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"N'affamez pas Gaza!" Les voix inaudibles de jeunes activistes israéliens
Ils sont une "toute petite minorité", leur voix est quasiment inaudible, et ils le savent. Mais quelques dizaines de jeunes activistes israéliens ont malgré tout organisé jeudi un très symbolique convoi d'aide alimentaire vers la bande de Gaza, vite refoulé par la police.
Une trentaine de véhicules, un peu plus de militants, un camion de 7 tonnes à peine rempli: le convoi organisé par le mouvement Standing Together (Ensemble), qui revendique 5.000 membres, était éminemment symbolique.
Mais le but est de faire entendre "une autre voix" et de démontrer "qu'il y a des gens dans notre société estimant que ce qui se passe à Gaza est inacceptable", martèle Nadav Shofet, un des organisateurs de l'opération, la première du genre depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas palestinien il y a cinq mois.
Comme lui, les jeunes militants, qui se retrouvent tôt le matin sur un parking d'une gare de Tel-Aviv, se disent révoltés par la situation humanitaire "insupportable" dans le territoire palestinien où, selon l'ONU, 2,2 millions de personnes, soit l'immense majorité de la population, sont menacées de famine.
S'ils arborent pour la plupart des T-shirts violet avec l'inscription "N'affamez pas la population de Gaza!", tous prennent aussi soin d'attacher au rétroviseur de leur voiture le ruban jaune symbolisant la nécessité du retour des otages israéliens retenus encore à Gaza, qui sont encore 130 selon Israël, dont 31 seraient morts.
Ces activistes sont conscients de marcher sur une ligne de crête. "Notre combat contre le Hamas est justifié", répète, en préambule et à plusieurs reprises, Orly Shay Keslassy, une orthophoniste de 39 ans.
"Mais nous ne pouvons ignorer qu'il y a des millions d'innocents à Gaza. Je ne peux pas, en tant qu'Israélienne, vivre en sachant que mon gouvernement leur refuse de la nourriture et des médicaments", ajoute-t-elle.
- "C'est une honte!" -
Dans le camion, ont été chargés des couches et du lait pour bébé, des paquets de sucre, de farine, des aliments prêts à cuisiner, des "dattes pour le ramadan"... Le contenu apparaît dérisoire, mais l'opération de collecte n'a été lancée que mardi, insistent les organisateurs.
Le convoi s'ébranle, sous l'oeil noir d'Ilan Enia, un chauffeur routier. "Qu'ils aillent se faire foutre. C'est une honte, une honte, d'envoyer des camions à Gaza alors que nos soldats se font tuer", s'énerve-t-il.
Le convoi rejoint Ashkelon, à une cinquantaine de kilomètres plus au sud, où de nouvelles voitures et de nouveaux chargements grossissent le cortège.
Direction: Kerem Shalom, point de passage entre Israël et la bande de Gaza, par où transitent au compte-gouttes des camions d'aide humanitaire.
La route empruntée par le convoi passe devant les kibboutz de Kfar Aza et Beeri, où ont été tuées près de 200 personnes lors de l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre dans le sud du pays. Et par Réïm, théâtre de la plus grande tuerie, où les commandos du Hamas ont massacré 364 jeunes lors du festival Nova.
"Des gens ont été tués ici! Honte à vous qui voulez nourrir les terroristes!" hurle un homme, tandis qu'au loin, on entend les bombardements israéliens sur Gaza. Comme si toutes les douleurs s'entrechoquaient en un seul lieu.
"Je ne crois pas que les gens sont méchants, je pense juste qu'ils souffrent terriblement et n'ont aucun espace pour avoir de l'empathie pour les autres", pense Roy Hoschem, étudiant chef d'orchestre et membre du convoi.
- "Douleur contre douleur" -
La guerre, entrée jeudi dans son sixième mois, a été déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre qui a fait 1.160 morts, majoritairement civils, selon un décompte de l'AFP à partir de chiffres officiels.
L'offensive israélienne lancée en représailles à Gaza a coûté la vie à 30.800 de personnes, la plupart des civils, d'après le ministère de la Santé du Hamas.
Visiblement ébranlée, Orly Shay Keslassy tente d'expliquer "la grande confusion" qui domine, selon elle, la société israélienne.
"On est dans un schéma douleur contre douleur. Le Hamas a tué des gens innocents mais ce n'est pas une raison pour le faire à notre tour", confie cette mère de deux enfants. "Je veux penser que je vis dans un pays démocratique et moral."
A trois kilomètres du check-point de Kerem Shalom, la police bloque les activistes et leur intime de faire demi-tour. Ils repartent rapidement, presque sans discuter, résignés.
Rula Daoud, une des organisatrices, a les larmes aux yeux, mais assure: "nous recommencerons. Nous réessayerons".
T.Ziegler--VB