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Opposant kazakh assassiné en Ukraine: le jour où tout a basculé
Lorsque Natalia Sadikova et son mari Aïdos se sont garés à Kiev dans leur cour par un beau jour de juin 2024, la musique de l'autoradio ne laissait pas penser qu'un homme armé les attendait.
"La balle a brisé la vitre et touché Aïdos en pleine tempe. Il n'y a eu qu'un seul tir", se remémore Natalia pour l'AFP, les yeux perdus dans le vide.
Le couple, des opposants kazakhs exilés qui avaient obtenu l'asile en Ukraine 10 ans plus tôt, venait de terminer ses courses et préparait des vacances avec ses enfants pour la première fois depuis l'invasion russe en février 2022.
"Aïdos a immédiatement perdu connaissance. Il s'est affaissé sur la ceinture de sécurité. J'ai crié", poursuit-elle. "Les miracles existent. J'en espérais un. Mais malheureusement, il n'y en a pas eu."
Aïdos Sadikov, 55 ans, figure de l'opposition kazakhe, avait conquis plus d'un million d'adeptes sur ses réseaux sociaux grâce à des vidéos critiquant l'élite dirigeante du Kazakhstan.
Sa mort à l'hôpital, le 2 juillet, deux semaines après l'attaque, illustre les dangers auxquels sont confrontés, même en exil, les critiques qui s'expriment ouvertement contre les régimes autoritaires de l'ex-Union soviétique.
La famille s'était installée en Ukraine en 2014, alors que la colère politique généralisée se muait en manifestations pro-UE sur la place centrale de Kiev, Maïdan, une révolution qui a conduit à l'éviction du dirigeant prorusse de l'époque et fut un catalyseur de l'invasion russe du pays.
Ces événements historiques ont inspiré de nombreux opposants en ex-URSS, à l'instar du couple Sadikov.
- Tueurs kazakhs -
"Maïdan symbolisait la liberté, la démocratie et la possibilité de renverser pacifiquement le gouvernement" kazakh, explique Natalia Sadikova. C'était le rêve de son époux : "Un Kazakhstan libre et démocratique."
Une force de caractère qui l'avait séduite dès l'instant où elle avait rencontré son futur mari, en 2009, lors d'une interview - un "coup de foudre" à l'époque.
Sur ses réseaux sociaux, elle a accusé le dirigeant kazakh Kassym-Jomart Tokaïev de porter la responsabilité ultime de l'assassinat d'Aïdos Sadikov.
Selon les autorités ukrainiennes, deux citoyens kazakhs, possiblement d'anciens officiers de police, ont planifié et exécuté l'opération avant de fuir le pays après le meurtre.
Les autorités du Kazakhstan ont affirmé que le premier s'était rendu à la police kazakhe, mais le second est toujours en fuite, selon Kiev.
Des organisations internationales de défense des droits humains ont demandé une enquête complète et transparente.
Illustration du traitement fait aux opposants, l'administration de la plus grande ville du Kazakhstan, Almaty, a interdit aux personnes en deuil d'assister à une cérémonie en mémoire d'Aïdos Sadikov, ont rapporté des médias locaux.
La répression envers le couple n'est pas nouvelle. Leur premier enfant est né au début des années 2010 alors que M. Sadikov purgeait une peine de deux ans de prison pour des accusations qui, selon ses partisans, étaient motivées politiquement.
Plus tard, à Kiev, ils ont été victimes de harcèlement quand l'adresse de leur domicile a été divulguée sur internet et qu'un mouchard a été installé sur leur voiture, selon Natalia.
- Vengeance -
Trois jours après les funérailles d'Aïdos, alors que les "cris" de ses trois enfants résonnaient encore à ses oreilles, la douleur de Natalia Sadikova et la guerre ont fusionné.
Des frappes russes ont éventré, le 8 juillet, l'hôpital pédiatrique Okhmatdyt de Kiev, près de leur domicile au-dessus duquel un missile est passé lors de bombardements meurtriers qui ont provoqué la panique dans toute la ville.
"J'étais dans un tel état que je ne me souciais pas de savoir si les missiles nous touchaient ou non", dit-elle.
Pour l'instant, même si drones et missiles continuent de terroriser sa patrie d'adoption, Natalia Sadikova souhaite rester en Ukraine, où ses enfants se sentent chez eux. Et elle veut suivre l'enquête en cours.
De plus, son mari est enterré à proximité, un fait essentiel pour continuer son deuil, malgré, dit-elle, un "abîme" de chagrin.
"Je n'avais jamais perdu quelqu'un auparavant et quand c'est arrivé, il a fallu que ce soit la personne la plus importante de ma vie", confie-t-elle.
"Il y a deux choses qui me maintiennent en vie en ce moment : m'occuper de mes enfants et me venger. La vengeance. Je veux vraiment que tous ces monstres qui ont fait ça soient punis."
F.Wagner--VB