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La frontière entre l'Inde et le Pakistan s'embrase, violents échanges d'artillerie
D'intenses tirs d'artillerie opposent mercredi l'Inde et le Pakistan le long de leur frontière contestée au Cachemire, quelques heures après des frappes indiennes sur le sol pakistanais en représailles à l'attentat meurtrier du 22 avril.
Les missiles indiens qui se sont abattus sur six villes au Cachemire et au Pendjab pakistanais ont tué au moins huit civils, dont une fillette de trois ans, et en ont blessé 35 autres, selon le porte-parole de l'armée pakistanaise, le général Ahmed Chaudhry.
L'Inde a pour sa part fait état de huit morts et 29 blessés dans le village cachemiri indien de Poonch (nord-ouest) lors des tirs d'artillerie opposant les armées des deux puissances nucléaires.
Engagée dans la nuit, la bataille s'est poursuivie le matin autour du village visé par de nombreux obus pakistanais, selon des journalistes de l'AFP.
La localité était surmontée d'un nuage de fumée noire et secouée à intervalles réguliers de très fortes explosions.
"Nous avons été réveillés par des tirs (...) j'ai vu des obus tomber. J'ai dit à mes associés de sortir du bâtiment, j'ai eu peur que le toit ne s'écroule", a rapporté à l'agence Press Trust of India (PTI) un habitant de Poonch, Farooq.
De violentes explosions ont également été entendues plus tôt dans la nuit autour de Srinagar, la principale ville de la partie indienne du Cachemire.
- "Infrastructures terroristes" -
Au matin, une source sécuritaire indienne a indiqué à l'AFP que trois chasseurs de l'armée de l'air indienne s'étaient écrasés, pour des raisons qui n'ont pas été immédiatement précisées.
Les débris de deux appareils ont été retrouvés dans la partie indienne du Cachemire, l'autre dans l'Etat indien du Pendjab (nord-ouest), a précisé sous couvert d'anonymat cette source, sans donner de précision sur le sort des pilotes.
Plus tôt, le ministre pakistanais de la Défense Khawaja Asif avait assuré à l'AFP que le Pakistan avait abattu "cinq avions ennemis" sans donner plus de détail. Il était également revenu sur une déclaration précédente dans laquelle il assurait que des soldats indiens avaient été capturés.
Un photographe de l'AFP a observé les débris d'un aéronef portant des inscriptions en français dans un champ à Wuyan, non loin de Srinagar.
L'avion est un Mirage 2000 de l'armée de l'air indienne, a indiqué à l'AFP une source sécuritaire indienne. Le sort de son pilote n'était pas immédiatement connu, a-t-elle ajouté.
L'armée indienne a annoncé qu'elle tiendrait un point de presse à 10H00 locales (04H30 GMT).
Trente minutes plus tard, le Pakistan réunira son Comité de la sécurité nationale, convoqué uniquement pour les urgences extrêmes.
Deux semaines après l'attaque qui a fait 26 morts à Pahalgam, dans la partie indienne du Cachemire, l'Inde, qui assure qu'Islamabad est derrière cette attaque malgré ses dénégations, a mis ses menaces à exécution.
Dans la nuit de mardi à mercredi, elle a tiré des missiles sur neuf sites abritant selon elle des "infrastructures terroristes" au Pakistan.
Islamabad a démenti toute implication dans l'attentat, le plus meurtrier à avoir visé des civils au Cachemire depuis plus de 20 ans.
L'un des sites ciblés dans la nuit par l'armée indienne est la mosquée Subhan, à Bahawalpur, dans le Pendjab pakistanais, liée selon le renseignement indien à des groupes proches du mouvement jihadiste Lashkar-e-Taiba (LeT).
L'Inde accuse ce groupe, soupçonné des attaques qui avaient fait 166 morts à Bombay en 2008, d'avoir mené l'attentat de Pahalgam.
- "Désamorcer la situation" -
Les villes de Kotli et Muzaffarabad, à 120 et 130 kilomètres d'Islamabad, font partie des cibles visées par les missiles indiens, selon le Pakistan.
A Muzaffarabad, la police et l'armée ont bloqué tous les accès à la mosquée Bilal, visée par sept projectiles indiens. Plusieurs habitations alentour ont été aussi été touchées et la population du quartier évacuée.
Au Pendjab pakistanais, Mohammed Khourram, un habitant de Mouridke, une autre ville frappée, a raconté à l'AFP que tout avait commencé par "un grand boum, très bizarre".
"J'ai eu très peur, comme si c'était un tremblement de terre. Puis un missile est arrivé et a frappé, et un second une minute après, trois ou quatre ont suivi pendant les trois ou quatre minutes suivantes", a-t-il poursuivi.
G B Rajakumar, chauffeur à New Delhi, lui, se félicitait du fait que le Premier ministre indien Narendra "Modi fait ce qu'il dit".
"Il a vengé les morts (du 22 avril) en détruisant des cibles terroristes. Elles ont été visées une par une. C'est pour cela que ça a pris 10-15 jours pour les venger", a-t-il assuré à l'AFP.
La riposte pakistanaise n'a pas tardé, sous la forme de tirs d'artillerie visant plusieurs points en territoire indien.
"La riposte a commencé et si Dieu le veut, elle va s'accentuer (...) il ne faudra pas beaucoup de temps pour régler le problème", a menacé dans un entretien accordé à l'AFP le ministre Asif.
Environ 200 Pakistanais ont défilé tôt mercredi matin dans la ville méridionale de Hyderabad, brûlant des drapeaux indiens et des portraits de Narendra Modi.
Dans la nuit, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio s'est entretenu avec ses homologues indien et pakistanais, les appelant au dialogue pour "désamorcer la situation et éviter une nouvelle escalade", selon la Maison Blanche.
Interrogé peu auparavant, Donald Trump a dit espérer que les affrontements "s'arrêtent très rapidement".
"Le monde ne peut pas se permettre une confrontation militaire", a pour sa part plaidé l'ONU.
La Chine a appelé les deux pays "à éviter de prendre des mesures qui compliqueraient davantage la situation".
- Guerre de l'eau -
"Aucune installation militaire pakistanaise n'a été visée", a assuré le gouvernement indien, estimant faire preuve d'une "retenue considérable" pour "éviter toute escalade".
"L'action irresponsable de l'Inde rapproche les deux Etats nucléaires d'un conflit majeur", a pour sa part estimé la diplomatie pakistanaise.
New Delhi doit recevoir mercredi le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui était lundi à Islamabad pour une médiation.
Juste avant les premières frappes de son armée, Narendra Modi avait annoncé son intention de "couper l'eau" des fleuves qui prennent leur source en Inde et irriguent le Pakistan -- une menace impossible à mettre à exécution à court terme, selon les experts.
"L'eau appartenant à l'Inde s'écoulait jusque-là vers l'extérieur, elle sera désormais stoppée pour servir les intérêts de l'Inde", a déclaré M. Modi.
Dès le lendemain de l'attentat, l'Inde avait suspendu sa participation à un traité de partage des eaux signé en 1960 avec son voisin.
Mardi, le Pakistan avait accusé l'Inde de modifier le débit du fleuve Chenab, l'un des trois placés sous son contrôle selon le traité dit de l'Indus.
Ce document accorde à New Delhi le droit d'utiliser les fleuves partagés pour ses barrages ou ses cultures, mais lui interdit de détourner des cours d'eau ou d'altérer le volume d'eau en aval.
burs-pa/roc/tmt
M.Betschart--VB