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Elections au Mexique: Gerardo, 19 ans, l'influenceur qui décrypte pour les nouveaux électeurs
"Parlons du méga-paquet de réformes du président Lopez Obrador…": smartphone bien droit au bout de son bras tendu, Gerardo Vera, 19 ans, enregistre sa vidéo quotidienne sur l'actualité politique au Mexique, où la campagne électorale commence officiellement ce vendredi.
Et s'il pesait sur les débats avant les élections du 2 juin? Avec ses deux millions d'abonnés sur TikTok, Gerardoveramx touche les 18-24 ans, qui votent pour la première fois à la présidentielle, soit 4,1 millions d'inscrits.
Projets de réforme, polémiques locales, actualité internationale…: ses vidéos d'analyse représentent "une tentative de démocratiser la connaissance politique", explique-t-il depuis sa chambre à Mexico, d'où il se filme depuis 3 ans.
"Que chacun puisse se faire un avis à partir des faits que je leur présente", ajoute l'étudiant en droit, qui remet une mèche de cheveux en place, pivote pour mieux prendre la lumière et reprend l'enregistrement en cours.
Ses montages verticaux sont dynamiques. Pas plus de quelques secondes par plan. Derrière lui, défilent des illustrations colorées ou des graphiques.
Il enregistre chaque phrase une par une, attentif à chaque formulation pour que son propos reste le plus neutre possible.
"Pendant son gouvernement, le président Lopez Obrador a tenté d'augmenter le salaire minimum de manière historique".
Hésitation. "Non, si je dis de +manière historique+, ça va faire comme si je l'admirais", marmonne-t-il en effaçant sa dernière prise.
- L'insécurité au coeur des soucis -
Pour s'assurer de garder un regard critique, il confie en riant se mettre dans la tête de sa tante de droite ou de son oncle de gauche en fonction du sujet traité.
Une fois sa vidéo filmée, montée et éditée (trois heures au total), elle apparaît sur le "fil" TikTok de ses abonnés, îlot d'information politique dans un océan de contenus tournés vers la mode et le divertissement.
"Tu ne perds pas ton temps en le regardant", affirme Maria Emilia Diaz Sonorosa, 19 ans et amie de Gerardo à l'université.
"C'est très important, parce que souvent, les gens - moi incluse - ont la flemme de chercher qui est Claudia [Sheinbaum], qui est Alvarez Maynez…",ajoute l'étudiante en citant deux des trois candidats à l'élection présidentielle.
Parmi les jeunes entre 18 et 24 ans dans le monde, 20% s'informent régulièrement sur TikTok, 16% au Mexique, selon le Digital News Report 2023 de l'institut Reuters.
Poussée par le format de vidéos verticales propre à TikTok, aux "reels" d'Instagram ou au "shorts" de Youtube, la consommation de vidéos sur les réseaux sociaux est de plus en plus importante pour cette tranche d'âge, au détriment des sites des médias, selon cette même étude.
L'esprit critique est le mot d'ordre de Gerardo, élevé entre une grand-mère institutrice qui lui a "inculqué la préoccupation sociale" et un grand-père avocat qui l'a initié à la politique.
A 12 ans, il ouvre son premier compte Instagram et couvre l'actualité pour ses proches, à commencer par les élections présidentielles américaines de 2016. Puis il enchaîne avec celles du Mexique, en 2018. Il a 13 ans.
Depuis sa chambre tapissée de livres (essais politiques, manuels d'histoire) offerts par ses parents, il rêve de participer au développement chez les jeunes d'une citoyenneté éclairée, "qui s'intéresse à chaque aspect de la vie civique du pays".
Au total, les moins de 30 ans représentent 26 des 99 millions d'inscrits au Mexique, pays plus jeune que les Etats-Unis ou l'Union européenne.
"Nous allons être le secteur qui va définir le vote. Mais je crois que ça va plus loin. C'est nous qui allons payer les pots cassés des élections", s'exclame-t-il, installé dans la cour de son université privée de la capitale.
Au-delà des différences politiques, l'insécurité touche toute sa génération, avance l'influenceur, qui estime être "né dans un pays en guerre".
Référence à l'opération militaire contre les cartels lancée par l'ex-président Felipe Calderon en 2006, deux ans après sa naissance. Le pays en paie encore les conséquences (violence persistante, morcellements des cartels...).
"Avant tout nous sommes une génération, je crois, très politisée", estime-t-il.
"Je crois que n'importe quel jeune, si tu lui demandes quel sujet le préoccupe le plus (...) au Mexique c'est l'insécurité", avance-t-il. "Dans le monde, ce serait le changement climatique, ou quelque chose de facteur global - mais au Mexique non".
Devenu une figure publique à un très jeune âge, Gerardo a lui-même subi des attaques sur les réseaux sociaux, allant jusqu'aux menaces de mort.
Pour se détendre, il écoute David Bowie sur vinyle, ou sort avec ses amis.
Et il ne sait pas encore pour qui il va voter, assure-t-il.
A.Ammann--VB