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A trois jours du scrutin, la dramatisation des enjeux de législatives historiques
Les Français n'ont plus que trois jours avant le premier tour d'élections législatives historiques pour faire leur choix entre une gauche qui peine à maintenir son unité, un Rassemblement national toujours largement favori et une majorité macroniste qui affirme ne pas se résigner.
Les jeux sont-ils faits? Sondages après sondages, l'extrême droite est inlassablement donnée largement en tête du scrutin de dimanche, avec 36% à 37% d'intentions de vote selon Ifop-Fiducial comme Harris Interactive-Toluna, nettement devant l'alliance du Nouveau Front populaire (27% à 28,5%) et davantage encore la majorité présidentielle (21%).
Mais les 577 élections, dans chaque circonscription, recèlent de nombreuses inconnues, les équations étant par ailleurs appelées à être profondément bouleversées entre les deux tours selon les maintiens, désistements voire consignes de votes.
Et, si Harris Interactive Toluna projette un hémicycle composé de 250 à 305 députés RN - soit potentiellement une majorité absolue, fixée à 289 sièges -, Ifop-Fiducial ne crédite les lepénistes que d'une majorité relative, de 220 à 260 sièges.
En cas de franc succès du RN, Marine Le Pen a d'ores et déjà esquissé, dans un entretien au Télégramme, une cohabitation rugueuse: "Chef des armées, pour le président (de la République), c'est un titre honorifique puisque c'est le Premier ministre qui tient les cordons de la bourse". Conséquence, selon elle: "sur l'Ukraine, le président ne pourra pas envoyer de troupes", alors qu'Emmanuel Macron a refusé d'exclure cette option.
Une majorité seulement relative ouvre par ailleurs la perspective d'un éventuel blocage institutionnel, renforcée par le refus de Jordan Bardella de constituer un gouvernement s'il ne dispose pas d'une majorité absolue.
- "Faire avancer le pays" -
L'hypothèse a conduit mercredi François Hollande à se dire disponible pour "trouver des solutions", "compte tenu des fonctions" présidentielles qu'il a occupées.
Sur BFMTV, l'ex-chef de l'Etat socialiste, candidat dans la première circonscription de Corrèze sous les couleurs du Nouveau Front populaire, a interrogé: "S'il n'y a pas de majorité, (...) qu'est-ce qu'on fait pendant un an? On laisse le pays aller à vau-l'eau ?". "Il faut quand même que des décisions soient prises", a-t-il répondu, en prônant "d'aller chercher un chef du gouvernement qui puisse, sur un programme minimal, faire avancer le pays".
D'ici là, les représentants des trois blocs sont attendus jeudi soir sur France 2 pour un ultime débat, 24 heures avant la fin de la campagne officielle fixée vendredi à minuit.
Comme l'avant-veille sur TF1, Jordan Bardella pour le RN et Gabriel Attal sous la bannière "Ensemble pour la République" croiseront le fer. Mais la gauche a cette fois-ci envoyé le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, pour tenir la contradiction, lorsque c'était l'Insoumis Manuel Bompard qui s'y était collé mardi soir.
La joute pourrait être l'occasion d'une dramatisation accrue des enjeux du scrutin, alors que la première confrontation avait tourné à une bataille de chiffres parfois absconse, voire inaudible.
Reste que l'intérêt pour ces législatives anticipées ne se dément pas: deux tiers des électeurs prévoient d'aller voter dimanche, selon Ifop-Fiducial, ce qui correspondrait au meilleur taux de participation à ce type d'élections depuis 1997.
Lors de la confrontation télévisée, chacun des trois prétendants à Matignon aura quoi qu'il en soit sa partition à jouer.
- Mélenchon "capable" -
Pour Jordan Bardella, continuer à rassurer sur son sérieux et sa clarté, quand ses adversaires ont pointé les supposées imprécisions de son projet quant aux retraites ou vilipendé son idée d'exclure les binationaux à certains postes jugés sensibles.
Mercredi, sur CNews, le patron du parti d'extrême droite a pourtant dû à nouveau s'amender, en affirmant que son projet de supprimer les impôts sur le revenu pour les moins de 30 ans "aura un plafond, évidemment" - il répondait à une interpellation sur le cas de Kylian Mbappé -, précisant au passage que "cette mesure (n'était) pas prioritaire".
L'actuel locataire de Matignon entend quant à lui sonner à nouveau la "mobilisation générale", comme il l'a scandé mercredi lors d'un déplacement de campagne en Indre-et-Loire, en renvoyant dos à dos le RN qui "stigmatise" et ce qu'il appelle toujours la "Nupes", qu'il accuse de légèreté vis-à-vis du "communautarisme".
Olivier Faure aura pour sa part à jurer de l'unité de la vaste coalition de gauche, toujours prompte à s'enflammer sur le cas de La France insoumise en général et de son leader Jean-Luc Mélenchon en particulier.
Ce dernier est-il toujours candidat à Matignon? "Je ne dis ni oui, ni non", a-t-il répondu mercredi sur LCI, faisant valoir qu'il s'en sentait "capable" et "souhaiter que ça marche", alors que François Hollande avait estimé quelques heures plus tôt que le leader LFI n'était "plus dans le jeu".
"Je ne dirai de mal de personne, même pas de François Hollande", lui a-t-il répondu.
L.Meier--VB