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Au Liban, les hôpitaux préparent des plans d'urgence en cas de guerre
Dans le plus grand hôpital gouvernemental du Liban, des membres du personnel de santé et administratif suivent une formation pour être prêts si jamais une guerre à grande échelle, tant redoutée, éclate entre Israël et le Hezbollah.
"On se prépare à la guerre", dit Bassima Khashfi, une infirmière expérimentée qui explique comment répartir les blessés en cas d'afflux soudain à l'hôpital Rafic Hariri à Beyrouth.
"Tous les employés, du corps infirmier, médical, administratif ou sécuritaire suivent la formation", explique-t-elle: "Sur la base de nos capacités actuelles, nous sommes presque prêts".
Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza le 7 octobre, les échanges de tirs transfrontaliers entre le Hezbollah et Israël sont quasi quotidiens, le mouvement pro-iranien affirmant attaquer des positions militaires israéliennes en soutien à son allié, le Hamas palestinien.
Les craintes d'une guerre totale sont vives depuis la mort d'un chef militaire du Hezbollah fin juillet, tué par une frappe israélienne au Liban, et celle de l'ex-chef du Hamas en Iran, qui a accusé Israël de l'avoir assassiné. Le Hezbollah pro-iranien et Téhéran ont promis de riposter.
"Nous avons été formés pour faire face à des incidents impliquant un grand nombre de victimes et pour nous préparer à l'éventualité d'une catastrophe naturelle ou d'une guerre", dit Lamis Dayekh, une infirmière de 37 ans.
"Si la guerre éclate, nous serons présents (..). Si je ne suis pas à l'hôpital, j'amènerai mes enfants avec moi et je viendrai", assure-t-elle.
- "Pas notre première guerre" -
À l'hôpital public, les infirmiers répètent qu'ils sont relativement habitués à faire face à l'afflux de patients, que ce soit lors de la pandémie de Covid-19 ou de différents conflits.
Un centre d'opérations d'urgence a été installé au ministère de la Santé adjacent à l'hôpital.
"Au Liban, nous avons toujours un plan d'urgence (...). Ce n'est pas notre première guerre et nous avons été prêts à chaque fois", assure Wahida Ghalayini, qui dirige ce centre depuis octobre.
Elle cite la terrible explosion au port de Beyrouth en 2020, qui a fait plus de 220 morts et plus de 6.500 blessés, ou la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël en 2006, au cours de laquelle plus de 1.200 personnes ont été tuées, des civils pour la plupart.
Depuis octobre, les violences ont fait près de 600 morts au Liban, en grande partie des combattants du Hezbollah pro-iranien mais également au moins 130 civils, selon un décompte de l'AFP.
En Israël et sur le plateau du Golan syrien occupé, 23 militaires et 26 civils ont été tués, selon les autorités israéliennes.
Le plan conçu par le ministère de la Santé évalue les besoins des hôpitaux, supervise les formations et comprend aussi un module de santé mentale.
Il coordonne également l'action des équipes de secours et des hôpitaux du sud du Liban.
- Les leçons de Gaza -
Les autorités libanaises comptent principalement sur le financement des donateurs pour leurs plans d'urgence, le pays étant depuis près de cinq ans en plein effondrement économique.
"Tous les hôpitaux ont besoin de matériel médical, de carburant, d'oxygène", déclare Wahid Ghalayini, soulignant les "problèmes financiers" de l'Etat.
Les centrales électriques étant quasiment à l'arrêt faute de fonds publics, la plupart des hôpitaux utilisent l'énergie solaire, dit-elle, en montrant les panneaux installés sur le toit et le parking de l'hôpital Rafic Hariri.
Le ministre de la santé, Firas Abiad, a déclaré cette semaine que le pays disposait d'assez de médicaments et de fournitures médicales pour tenir au moins quatre mois en cas d'extension de la guerre.
Le plan d'urgence a réparti les priorités en fonction de la localisation des hôpitaux. La "zone rouge" à haut risque de frappes israéliennes comprend les bastions du Hezbollah dans le sud et l'est du pays, ainsi que la banlieue sud de Beyrouth.
Dans le centre d'opérations d'urgence, des fonctionnaires passent des appels et travaillent sur leur ordinateur tout en suivant les nouvelles de la guerre à Gaza dans le sud du Liban sur des écrans géants.
"Nous suivons ce qui se passe à Gaza" sur le plan médical "et nous en tirons des enseignements", dit Wahida Ghalayini, alors que les télévisions passent en boucle les images des patients ensanglantés dans le territoire palestinien.
I.Stoeckli--VB