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Russie : le dissident Orlov à son tour condamné à la prison
Un tribunal russe a condamné mardi le dissident Oleg Orlov, une figure de proue de la défense des droits humains, à deux ans et demi de prison, poursuivant l'implacable répression qui a déjà conduit la quasi-totalité des opposants derrière les barreaux ou à l'exil.
Vétéran de Memorial, l'ONG colauréate du prix Nobel de la Paix 2022 et dissoute par la justice russe, cet homme de 70 ans avait fait le choix, contrairement à de nombreux autres détracteurs du Kremlin, de rester en Russie pour "continuer le combat".
Il a été condamné pour des dénonciations répétées de l'offensive militaire déclenchée par Vladimir Poutine en Ukraine il y a deux ans. Une opinion qu'il a réitérée lundi, devant le tribunal moscovite de Golovinski, à l'occasion de sa dernière prise de parole.
Au moment de la lecture du jugement, M. Orlov, portant un pull et de fines lunettes, a fait un clin d'oeil à sa femme Tatiana Kassatkina et lui a ensuite lancé : "Tania, tu m'as promis !", semblant lui demander de ne pas pleurer.
Plusieurs dizaines de ses soutiens étaient présents au tribunal pour soutenir M. Orlov, selon une journaliste de l'AFP à l'audience. En sortant de la salle, menotté et entouré de policiers, il a été applaudi aux cris de "Nous vous aimons !"
"Nous sommes revenus au régime soviétique, où ceux qui ne sont pas du côté du pouvoir sont accusés de mensonges", a estimé auprès de l'AFP Ian Ratchinski, un autre défenseur des droits humains.
Svetlana Gannouchkina, qui milite pour la même cause, a regretté un procès qui "n'a rien à voir avec la loi". "Être jugé pour des déclarations appelant à la paix et critiquant les autorités, c'est absurde. Mais chaque tyran a besoin d'ennemis", a-t-elle lâché.
- "Ne perdez pas courage !" -
La veille du verdict, M. Orlov s'était une nouvelle fois insurgé contre "l'étranglement de la liberté" en Russie et "l'entrée des troupes russes en Ukraine". "Je ne me repens de rien et ne regrette rien", avait-il ajouté.
Il avait en outre qualifié de "meurtre" la mort le 16 février de l'opposant Alexeï Navalny dans sa prison de l'Arctique et appelé les partisans de l'opposition russe à "ne pas perdre courage et optimisme".
Pour sa femme, Tatiana Kassatkina, également sa collègue au sein de Memorial, "l'essentiel sera de continuer à travailler".
"Il est très important d'avoir une qui voix se porte depuis ici (...). Nous n'aurions pas pu vivre ailleurs, rester en Russie a été notre décision commune", a-t-elle confié à l'AFP à l'issue du procès.
L'ambassadrice américaine Lynne Tracy s'est dite mardi "alarmée" par la condamnation d'Oleg Orlov, soulignant qu'il se bat "pour les droits des Russes depuis plus de 45 ans" et accusant le Kremlin de "replonger le pays dans une période d'obscurantisme".
Ce dissident a "clairement fait l'objet d'un acharnement judiciaire au cours de son procès", a commenté le ministère français des Affaires étrangères, appelant à "libérer tous les prisonniers politiques, immédiatement et sans conditions, notamment Vladimir Kara-Mourza, dont l'état de santé est très préoccupant".
Opposant de longue date, cet homme de 42 ans a été condamné en avril 2023 à 25 ans de prison pour avoir diffusé de "fausses informations" sur l'armée russe et purge sa peine en Sibérie.
"On doit continuer à travailler et à penser comme on le faisait avant, Oleg ne voudrait surtout pas qu'on pleure", a réagi Sofia, une archiviste de 22 ans interviewée par l'AFP près du tribunal.
Pour Alexeï, un entraîneur d'échecs de 61 ans, qui connaît l'opposant depuis 1989, "on a perdu une nouvelle pièce importante dans notre camp". "Et nous continuerons à en perdre tant que ce pouvoir restera en place".
- "Forces les plus sombres" -
Au terme d'un premier procès, Oleg Orlov avait été jugé coupable en octobre 2023 d'avoir "discrédité" l'armée et condamné à une faible amende, un jugement très clément dans une Russie qui a pris l'habitude d'emprisonner les détracteurs du pouvoir.
Cette peine avait été requise par le parquet mais celui-ci avait ensuite changé d'avis et fait appel, puis un nouveau procès avait été ordonné.
Dans les faits, Oleg Orlov se voit reprocher d'avoir manifesté contre l'assaut russe en Ukraine et d'avoir signé une tribune au vitriol contre les autorités russes parue dans le média français Mediapart.
Il y accusait les troupes russes du meurtres de "masse" de civils ukrainiens et déplorait la "victoire" en Russie des "forces les plus sombres", celles qui "rêvaient d'une revanche totale" après la dislocation de l'URSS en 1991.
Actif depuis les années 1970, Oleg Orlov est devenu l'un des piliers de Memorial, la principale organisation luttant en Russie pour préserver la mémoire des répressions soviétiques et documentant celles actuellement en cours.
P.Staeheli--VB