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Elus et usagers des lignes SNCF "dégradées" repartent déçus de leur montée à Paris
Des centaines d'élus et usagers des lignes Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT) et Paris-Clermont-Ferrand sont "montés à la capitale" en train mardi pour dire leur "exaspération" face à l'état "dégradé" de ces lignes qu'ils jugent oubliées, mais ils sont redescendus dans leurs régions respectives "en proie à la colère".
"Face à une mobilisation inédite (...) le ministre des Transports choisit l'humiliation et la mascarade", fustigeait dans un communiqué, François Kuss, directeur de cabinet du président du conseil départemental du Lot, Serge Rigal (DVG) au terme d'un rendez-vous au ministère qui a finalement tourné court.
La ville de Limoges, s'exprimait dans le même sens: "Montés à Paris avec détermination, chacun redescend dans sa province en proie à de la colère. À défaut d'oxygène, la lente asphyxie de nos territoires semble inéluctable", a fustigé la municipalité dirigée par Emile Roger Lombertie (LR) dans un autre communiqué.
"Non seulement le Ministre n'a pas daigné recevoir la délégation, mais le plus humiliant, c'est qu'en plein milieu du tour de table, le ministre a diffusé un communiqué de presse, publiant les conclusions d'une réunion à laquelle il n'avait pas participé", a expliqué la ville, M. Kuss précisant à l'AFP que les élus de la délégation étaient sortis de la réunion au ministère "après une dizaine de minutes".
Ils avaient quitté leurs villes, avec des usagers et des représentants d'associations, très tôt le matin pour rallier Paris-Austerlitz. "Tous unis pour une desserte ferroviaire dynamique respectueuse des usagers et de nos territoires", pouvait-on lire sur une banderole déployée en gare de Cahors, a constaté l'AFP.
"Je suis venu défendre la ligne historique Paris-Toulouse", déclarait Francesco Testa, conseiller municipal de Cahors, avant d'ajouter: "comme on a affaire à des malentendants, on se déplace pour être plus près de leurs oreilles."
Avant de monter à bord, Monique Codet, 84 ans, ancienne habituée du trajet "Montauban-Cahors pendant 14 ans", a confié vouloir que les nouvelles générations aient la chance de vivre ce qu'elle avait connu: "Il n'y avait pas de retard. Je me souviens d'une seule panne".
C'était la "bonne époque", a-t-elle dit, au point qu'elle avait même fêté sa retraite en 1998 "dans le train avec tous les amis que je m'y étais fait".
- "Rames hors d'âge" -
Au passage du train en gare de Limoges, où une centaine de manifestants mécontents ont scandé "ras-le-POLT", M. Lombertie a jugé qu'il était "plus facile aujourd'hui pour un étudiant d'aller faire ses études à Bruxelles, à Berlin, à Copenhague ou ailleurs, que d'aller entre Limoges et Clermont-Ferrand".
Au départ de cette dernière ville, un second train de quelque 130 manifestants rejoignait également la capitale.
A son bord, Jean-Philippe Ollier, responsable du projet de reconversion du parc Cataroux, site industriel historique du groupe Michelin, est venu "défendre la capacité de pouvoir aller à Paris de manière fiable" car le "parc Cataroux, c'est 400.000 visiteurs et énormément d'entreprises qui vont s'installer et travailler avec l'écosystème parisien", a-t-il précisé à l'AFP.
"Les choses se sont aggravées depuis 40 ans avec des rames hors d'âge et un temps de trajet qui a augmenté de 40 minutes", a de son côté souligné Patrick Wolff, président de l'association locale Objectif capitales.
- "Engagement de l'Etat" -
Vendredi, le ministre des Transports Philippe Tabarot s'était rendu à Clermont-Ferrand "pour rappeler l'engagement de l'Etat et annoncer des mesures correctrices et de long terme" pour ces lignes de trains d'équilibre du territoire (TET), selon un communiqué du ministère, rappelant qu'il promettait de réunir "dans les prochains mois" le comité de suivi des dessertes ferroviaires du POLT.
Les lignes POLT (plus de 700 km de voie ferrée) et Clermont-Paris (420 km) transportent respectivement 2,6 et 1,9 millions de voyageurs chaque année dans des trains Intercités.
La SNCF a lancé en 2018 un programme de modernisation de ces lignes, qui restent cependant "encore équipées d'installations techniques hétérogènes et vieillissantes", reconnaît la compagnie ferroviaire.
Selon le ministère, des "investissements significatifs réalisés depuis 2018" incluent 1,9 milliard d'euros à l'horizon 2027 pour la ligne POLT et près d'un milliard pour Paris-Clermont, les "deux plus gros chantiers conduits cette année par SNCF Réseau", même si M. Tabarot souligne "que la situation n'est toujours pas satisfaisante".
Les investissements évoqués ne sont pas suffisants pour Jean-Noël Boisseleau, vice-président de l'association Urgence Ligne POLT qui évoque "une régénération partielle".
Il faudrait "2,5 à 3 milliards d'euros supplémentaires pour que, vraiment, on reparte pratiquement à neuf", dit-il.
H.Kuenzler--VB