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Procès de l'attentat de la basilique de Nice: des experts balaient la thèse de "l'amnésie" de l'accusé
"Il n'y a aucune raison de penser que l'allégation d'amnésie de l'accusé ne soit pas factice", ont affirmé mardi des experts au procès de Brahim Aouissaoui, jugé devant la cour d'assises spéciale de Paris pour l'attentat de la basilique de Nice qui a fait trois morts le 29 octobre 2020.
Impassible, le visage sans expression, regardant droit devant lui, l'accusé qui écoute les experts via la traduction d'interprètes, semble ne pas être concerné par ce qui se dit dans la salle d'audience.
Au grand dam des parties civiles, Brahim Aouissaoui, 25 ans, n'a cessé de dire depuis sa mise en examen qu'il ne se souvenait de rien et surtout pas de l'attentat pour lequel il comparaît.
Comment est-ce possible ? Gravement blessé par la police après l'attaque dans la basilique de Nice, M. Aouissaoui a dû subir une anesthésie générale avant d'être opéré. S'il arrive qu'une anesthésie générale puisse "altérer la mémoire", c'est dans "un délai restreint", a précisé un des experts, médecin neurologue.
"Le manque de mémoire (revendiqué par M. Aouissaoui) est lié à son système de défense", assure le médecin. Son confrère psychiatre évoque une "amnésie factice".
M. Aouissaoui ne souffre "d'aucune lésion cérébrale", "son cerveau est morphologiquement intact", insiste le neurologue. "Il a gardé des capacités cognitives tout à fait correctes", poursuit le médecin.
Avant les deux experts, une psychologue, ayant rencontré M. Aouissaoui en détention il y a un mois, avait expliqué à la cour que l'accusé s'était montré "peu coopératif", se contentant de "réponses lacunaires" à ses questions.
En fait, précise la psychologue, l'accusé se montre disert seulement pour évoquer les "conditions inhumaines", selon lui, de sa détention.
Sous le statut de détenu particulièrement surveillé (DPS), à l'isolement total, entravé aux poignets et aux chevilles avec ceinture abdominale lors de sa rencontre avec la psychologue, M. Aouissaoui se dit "victime" de l'administration pénitentiaire.
- "C'est qui Assad ?" -
La psychologue évoque les griefs de l'accusé qui accuse notamment l'administration "d'empoisonner" sa nourriture en y versant de "l'urine" ou "des choses sales".
L'accusé, qui n'a jamais fait preuve de compassion pour les victimes, pleure quand il évoque sa détention, raconte la psychologue.
Pour tout le reste, l'accusé "fait preuve de détermination et de constance dans le refus de répondre", indique l'expert psychiatre, habitué à rencontrer des jihadistes emprisonnés et qui a vu M. Aouissaoui en détention à deux reprises.
L'accusé, raconte l'expert, a du mal à cacher "son agacement" quand il lui pose des questions. "Il y a une exaspération à peine contenue", poursuit le psychiatre.
De rares fois, l'accusé semble sur le point de craquer ou d'oublier son "amnésie".
Ainsi, se souvient le psychiatre, il lui avait demandé ce qu'il pensait de Bachar al-Assad, l'ancien président syrien, honni par les jihadistes. "Assad est quelqu'un qui a fait des choses mauvaises", lui avait répondu spontanément M. Aouissaoui avant de vite se reprendre et de dire: "c'est qui Assad ?".
Le psychiatre sourit et affirme ne "pas croire une seconde" à cet "oubli".
M. Aouissaoui doit être entendu sur les faits le 24 février.
Le matin du 29 octobre 2020, armé d'un couteau de cuisine, il avait quasiment décapité Nadine Vincent, épouse Devillers, une fidèle de 60 ans, blessé de 24 coups de couteau une mère de famille franco-brésilienne, Simone Barreto Silva, 44 ans, qui avait réussi à s'enfuir avant de succomber, et égorgé le sacristain Vincent Loquès, 55 ans, père de deux filles.
M. Aouissaoui comparaît pour assassinats et six tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste. Il encourt une peine de réclusion criminelle à perpétuité.
Le procès est prévu jusqu'au 26 février.
R.Fischer--VB