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Mongolie: le parti au pouvoir en tête aux législatives d'après les premiers résultats
Le parti au pouvoir était en tête à l'issue des législatives de vendredi en Mongolie, d'après les premiers résultats fournis par des médias, malgré la lassitude face à la corruption et à la situation économique.
Le Parti du peuple mongol (PPM) dirigé par le Premier ministre Luvsannamsrain Oyun-Erdene était crédité de 39,7% des suffrages une heure environ après le début du dépouillement des bulletins - qui a commencé à la fermeture à 22H00 (14H00 GMT) des bureaux de vote -, a annoncé le site internet d'information Ikon.
Le Parti démocrate, le principal parti d'opposition, obtenait 15,9% des voix, selon la même source, tandis que de nombreux petits partis étaient également en lice.
Le taux de participation était de 69,3%, pouvait-on voir sur un écran au siège de la Commission électorale.
Les électeurs de ce vaste pays (trois fois la superficie de la France) très peu peuplé (3,4 millions d'habitants) au regard de ses voisins que sont la Chine et la Russie, mais riche en ressources naturelles, étaient appelés à désigner les 126 membres du parlement monocaméral, le Grand Khoural d'Etat.
Mais les inquiétudes restent vives à l'égard d'un pouvoir d'achat mis à mal par l'inflation (elle est actuellement de 7%) et par le sentiment chez nombre de Mongols d'une corruption généralisée.
- Les jeunes peu mobilisés -
Dans un bureau de vote de la banlieue d'Oulan-Bator, Tsagaantsooj Dulamsuren, une caissière de 36 ans enceinte de son quatrième enfant, a déclaré à l'AFP qu'elle attendait des politiques qu'ils "développent davantage les infrastructures" et "créent plus d'emplois dans l'industrie manufacturière pour les jeunes".
La vente d'alcool à Oulan-Bator a été interdite jusqu'à samedi, pour éviter de perturber le bon déroulement des élections.
Dans un bureau de vote de la région rurale de Sergelen, une division administrative située à plus d'une heure de route de la capitale, un responsable local de 45 ans, Batsaikan Battseren, a regretté la faible participation des jeunes.
"Les jeunes de 18 à 30 ans ne vont pas voter", a constaté cet ancien éleveur, vêtu de la tête aux pieds d'un vêtement traditionnel mongol.
Dans les rues d'Oulan-Bator, où vit la moitié de la population du pays, les innombrables affiches de propagande électorale représentent tout le spectre politique, des libéraux jusqu'aux nationalistes, en passant par des hommes d'affaires populistes et des écologistes.
Dans un monde politique mongol largement dominé par les hommes, les partis sont tenus par la loi de veiller à ce que 30% de leurs candidats soient des femmes.
L'incapacité du principal mouvement d'opposition, le Parti démocrate, à proposer une alternative crédible a alimenté la montée des petits partis.
- "Dictature" -
Parmi eux figure le parti de centre droit anticorruption HUN, qui devrait augmenter le nombre de ses députés. Ses candidats, à l'aise avec les réseaux sociaux, jouissent d'un soutien important au sein des classes moyennes urbaines.
Au cours d'un meeting dans la petite ville de Zuunmod mercredi, le dernier jour de la campagne électorale, le Premier ministre Luvsannamsrain Oyun-Erdene a dénoncé la corruption de "dirigeants", appelant à un retour à la "discipline".
Pendant son mandat, la Mongolie a fortement chuté dans le classement de l'ONG Transparency International, qui repose sur l'indice de perception de la corruption.
Selon des détracteurs du gouvernement, la liberté de la presse et l'Etat de droit ont également reculé ces dernières années.
Au point que selon la fondation Sant Maral, le principal institut de sondage indépendant en Mongolie, plus d'un tiers des Mongols pensent désormais que leur pays "se transforme en dictature".
- Campagne et personnes âgées -
"Je décrirais cette élection comme un référendum pour ou contre (...) le Premier ministre Oyun-Erdene" et pour ou contre "une réécriture du contrat social de la Mongolie", a déclaré à l'AFP l'analyste politique Bayarlkhagva Munkhnaran.
Selon lui, "ce (nouveau) contrat social vise à transformer la Mongolie en une véritable autocratie électorale. Alors qu'il y a encore 10 ans, la Mongolie était respectée en tant que démocratie libérale".
Considéré comme le successeur du Parti communiste qui a gouverné ce pays d'une main de fer pendant près de 70 ans, le PPM reste toutefois populaire, notamment dans les campagnes et auprès des personnes âgées.
"Son pouvoir d'attraction, c'est de dire 'regardez, on a bien fait notre travail, on a tout bien géré'", explique à l'AFP Julian Dierkes, professeur à l'Université de Colombie-Britannique (Canada) et spécialiste de la politique mongole.
Quant à l'opposition, "tout le monde dit : 'on veut apporter du neuf, on veut remplacer (ceux qui sont au pouvoir)'" mais "c'est ce que disent tous les autres partis", souligne-t-il.
L.Stucki--VB