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Le chef du gouvernement espagnol reçoit l'opposant vénézuélien réfugié à Madrid
"Je (lui) souhaite chaleureusement la bienvenue": le chef du gouvernement espagnol a reçu jeudi l'opposant vénézuélien Edmundo González Urrutia, réfugié depuis dimanche à Madrid, dans un contexte tendu avec le Venezuela, où le président du Parlement a appelé à la rupture totale des relations avec Madrid.
Dans un message publié sur X après la rencontre, à titre privé, avec M. González Urrutia, Pedro Sanchez a assuré que l'Espagne continuait "à oeuvrer pour la démocratie, le dialogue et les droits fondamentaux du peuple frère du Venezuela".
L'Espagne, comme l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne, réclame la publication complète des procès-verbaux émis par les bureaux de vote lors de l'élection présidentielle du 28 juillet - ce que les autorités vénézueliennes n'ont pas fait, disant avoir été victime d'un piratage informatique.
Le Conseil national électoral (CNE) a proclamé le président Nicolas Maduro vainqueur de ce scrutin, avec 52% des voix. Mais ce résultat est contesté par l'opposition, qui assure, sur la base des procès-verbaux fournis par ses scrutateurs, qu'Edmundo Gonzalez Urrutia a obtenu plus de 60% des voix.
Faute de résultats complets, les pays de l'UE se sont refusés jusqu'à présent à reconnaître un vainqueur pour le scrutin du 28 juillet.
Ce n'est pas le cas des Etats-Unis, qui ont décidé de reconnaître M. Gonzalez Urrutia comme président, et qui ont annoncé jeudi des sanctions à l'encontre de 16 proches de Nicolas Maduro, affirmant qu'ils avaient "entravé" le déroulement de l'élection présidentielle du 28 juillet.
Parmi eux figurent des dirigeants du CNE et du Tribunal suprême de justice, notamment le juge et le procureur qui ont émis un mandat d'arrêt contre Edmundo González Urrutia, arrivé dimanche à Madrid à bord d'un avion de l'armée espagnole après avoir fui le Venezuela.
Caracas a immédiatement rejeté "avec la plus grande fermeté" des mesures jugées "illégitimes et illégales" et considérées comme une nouvelle "agression" de Washington.
- "Poursuivre la lutte" -
Dans un communiqué transmis par son entourage peu après sa rencontre avec Pedro Sánchez, M. González Urrutia a indiqué jeudi avoir fait part au responsable socialiste de sa "reconnaissance pour l'intérêt" qu'il porte "au rétablissement de la démocratie et au respect des droits de l'homme" au Venezuela.
"Je lui ai réaffirmé ma détermination à poursuivre la lutte pour faire valoir la volonté souveraine du peuple vénézuélien exprimée le 28 juillet par plus de 8 millions d'électeurs", a ajouté M. González Urrutia, qui ne s'était pas encore entretenu avec le responsable socialiste, jusque-là en voyage officiel en Chine.
La rencontre entre Pedro Sánchez et Edmundo González Urrutia est survenue quelques heures à peine après l'appel du président du parlement vénézuélien Jorge Rodriguez, chef de campagne de Nicolas Maduro durant la campagne présidentielle, à rompre "toutes les relations" avec l'Espagne et à expulser l'ambassadeur et les consuls espagnols du Venezuela.
En cause: un vote du Parlement espagnol, qui a adopté mercredi une résolution déposée par le Parti populaire (PP, droite), principale formation d'opposition à Pedro Sánchez, demandant au gouvernement de reconnaître Edmundo González Urrutia comme président du Venezuela.
Cette proposition parlementaire n'a qu'une valeur symbolique, la décision de reconnaître ou non Edmundo González Urrutia comme président revenant à l'exécutif. Elle a malgré tout suscité de vives tensions avec Caracas.
Jeudi matin, la porte-parole du gouvernement espagnol Pilar Alegria s'est efforcée d'apaiser le climat, assurant que l'Espagne souhaitait "maintenir les meilleures relations avec le peuple vénézuélien", et assurant que "l'ambassade au Venezuela (fonctionnait) de manière tout à fait normale".
Pour l'analyste vénézuélien Mariano de Alba, conseiller en relations internationales et diplomatie, la menace de rupture des autorités vénézuéliennes reste à ce stade "très vague", mais il n'est pas "exclu qu'elle se concrétise".
Dans un tel cas, cela confirmerait "que le gouvernement de Maduro est prêt à se couper de l'Occident pour rester au pouvoir", quitte à perdre "des liens très importants" sur le plan "économique". L'Espagne, pour sa part, perdrait son "pouvoir d'influence sur le gouvernement Maduro à un moment où elle est justement nécessaire", estime le chercheur auprès de l'AFP.
H.Weber--VB