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Ukraine: Macron "sonne le tocsin" et met en garde Trump contre toute faiblesse face à Poutine
Un long échange avec les forces politiques puis avec des internautes: Emmanuel Macron a "sonné le tocsin" et annoncé des "efforts" jeudi face à la "menace russe", promettant qu'il mettrait en garde Donald Trump contre toute marque de faiblesse face à Vladimir Poutine, lors de sa visite au président américain.
Trois ans après le début de la guerre en Ukraine, "on entre dans une ère nouvelle", a souligné le président de la République, qui a tenté de rassembler jeudi face à "la menace que représente la Russie pour l'Europe et pour la France". "Ca va nous imposer des choix très forts pour nous mêmes, pour notre défense et notre sécurité", a résumé Emmanuel Macron, au terme d'une heure et quart d'un échange avec des internautes diffusé en direct sur les réseaux sociaux.
Dans cette "conversation" qu'il a promis de rééditer, le chef de l'Etat, désireux de se placer au centre du jeu européen à l'heure où Russes et Américains ont commencé seuls des pourparlers de paix, a dévoilé ses angles d'attaque avant sa visite à Donald Trump à Washington lundi.
"Je vais lui dire +au fond, tu ne peux pas être faible face au président Poutine. Ce n'est pas toi, pas ta marque de fabrique, c'est pas ton intérêt+", a expliqué le président français. "Comment ensuite être crédible face à la Chine si t'es faible face à Poutine", a-t-il encore fait valoir.
"La deuxième chose à dire: +si tu laisses l'Ukraine prise" par Poutine, la Russie "sera inarrêtable pour les Européens" car elle "va récupérer l'Ukraine et son armée qui est une des plus grandes d'Europe, avec tous nos équipements, y compris les équipements américains. C'est une faute stratégique énorme", a encore plaidé M. Macron, qui veut convaincre Donald Trump que "c'est son intérêt de travailler avec les Européens en ce moment".
- Défense de Zelensky -
Défendant son homologue ukrainien, à qui il devait parler jeudi soir, face à de récentes attaques de Donald Trump, M. Macron a aussi souligné que Volodymyr Zelensky avait été élu par un "système libre" contrairement à Vladimir Poutine. Et "personne n'a le droit de dire: l'Ukraine n'a pas le droit de rentrer dans l'Union européenne, l'Ukraine n'a pas le droit d'entrer dans l'Otan", a encore martelé Emmanuel Macron.
Surtout, le président a voulu "sonner un peu le tocsin" face aux "efforts" qui se profilent, alors que la France va devoir "revisiter" ses "choix budgétaires".
Sans se montrer plus spécifique, il a enjoint les Européens à "augmenter" leurs "efforts de guerre" face à "l'escalade des capacités de nos principaux adversaires".
La France, qui consacre environ 2% de son PIB à sa défense, doit-elle aller plus loin et tendre, à l'image de la Pologne, vers les 5% réclamés par Donald Trump ? "Je ne sais pas si 5% c'est le bon chiffre pour la France, mais en tout cas, il va falloir monter", a répondu M. Macron, qui "n'exclut pas" de "lancer des produits d'épargne" pour soutenir le financement de programmes de défense.
Dans l'immédiat, le président a aussi martelé qu'il n'avait pas l'intention d'envoyer des soldats en Ukraine. "Ce qu’on envisage plutôt, c’est d’envoyer des forces pour garantir la paix une fois qu’elle sera négociée", a-t-il précisé.
Ce point est l'une des pommes de discorde avec les chefs de parti, qu'Emmanuel Macron a reçus près de quatre heures durant à l'Elysée.
- "Vision belliqueuse" -
Le communiste Fabien Roussel s'est ainsi inquiété que M. Macron ait laissé entendre qu'il faille "se préparer éventuellement à continuer de soutenir l'Ukraine et d'être auprès de l'Ukraine militairement si l'Ukraine voulait poursuivre la guerre".
Et à l'extrême droite de l'échiquier, Eric Ciotti (UDR) a déploré que la France se soit engagée dans "une vision très belliqueuse" et qu'elle soit prise désormais "à revers" par Donald Trump.
Mais plusieurs ont convenu que la France devait faire entendre sa voix dans le nouveau concert des Nations imposé par Donald Trump.
"Il faut avoir un message très clair (...) L'Europe va devoir être un pilier", a déclaré Marine Tondelier pour Les Ecologistes, appelant à "ne compter que sur nous-mêmes".
"La voix de la France et de l'Europe aujourd'hui est assez isolée", a répliqué sur LCI Louis Aliot, qui représentait le Rassemblement national en l'absence de Jordan Bardella, attendu à Washington pour un rassemblement des conservateurs.
Du côté des Insoumis, Manuel Bompard a jugé intéressant "d'entendre pour la première fois le président utiliser le terme de non-alignement" vis-à-vis des Etats-Unis mais a déploré que l'Alliance atlantique reste perçue comme "une obligation dans l'architecture de sécurité" future de l'Europe.
En plus de ces consultations, qui tentent de créer du consensus dans un paysage politique national fracturé, est prévu un débat sans vote, début mars au Parlement, sur les conséquences du contexte géopolitique en Europe pour la France.
H.Weber--VB