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L'Allemagne maintient les refoulements aux frontières malgré un revers judiciaire
Le gouvernement allemand a décidé mercredi de maintenir les refoulements controversés de demandeurs d'asile à ses frontières, malgré une décision de justice jugeant "illégale" cette pratique critiquée par les pays voisins.
"Il n'y a aucune raison, sur la base de la décision judiciaire rendue aujourd'hui, de modifier notre pratique", a déclaré à la presse le ministre de l'Intérieur, Alexander Dobrindt.
"Nous maintenons les refoulements, nous estimons qu'ils sont juridiquement fondés", a-t-il ajouté, en minimisant un jugement rendu seulement à ses yeux sur un cas "individuel".
Le nouveau gouvernement a mis en place cette politique sitôt arrivé en fonction début mai, dans l'espoir affiché de ralentir la progression de l'extrême droite dans le pays et du sentiment anti-migrants dans l'opinion.
Il s'agit "d'envoyer un signal clair", a argumenté lundi le ministre de l'Intérieur, indiquant que 2.850 migrants avaient été refoulés aux frontières depuis le 8 mai. Le pays ne peut pas gérer "le nombre élevé" de demandeurs d'asile, a affirmé M. Dobrindt.
- 'Illégal' -
Le tribunal administratif de Berlin, saisi par trois Somaliens récemment refoulés à la frontière polonaise, s'était pourtant montré très clair dans un jugement en référé rendu un peu plus tôt.
Il a qualifié d'"illégales" les pratiques du gouvernement.
Les juges ont estimé que les demandeurs d'asile devaient être d'abord accueillis dans un centre en vertu de la procédure européenne dite de Dublin, afin pour l'Allemagne d'examiner s'ils sont passés au préalable par d'autres pays de l'UE, et de déterminer quel Etat membre est responsable de la demande d'asile.
Le tribunal a aussi jugé que les arguments avancés par le gouvernement, invoquant une situation d'"urgence", n'étaient pas suffisants.
Le ministre de l'Intérieur a alors dit vouloir demander l'ouverture par le tribunal administratif d'une procédure dite ordinaire, afin d'y expliciter "de manière plus ferme" les arguments du gouvernement.
Selon la chaîne de télévision publique ARD, il n'est toutefois pas certain juridiquement qu'une telle procédure soit possible.
Les refoulements aux frontières visent la plupart des demandeurs d'asile, à l'exception de certaines catégories de population considérées comme particulièrement "vulnérables".
Le chancelier a voulu ainsi tenir une de ses principales promesses de campagne électorale, visant à réduire nettement l'immigration dans le pays, après plusieurs agressions mortelles ayant impliqué des étrangers.
- Irritations -
Depuis, la multiplication des contrôles et le refoulement des demandeurs d'asile ont irrité les voisins de l'Allemagne, notamment la Pologne et la Suisse.
Les maires de Strasbourg et de Kehl, villes française et allemande situées de part et d'autre du Rhin, ont aussi dénoncé les contrôles aux frontières renforcés qui compliquent à leurs yeux la vie des frontaliers.
Selon des sources proches du gouvernement allemand, l'ambassade de France a aussi demandé par écrit des précisions sur la politique migratoire allemande, soulignant que les deux pays "partagent le souci commun de limiter autant que possible les restrictions imposées aux frontaliers".
Friedrich Merz est confronté à une forte progression du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), principale force d'opposition à la chambre des députés et qui est au coude-à-coude avec les conservateurs du chancelier dans les sondages.
Pour lui, seul un renversement complet de la généreuse politique d'accueil héritée d'Angela Merkel (2005-2021) peut combattre efficacement cette tendance. Quitte à brusquer les partenaires européens.
Son gouvernement vient en parallèle d'adopter des projets de loi visant à durcir les règles migratoires, notamment une suspension du regroupement familial pour les réfugiés n'ayant obtenu qu'un statut subsidiaire et la suppression d'un mécanisme de naturalisation accélérée.
Cette dernière mesure, introduite par le précédent gouvernement d'Olaf Scholz, visait à promouvoir les réfugiés ayant fait la preuve de leur bonne intégration dans un pays vieillissant et en manque de main d'oeuvre.
C.Stoecklin--VB