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A l'Assemblée, où la censure menace, la gauche à l'offensive pour abroger la réforme des retraites
La gauche, soutenue par le RN, va tenter jeudi à l'Assemblée nationale d'abroger la très décriée réforme des retraites de 2023, alors que la perspective d'une censure du gouvernement dès la semaine prochaine occupe tous les esprits.
Parenthèse dans la tempête budgétaire en cours: La France insoumise dispose jeudi de sa journée parlementaire annuelle réservée à ses textes.
La veille, sept députés et sept sénateurs se sont mis d'accord sur un compromis pour le budget de la Sécurité sociale qui retourne dans l'hémicycle lundi. Si à ce moment-là, Michel Barnier décide de déclencher le 49.3 pour une adoption sans vote, il devra se soumettre à une motion de censure promise par la gauche et que le Rassemblement national menace de voter.
A moins que les "concessions" annoncées jeudi par le ministre des Finances Antoine Armand ne convainque l'extrême droite de s'abstenir.
Dans l'immédiat, les députés ont commencé à examiner la proposition de loi présentée par LFI pour abroger la réforme des retraites adoptée en 2023 par le gouvernement d'Élisabeth Borne par 49.3 afin de ramener de 64 à 62 ans l'âge légal de départ à la retraite.
- Réforme Touraine -
La proposition d'abrogation, approuvée sans encombre la semaine dernière en commission, revient non seulement sur la réforme de 2023 mais également sur celle menée en 2013 par la ministre PS Marisol Touraine - qui avait augmenté la durée de cotisation.
Le groupe socialiste tentera de sauver la réforme Touraine via un amendement de son député Arthur Delaporte, mais approuvera la proposition quoi qu'il arrive pour abroger le recul de l'âge, a prévenu son chef Boris Vallaud.
Si le texte était adopté, il pourrait ensuite poursuivre son chemin parlementaire, selon la gauche, qui a prévu de l'inscrire le 23 janvier à l'ordre du jour du Sénat, où il n'a aucune chance d'être adopté par la majorité de droite et du centre, puis le 6 février en deuxième lecture à l'Assemblée.
Encore faut-il pour cela passer un premier obstacle au Palais Bourbon, où les débats, qui ont démarré à 9H00, s'interrompront quoi qu'il arrive à minuit.
- "Méthodes de voyous" -
Or, les députés du "socle gouvernemental" ont déposé plus de 950 amendements sur ce texte, ce qui devrait considérablement rallonger les échanges, au risque d'empêcher un vote dans les temps.
Certains de ces amendements visent à vider la proposition de son contenu, en totalité ou partiellement, ou à repousser son application à 2055 ou 2080. D'autres sont des ajouts sémantiques.
Les députés soutenant le gouvernement "veulent empêcher le vote car ils savent qu'ils le perdraient", a commenté le centriste Charles de Courson du groupe d'opposition Liot, qui s'étonne que le "socle commun" recoure à de telles "techniques de blocage" alors qu'il est menacé de censure.
"Sabotage indigne, aussi grossier que grotesque", a dénoncé Benjamin Lucas (Ecologistes), la socialiste Béatrice Bellay dénonçant des "méthodes de voyous".
Quant à la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, elle a fustigé une "obstruction" franchissant "tous les seuils de l'autoritarisme", et son parti a diffusé sur les réseaux sociaux les noms des auteurs des amendements "inutiles". Le mouvement mélenchoniste a appelé à un rassemblement aux Invalides à 19H00.
Dans le camp gouvernemental, cependant, on souligne qu'une telle stratégie est "de bonne guerre".
Pour le ministre du Budget Laurent Saint-Martin, les protestations du Nouveau Front populaire relèvent d'une "hypocrisie insupportable" puisqu'en 2023, lors de l'examen de la réforme des retraites, la gauche avait "déposé 19.000 amendements et fait durer trois semaines les débats".
"Il y a une différence entre un texte du gouvernement qui peut rajouter du temps à l'examen (...) et une niche parlementaire qui commence à 9H00 et termine à minuit, pas une minute de plus", s'est indignée Mathilde Panot sur franceinfo, évoquant les niches comme "un moment en quelque sorte sacré dans la démocratie parlementaire".
Quant au Rassemblement national, qui avait lui-même présenté fin octobre une proposition d'abrogation à laquelle la gauche avait refusé de s'associer, il souhaite aussi "aller jusqu'au vote".
K.Hofmann--VB