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Macron dit qu'il n'y a "aucune limite" au soutien à l'Ukraine, les oppositions jugent la posture "irresponsable"
Emmanuel Macron a affirmé jeudi qu'il n'y avait "aucune limite" ni "ligne rouge" au soutien de la France à l'Ukraine, ont rapporté les responsables des oppositions qui ont dénoncé une posture "irresponsable" avant un débat parlementaire qui s'annonce tumultueux.
"Je suis arrivé inquiet et je suis ressorti plus inquiet", a résumé le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard devant la presse à l'issue de 2H30 de réunion à l'Elysée entre le président et les chefs des partis ayant un groupe au Parlement.
Selon lui, le chef de l'Etat a expliqué qu'il "fallait soutenir l'Ukraine +quoi qu'il en coûte+".
"Le président de la République est prêt à un soutien sans limite et semble-t-il jusqu'au-boutiste à l'Ukraine", "il n'y a aucune limite et aucune ligne rouge", a aussi déploré le dirigeant du Rassemblement national Jordan Bardella.
Emmanuel Macron a donc totalement assumé ses propos du 26 février, qui avaient été rejetés par toutes les oppositions mais aussi fermement critiqués par la plupart des autres alliés occidentaux de Kiev. Il avait alors affirmé que l'envoi en Ukraine, à l'avenir, de troupes au sol ne devait pas "être exclu", au nom d'une "ambiguïté stratégique".
"C'est irresponsable" et "extrêmement dangereux pour la paix du monde", a martelé Jordan Bardella, tandis que le président du parti Les Républicains Eric Ciotti a aussi dénoncé une position "inopportune, inappropriée, voire irresponsable", qui a "isolé notre pays".
- "Déclaration viriliste" -
Selon le patron des communistes Fabien Roussel, Emmanuel Macron a notamment esquissé, carte à l'appui, le scénario d'une avancée du front "vers Odessa ou vers Kiev", "ce qui pourrait engager une intervention" car "il ne faudrait en aucune manière le laisser faire". Il a dès lors décrit un président "prêt demain à s'engager dans une escalade guerrière qui peut être dangereuse".
"C'est vraiment un problème d'amateurisme à ce stade-là", a renchéri la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier, évoquant une "déclaration viriliste".
Le retour d'un clivage sur l'Ukraine, au coeur de la présidentielle de 2022 avant de s'estomper, est assumé par le chef de l'Etat à l'approche des élections européennes de juin. "C'est un moment de vérité", estime son entourage.
Alors que la liste d'extrême droite menée par Jordan Bardella fait la course largement en tête dans les sondages, Emmanuel Macron a demandé mercredi à ses ministres de se "battre pied à pied" dans la campagne des européennes de son camp qui sera lancée samedi lors d'un meeting à Lille.
"Ne laissez pas entrer les nationalistes. Ils étaient déjà la guerre. Ils sont désormais la défaite face à la Russie", a-t-il martelé devant son gouvernement.
Jordan Bardella a répondu devant Emmanuel Macron qu'il était "irresponsable" de comparer son parti à "une armée d'occupation étrangère".
"On a un président qui malheureusement comme toujours joue", pour "instrumentaliser la guerre" et "aborder les élections européennes avec les habits d'un chef de guerre", a déploré le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure. "C'est pas une Game Boy, en fait, la France", s'est-il indigné.
Emmanuel Macron, qui a promis de se rendre en Ukraine avant mi-mars, a demandé au gouvernement d'organiser un débat au Parlement, suivi d'un vote - mardi à l'Assemblée nationale, puis mercredi au Sénat. Ces votes n'auront pas de valeur contraignante pour le gouvernement.
Ce débat s'annonce agité. Non pas tant au sujet de l'accord bilatéral de sécurité signé mi-février avec l'Ukraine, sur lequel porte formellement le vote, mais en raison des récentes déclarations du président, qui a aussi appelé les alliés occidentaux à ne pas "être lâches", renforçant l'ire de l'Allemagne.
Si LR a ouvert la voie à un vote positif, avec des réserves, et si les Ecologistes et le Parti socialiste hésitent, le reste de la gauche penche pour une opposition franche.
"Pour nous, c'est non", a dit Fabien Roussel. Manuel Bompard a aussi expliqué que LFI s'opposerait à l'accord soumis au Parlement s'il y "figure la perspective de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne ou à l'Otan".
Une "ligne rouge" invoquée aussi par Jordan Bardella, qui a toutefois laisser planer le suspense sur son vote car il est "en faveur" sur "le principe d'un accord bilatéral".
T.Zimmermann--VB