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"Sans l'Unrwa, je meurs": la détresse des réfugiés palestiniens du Liban
Pour Fakhria el-Ali, une réfugiée palestinienne au Liban, la suspension par 13 pays de leur aide à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) qui finance son traitement pour le cancer est un arrêt de mort.
"Ma vie est un cauchemar. Sans l'Unrwa, je meurs", lâche à l'AFP cette femme de 50 ans, célibataire et sans emploi, depuis le camp de réfugiés de Beddaoui, dans le nord du Liban. "C'est un peuple entier qu'on met à mort, les malades du cancer comme moi, en premier lieu".
D'importants donateurs comme les Etats-Unis, l'Allemagne ou le Royaume-Uni ont suspendu leur financement à l'Unrwa, au centre d'une controverse après des accusations d'Israël à l'encontre de 12 de ses 30.000 employés régionaux soupçonnés d'être impliqués dans l'attaque du Hamas le 7 octobre.
"Si cette décision n'est pas annulée avant que l'agence soit à court de financement fin mars, les conséquences pour les Palestiniens dépendant de nos services (...) seront graves", a déclaré à l'AFP la directrice des affaires de l'Unrwa au Liban, Dorothee Klaus.
"Près de 80% des réfugiés palestiniens au Liban bénéficient de nos aides et services et ce chiffre augmente avec la crise économique", a-t-elle ajouté.
Quelque 5,9 millions de Palestiniens sont enregistrés auprès de l'agence onusienne, dont environ 500.000 au Liban, descendants de réfugiés ayant été poussés à l'exode en 1948 à la création de l'Etat d'Israël.
Mais seuls 250.000 d'entre eux y vivent encore, notamment dans des camps surpeuplés, en raison d'une émigration massive due à des conditions de vie déplorables.
L'agence leur fournit une aide vitale, pour l'éducation, les soins de santé, les services sociaux, l'infrastructure des camps, la microfinance et l'aide d'urgence, plus de 80% d'entre eux vivant sous le seuil de pauvreté.
"Nous avons 50.000 patients hospitalisés, dont environ 600 sont atteints du cancer et qui, sans l'Unrwa, ne pourraient probablement pas se permettre un traitement très coûteux", a averti Mme Klaus.
- "Punition collective" -
Et pour les 23.000 réfugiés palestiniens venus de Syrie au cours des dix dernières années pour fuir la guerre, la situation est encore plus catastrophique.
"On nous tue à petit feu, comme à Gaza", regrette Najah el-Daher, une mère au foyer dont le mari enchaîne les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille.
La perspective d'une fermeture définitive des classes, dans le cas où l'agence mettrait la clé sous la porte, ferait voler en éclats le semblant de stabilité de la famille, venue de Syrie en 2019.
Ses enfants comptent parmi les quelque 40.000 élèves palestiniens scolarisés gratuitement dans les 62 écoles de l'Unrwa au Liban, où ils apprennent l'arabe, l'anglais et parfois même le français.
L'éducation est un sésame pour ces réfugiés, qui leur permet plus tard de faire carrière dans des pays arabes du Golfe ou ailleurs.
"Si l'aide est coupée, comment vais-je vivre, éduquer mes enfants?", s'inquiète la réfugiée. "Mon fils risque de devenir ignorant, analphabète. Faire les poubelles, c'est ça son avenir? Cette décision, vise simplement à effacer notre existence en tant que peuple".
- "Resserrer l'étau" -
L'Unrwa fournit une aide mensuelle d'environ 300 dollars (environ 280 euros) à la famille de Najah et à celle de sa soeur, Majida el-Daher, qui n'est pas mieux lotie.
Elle vit avec ses deux enfants et son mari, qui croule sous les dettes, dans une chambre qu'ils louent 60 dollars (55 euros) par mois dans le camp insalubre de réfugiés palestiniens de Bourj al-Brajneh, près de Beyrouth.
"Le loyer risque d'augmenter, alors si en plus on nous coupe l'aide de l'Unrwa, on va finir à la rue", s'inquiète Majida el-Daher, dénonçant une "punition collective".
L'effondrement économique au Liban depuis 2019 s'est gravement répercuté sur les Palestiniens à qui, de plus, les autorités interdisent d'exercer des dizaines de professions.
"Pour nous, les opportunités sont limitées, et depuis la crise, c'est encore pire", affirme Haïtham al-Jachi, employé d'une supérette dans le camp, qui peine à joindre les deux bouts.
Selon lui, la décision des pays donateurs est une "tentative de resserrer l'étau sur les Palestiniens".
"C'est comme si notre vie prenait fin", estime de son côté Youssef Dahouk, 40 ans et père de quatre enfants, dont l'Unrwa couvre l'ensemble des charges.
"Je veux bien qu'on nous coupe les aides, mais qu'on nous rende notre terre dans ce cas".
L.Stucki--VB