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Tête-à-tête Trump-Ramaphosa sous haute tension
La réunion mercredi à la Maison Blanche entre Donald Trump et son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa s'annonce houleuse tant les relations entre les Etats-Unis et l'Afrique du Sud se sont dégradées sur fond d'accusations de "génocide" contre les fermiers blancs dans ce pays.
Le président sud-africain, arrivé dès lundi à Washington mais qui est resté discret, a dit souhaiter remettre sur les rails la relation avec les Etats-Unis, alors que le président américain affirme, sans preuves tangibles, que les blancs sont victimes d'un "génocide" en Afrique du Sud, le pays de l'ancien régime de l'apartheid.
"Nous devons réinitialiser les relations (...) mais plus important encore, aplanir les problèmes qui peuvent exister, même si certains d'entre eux sont fondés sur la désinformation", a déclaré mardi le porte-parole de la présidence sud-africaine, Vincent Magwenya, à la radio 702.
La Maison Blanche s'est pour sa part très peu exprimée sur l'entrevue et ses attentes.
Depuis son retour aux affaires à Washington en janvier, Donald Trump a fait de l'Afrique du Sud l'une de ses cibles favorites, dénonçant la discrimination raciale qui vise selon lui la minorité blanche descendant des premiers colons européens.
Il menace de snober le premier sommet du G20 sur le continent africain en novembre à Johannesburg et a fait expulser l'ambassadeur sud-africain à Washington en mars.
Par ailleurs, les Etats-Unis ont accueilli le 12 mai un premier groupe d'environ 50 membres de la minorité afrikaner, après que Donald Trump les a appelés à quitter leur pays et à trouver refuge aux Etats-Unis.
Si ce programme de réinstallation se poursuit, l'Afrique du Sud "s'en offusquera", a prévenu M. Magwenya.
"Il va être difficile pour l'administration Trump de soutenir qu'il y a un soi-disant +génocide+ en Afrique du Sud", car ils vont devoir "étayer ces affirmations", a-t-il déclaré, en estimant au passage "absolument impossible que l'administration Trump ne sache pas que ce qu'elle propage est faux".
- La main d'Elon Musk? -
A Washington, l'administration Trump campe sur ses positions.
Interpellé à ce sujet mardi lors d'un vif échange devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, le secrétaire d'Etat Marco Rubio a expliqué que "les 49 personnes qui sont venues se sentaient certainement persécutées".
"Elles vivent dans un pays où les fermes sont confisquées, la terre est confisquée, sur un critère racial", a-t-il répondu au sénateur démocrate, Tim Kaine, pour qui "l'affirmation selon laquelle les fermiers afrikaners sont persécutés est tout à fait spécieuse".
"Vous n'appréciez pas tout simplement le fait qu'ils soient blancs", a lancé M. Rubio, témoignant d'un débat acrimonieux sur fond d'accusations de racisme de part et d'autre.
La réception des Afrikaners détonne d'autant plus fort que l'administration Trump a quasi suspendu l'accueil de réfugiés et de demandeurs d'asile aux Etats-Unis, dans le cadre du durcissement de sa politique migratoire.
D'aucuns voient dans cette exception faite aux Afrikaners la main du milliardaire et proche conseiller de Donald Trump, Elon Musk, lui-même né en Afrique du Sud.
Il a accusé par le passé les dirigeants du pays "d'encourager ouvertement le génocide de personnes blanches en Afrique du Sud".
Grok, le robot conversationnel d'xAI, la start-up d'intelligence artificielle d'Elon Musk, a généré plusieurs publications faisant référence à un "génocide blanc" en Afrique du Sud, une erreur imputée à une "modification non autorisée", selon l'entreprise.
Seuls 7,3% des Sud-Africains sont blancs mais cette minorité possède la plupart des terres agricoles, selon les statistiques officielles.
C'est de cette frange de la population que sont issus les dirigeants politiques qui ont institué l'apartheid, système de ségrégation raciale ayant privé la population noire - très majoritaire - de la plupart de ses droits de 1948 jusqu'au début des années 1990.
Au-delà de cette polémique, l'administration Trump ne décolère pas contre Pretoria en raison de sa plainte pour génocide visant Israël devant la Cour internationale de justice (CIJ).
M. Rubio s'en est pris aussi à l'opposition systématique, selon lui, de Pretoria aux positions américaines.
Lors de cette visite, l'Afrique du Sud cherchera en priorité à maintenir ses relations commerciales avec les Etats-Unis face aux droits de douane, afin notamment de protéger ses exportations, a rappelé M. Magwenya. Les Etats-Unis sont le deuxième partenaire commercial de Pretoria derrière la Chine.
P.Keller--VB