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La justice repousse sa décision sur la libération de Georges Ibrahim Abdallah
Après quatre décennies derrière les barreaux, l'attente se prolonge pour Georges Ibrahim Abdallah: la cour d'appel de Paris a reporté jeudi sa décision sur la libération du militant propalestinien condamné pour complicité d'assassinats de diplomates américain et israélien en France.
Ajournant au 19 juin l'examen de la demande de libération conditionnelle de Georges Ibrahim Abdallah, la chambre de l'application des peines a estimé qu'"en l'état il n'est pas possible" d'y "faire droit".
Elle a jugé "nécessaire" qu'il "s'acquitte à raison de ses facultés contributives des dommages et intérêts" qu'il doit verser aux parties civiles, selon un communiqué du parquet général.
La cour a ainsi jugé "opportun d'ajourner la décision afin de permettre au condamné de justifier dans ce délai d'un effort conséquent d'indemnisation des parties civiles".
"Je n'ai jamais vu une décision dans ce sens-là, ils reçoivent la demande de libération conditionnelle, ils l'acceptent à la condition que, et ils nous redonnent quatre, cinq mois pour qu'il ait le temps de payer", a-t-il déclaré, parlant de "torture morale".
"Ils admettent, mais ils veulent encore une fois céder aux Etats-Unis", a-t-il poursuivi, "or il a toujours dit, et moi avec, que jamais il n'indemnisera les Etats-Unis qui envoient les bombes sur les enfants palestiniens et libanais, c'est clair, c'est net, c'est précis".
Son client changera-t-il de position ? "C'est lui qui va décider", mais "il avait dit que si l'Etat libanais payait, il accepterait, donc je vais demander à l'Etat libanais de le faire", a ajouté Me Chalanset.
A 73 ans, celui qui était à l'époque l'un des plus célèbres prisonniers de France est libérable depuis 25 ans, mais a vu sa dizaine de demandes de libération conditionnelle échouer.
La préfecture de police a interdit des manifestations de soutien prévues mercredi soir en région parisienne, estimant qu'elles pourraient troubler l'ordre public, "dans le contexte social et international tendu".
A Toulouse, à une centaine de kilomètres de la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrenées) où Georges Abdallah est incarcéré, 300 personnes ont manifesté pour réclamer la libération de celui qui compte parmi les plus anciens détenus du pays.
Le 15 novembre, le tribunal d'application des peines antiterroriste lui avait donné une lueur d'espoir, en ordonnant sa remise en liberté avec expulsion immédiate au Liban, prêt à l'accueillir.
Georges Abdallah est le "dernier vestige du groupuscule d'obédience laïque, marxiste, communiste des FARL" (Fractions armées révolutionnaires, qu'il avait cofondées), appartenant à "l'histoire aujourd'hui révolue de l'activisme violent de l'ultra gauche" libanaise et palestinienne, qui n'est "à l'origine d'aucun attentat en France ni ailleurs depuis 1984", écrivait le tribunal dans sa décision.
Le Parquet antiterroriste (Pnat) n'avait pas été du même avis et avait fait appel, suspendant aussitôt la décision.
L'affaire avait été réexaminée par la cour d'appel de Paris le 19 décembre en audience non publique.
- "Symbole" -
Le Pnat avait justifié son refus en expliquant qu'il n'avait "pas évolué", que ses convictions étaient "restées intactes".
Georges Abdallah n'a jamais accepté d'indemniser les parties civiles. Et a toujours nié être lié aux assassinats des deux diplomates à Paris en 1982, sans condamner des "actes de résistance" contre "l'oppression israélienne et américaine" en pleine guerre civile libanaise.
Il "représente un symbole voire un visage tutélaire de la cause palestinienne", s'était aussi inquiété le Pnat.
"Il représente surtout aujourd'hui le symbole d'un homme maintenu en détention depuis désormais plus de 40 ans, soit une période devenue disproportionnée au regard des faits commis et de sa dangerosité actuelle", avait rétorqué le tribunal dans sa décision.
Sa défense voit la main des États-Unis derrière ce maintien en prison. Partie civile au procès en 1987, le gouvernement américain a depuis systématiquement combattu sa remise en liberté. Avant l'audience devant la cour d'appel en décembre, ils avaient écrit aux magistrats pour s'y "opposer vigoureusement".
A son procès en 1987, Georges Abdallah avait comparu sous la lourde étiquette d'ennemi public n°1 en France, étant à l'époque soupçonné d'être derrière une vague d'attentats meurtriers à Paris, en réalité le fait de militants pro-iraniens.
Il est aujourd'hui largement oublié, sauf de son petit comité de soutien, de quelques parlementaires de gauche ou de personnalités comme la prix Nobel de littérature Annie Ernaux.
R.Fischer--VB