'Iran est le seul Etat non doté d'armes nucléaires à enrichir de l'uranium au niveau de 60%, selon l'AIEA. Il faut un minerai enrichi à 90% pour fabriquer une bombe atomique.
M.Betschart--VB