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Contre l'extrême droite et pour l'Ukraine: la majorité souligne le "besoin d'Europe"
Drapeaux européens et gouvernement quasi au complet auprès de sa candidate Valérie Hayer, la majorité lance samedi à Lille sa campagne des élections européennes en ciblant l'extrême droite et son positionnement dans le conflit en Ukraine.
L'enjeu est de taille pour la liste du camp d'Emmanuel Macron et de ses trois partis Renaissance, Horizons et MoDem, distancée de 10 points dans les intentions de vote par celle du président du Rassemblement national Jordan Bardella.
"Ça paraît compliqué qu'on les double mais il faut qu’on réduise l'écart", confie un cadre de la majorité. Pour le ministre de la Fonction publique Stanislas Guerini, il n'y a aucune "fatalité" concernant le résultat qui, en 2019, avait dépassé à l'arrivée les sondages initiaux.
La tête de liste RN, qui a tenu son premier meeting dimanche à Marseille, avait axé son discours sur l'immigration en s'en prenant à Emmanuel Macron, accusé d'être le "grand effaceur" de la France en Europe.
L'eurodéputée Valérie Hayer, inconnue des Français et désignée tardivement, devrait souligner le "besoin d'Europe", slogan officiel de la campagne, après la crise sanitaire du Covid et la guerre en Ukraine, en interrogeant le soutien de ses opposants à ce pays envahi par la Russie.
- "Protection" -
"C'est l'avenir de l'Europe qui se joue (avec) la progression de ceux dont le projet est de démanteler l'Union européenne et donc d'affaiblir la protection des Français", a souligné vendredi soir sur France 5 le Premier ministre Gabriel Attal, qui s'exprimera juste avant la candidate.
L'exécutif ne cesse d'attaquer depuis plusieurs semaines le RN sur sa mansuétude voire sa proximité avec la Russie de Vladimir Poutine. "Le RN est dans un esprit de capitulation et de soumission", cingle le député et directeur de campagne Pieyre-Alexandre Anglade.
M. Macron, qui compte s'investir ultérieurement dans la campagne, a appelé ses ministres à se "battre pied à pied" et à se mobiliser contre le RN, affirmant qu'il ne fallait poser "aucune limite" dans le soutien de la France à l'Ukraine, après avoir évoqué l'hypothèse d'un envoi de soldats dans ce pays.
Des propos jugés "irresponsables" par les oppositions qui devraient donner de la voix lors des débats, suivis d'un vote, sur ce conflit organisés mardi à l'Assemblée nationale et mercredi au Sénat, manière pour l'exécutif de faire tomber les masques de ses adversaires à l'approche du scrutin.
La stratégie interroge certains alliés: cibler le RN peut "les mettre en valeur", note un député MoDem, qui n'est pas non plus enclin à faire de l'Ukraine "un enjeu de campagne".
- Socle -
Outre le RN, Valérie Hayer aura à cœur de rallier les électeurs du centre gauche, ceux de la macronie originelle, qui pourraient être attirés par la liste du Parti socialiste menée par Raphaël Glucksmann après le virage à droite du gouvernement sur l'immigration.
Le candidat du PS crédité de 10% des intentions de vote "n'existe pas", tranche un ministre de premier plan, quand Mme Hayer l'accuse d'être "inféodé au PS", lui-même "sous la coupe" de Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise.
"L'enjeu, c'est de ne pas perdre notre socle qui s'érode sur sa gauche", explique l'eurodéputé Renaissance issu des Verts Pascal Canfin, qui veut être "à l'offensive" sur le Pacte vert européen. "On n'a pas le Green deal honteux".
Mais après la mobilisation sur l'Ukraine et l'Europe, "qui nous unit tous" dans la majorité, selon Pascal Canfin, le prochain thème de campagne sera l'agriculture, autre ligne de fracture avec le RN et dossier sur lequel Mme Hayer, fille d'agriculteurs, pourra faire jouer sa fibre rurale.
La candidate pourrait s'en prendre aussi à LFI que le chef de file des députés Renaissance, Sylvain Maillard, accuse de courtiser "l'électorat antisémite" à travers la candidature aux Européennes de la militante franco-palestinienne Rima Hassan, attaquée pour des déclarations sur le conflit Israël-Hamas.
Valérie Hayer "a une grande maîtrise des sujets", loue une députée Renaissance, qui compte toutefois sur M. Macron et M. Attal pour "bien l'embarquer" dans le train de la campagne et pallier son défaut de notoriété.
"Nous avons besoin d’une personne puissante (au Parlement européen) et pas d’une personne absente", souligne la porte-parole du gouvernement, Prisca Thevenot, dans une allusion à Jordan Bardella accusé de peu siéger à Strasbourg.
Les alliés François Bayrou pour le MoDem et Edouard Philippe pour Horizons prendront également la parole, ainsi que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, élu du département, sur fond de batailles à venir pour la présidentielle.
Dans les couloirs du Grand Palais de Lille, où les organisateurs espèrent entre 3.000 et 4.000 personnes, il sera aussi question de la composition de la liste, qui n'est pas terminée et suscite encore des débats.
F.Mueller--VB