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Le maire pro-européen de Varsovie remporte de justesse le premier tour de la présidentielle polonaise
Le maire pro-UE de Varsovie, Rafal Trzaskowski, a remporté de justesse le premier tour de l'élection présidentielle polonaise, mais il sera confronté à une lutte difficile après que les candidats de droite et d'extrême droite ont remporté la majorité des voix, font valoir lundi les analystes.
Le scrutin peut s'avérer décisif pour la coalition gouvernementale pro-européenne du Premier ministre Donald Tusk au pouvoir depuis 2023 dans ce pays de l'UE et de l'Otan, allié fidèle de Kiev.
La victoire de M. Trzaskowski lui permettrait de mettre fin à une cohabitation difficile avec le chef de l'Etat sortant Andrzej Duda alors que le succès de son adversaire nationaliste, Karol Nawrocki pourrait davantage la fragiliser et mener à terme à des élections anticipées, selon les analystes.
Le chef de l'Etat polonais a des pouvoirs limités, mais il dispose d'un droit de veto sur les initiatives législatives, une prérogative fréquemment utilisée par M. Duda face à la coalition de M. Tusk.
La marge infime entre les deux candidats prépare le terrain pour une campagne électorale acharnée avant le deuxième tour pour séduire les partisans des candidats tiers.
La campagne sera "très polarisante et brutale – une confrontation de deux visions de la Pologne: pro-UE, libérale et progressiste contre celle nationaliste, trumpiste et conservatrice", estime l'analyste Piotr Buras du Conseil européen des relations étrangères (ECFR).
Dès lundi matin, les deux candidats se sont lancés dans la campagne.
"Je suis convaincu que je gagnerai, mais on a beaucoup de travail devant nous. J'avais dit que cela se jouerait sur le fil du rasoir. Et c'est bien sur le fil du rasoir", a commenté lundi matin Rafal Trzaskowski à Kielce (sud).
M. Trzaskowski a recueilli 31,36% des suffrages contre 29,54% pour M. Nawrocki, selon les résultats officiels.
"Je vais tenter de convaincre tous ceux qui ont voté autrement que cela vaut la peine de voter pour une Pologne normale, et non pour une Pologne radicale", a encore déclaré le candidat pro-européen, ajoutant qu'il allait se concentrer sur les jeunes.
C'est derniers ont ont voté soit pour l'extrême droite soit pour la gauche radicale.
- Démondialisation -
Karol Nawrocki a quant à lui débuté sa campagne dans la ville portuaire de Gdansk (nord) d'où il est originaire.
"Je suis plein d'énergie et d'optimisme sur la voie de la victoire", a-t-il déclaré, soulignant que l'écart entre lui et son rival était "cosmétique".
"Le soutien aux candidats de droite et conservateurs nous donne vraiment un profond optimisme avant le second tour", a-t-il ajouté.
Effectivement, les deux candidats de l'extrême droite, le député libertarien eurosceptique Slawomir Mentzen et l'eurodéputé antisémite Grzegorz Braun ont obtenu ensemble 21,15% des voix, et l'ensemble des candidats de droite 54% des voix.
M. Mentzen, entrepreneur multimillionnaire, eurosceptique, fermement opposé à l'avortement et aux migrants, est arrivé en troisième position au 1er tour avec le soutien de 14,81%.
En revanche, les candidats de la coalition pro-européenne en place n'ont réussi à convaincre que 40,6% des électeurs.
"Nous avions d'énormes attentes après les dernières élections (législatives de 2023) et elles ont été un peu déçues. C'est un signal pour le gouvernement que la société a perdu patience", a dit à l'AFP à Varsovie Iwona Lon, employée de banque de 47 ans.
Le taux de participation a été de plus de 67%.
L'élection polonaise arrive à un moment délicat pour l'Europe alors que l'invasion de l'Ukraine par la Russie se prolonge et que les relations avec Washington sont tendues.
Selon Piotr Buras, "la victoire de Nawrocki minerait le projet politique de Tusk et pourrait présager du retour au pouvoir du PiS en 2027 ou même plus tôt en cas d'élections anticipées".
Pour Kacper Karwacki, la percée de l'extrême droite en Pologne est "très inquiétante" mais était prévisible.
"Si vous regardez les pays voisins - l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne - l'extrême droite gagne du terrain partout, profitant des problèmes sociaux", fait valoir cet étudiant de 24 ans à l'AFP.
Pour l'analyste du groupe Globsec, Marcin Zaborowski, "la Pologne fait simplement partie de cette tendance".
"C'est probablement une conséquence de l'arrivée des nouvelles générations aux urnes (...) Des gens qui ne pensent pas qu'il est nécessaire de se battre pour la démocratie", estime-t-il.
Il a également attribué les gains de l'extrême droite à la démondialisation promue par le président américain Donald Trump.
"L'humeur générale semble être que les coûts de la globalisation sont trop élevés. Et les gens veulent revenir à ce qui est local, à ce qui est familier", a-t-il dit.
R.Fischer--VB