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Gaza: nouvelle libération d'otages, avant celle de prisonniers palestiniens
Dix-sept otages, dont 13 Israéliens, retenus dans la bande de Gaza depuis des semaines, ont été libérés samedi soir, au deuxième jour d'une trêve entre le mouvement palestinien Hamas et Israël qui doit libérer en échange 39 prisonniers palestiniens.
Cette trêve, fruit d'un accord sous l'égide du Qatar, a offert un nouveau jour de répit aux habitants du territoire assiégé après sept semaines de guerre, déclenchée par une attaque sanglante et sans précédent du Hamas sur le sol israélien le 7 octobre.
Les brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement islamiste, ont annoncé avoir remis 13 otages israéliens et quatre étrangers au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), peu avant minuit.
Des images de la télévision égyptienne ont montré le convoi des otages passer en Egypte par le terminal de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, et Israël a ensuite indiqué qu'ils étaient arrivés en Israël. Quatre otages thaïlandais, qui ne font pas partie de l'accord, ont également été relâchés, selon l'Egypte.
- Blocage -
L'armée israélienne, qui a démenti tout manquement à l'accord, considère le tiers nord de la bande de Gaza comme une zone de combats abritant, selon elle, le centre des infrastructures du Hamas, qui a pris le pouvoir en 2007. Elle a ordonné à la population de partir et empêche quiconque d'y revenir.
Malgré cet avertissement, des milliers de Gazaouis déplacés ont profité de la pause dans les combats pour tenter de rentrer chez eux dans le Nord. Et selon le ministère de la Santé du Hamas, sept de ces personnes ont été blessées samedi par des tirs israéliens.
Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, avait plus tard indiqué sur X que "les obstacles pour relâcher les prisonniers" avaient finalement été "surmontés".
- "Sortez-les de l'enfer" -
L'accord, conclu également avec l'appui des Etats-Unis et de l'Egypte et entré en vigueur vendredi, prévoit quatre jours de trêve qui doivent permettre la libération de 50 otages et de 150 prisonniers palestiniens. Cette pause, renouvelable, inclut aussi l'entrée d'aide humanitaire et de carburant à Gaza.
Les bombardements israéliens, incessants depuis l'attaque du 7 octobre et l'offensive militaire sur le nord de Gaza, se sont interrompus, comme les tirs de roquettes du mouvement islamiste sur Israël.
Vendredi, 13 premiers otages israéliens, des femmes et des enfants, avaient été remis au CICR et avaient regagné Israël via l'Egypte pour retrouver leurs familles. Le Hamas a également libéré dix Thaïlandais et un Philippin, qui ne faisaient pas partie de l'accord.
En contrepartie, Israël a libéré 39 Palestiniens, des femmes et des jeunes de moins de 19 ans.
En Israël, les proches des otages encore détenus à Gaza attendent dans l'angoisse une issue à un cauchemar qui dure depuis sept semaines.
A Tel-Aviv, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés en soirée sur la Place des otages pour demander leur libération. "Sortez-les de l'enfer", pouvait-on lire sur une banderole.
- "Enorme pression" -
"Aujourd'hui, nous sommes heureux de voir revenir les nôtres mais nous ne devons pas oublier tous ceux qui ne sont pas encore rentrés", a témoigné Yael Adar, la belle-fille de Yaffa Adar, 85 ans et la plus âgée des ex-otages, sur le site d'informations Ynet.
Le fils de Yael Adar, Tamir, un père de deux jeunes enfants âgé de 38 ans, est encore otage après avoir été enlevé comme sa grand-mère dans le kibboutz de Nir Oz, dans le sud d'Israël.
Selon les autorités israéliennes, 1.200 personnes, en grande majorité des civils, ont été tuées le 7 octobre, et 240 personnes ont été prises en otage.
En représailles, Israël a promis d'"éliminer" le Hamas, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël, bombardant sans relâche le territoire palestinien et lançant le 27 octobre une offensive terrestre, jusqu'à la trêve.
A Gaza, 14.854 personnes, parmi lesquelles 6.150 enfants et jeunes de moins de 18 ans, ont été tuées par les frappes israéliennes, selon le gouvernement du Hamas.
Le chef d'état-major de l'armée israélienne, le général Herzi Halevi, a prévenu que la guerre n'était pas finie. "Nous recommencerons à attaquer Gaza dès que la trêve sera terminée (...) pour démanteler le Hamas et créer une énorme pression afin de ramener aussi vite que possible autant d'otages que possible, jusqu'au dernier d'entre eux", a-t-il dit.
- Les hôpitaux surchargés -
En Cisjordanie occupée, des scènes de liesse, au milieu des feux d'artifice, des drapeaux palestiniens et des différents mouvements dont l'étendard vert du Hamas, ont accompagné le retour des prisonniers libérés vendredi soir.
A Jérusalem-Est, occupée par Israël depuis 1967, les manifestations de joie étaient en revanche interdites.
"J'attendais le jour où je serais libérée de prison et pourrais serrer ma mère dans mes bras", a expliqué samedi à l'AFP Rawan Nafez Mohammad Abou Matar, revenue chez elle à Beitlo, près de Ramallah.
La jeune femme avait été condamnée en 2015, alors qu'elle avait 21 ans, à neuf ans de prison pour tentative de meurtre sur un garde-frontières israélien.
La trêve offre un moment de répit aux milliers de déplacés à l'intérieur de Gaza qui ont quitté des hôpitaux et des écoles du sud du territoire où ils avaient trouvé refuge pour rentrer chez eux.
Les hôpitaux du sud de la bande de Gaza ont continué samedi à recevoir de nombreux blessés évacués du Nord. Mais selon Ashraf al-Qidreh, porte-parole du ministère de la Santé du Hamas, "ils n'ont plus ni la capacité d'accueil ni l'équipement" pour faire face à cet afflux.
- "Ça fait du bien" -
Plus de la moitié des logements du territoire ont été endommagés ou détruits, selon l'ONU, et 1,7 million de personnes ont été déplacées, sur 2,4 millions d'habitants.
"La trêve, ça fait du bien, on espère qu'elle va durer. C'est bien quand c'est calme. Les gens veulent vivre", a confié à l'AFP Mohammed Dheir, qui a trouvé refuge avec sa famille à Rafah, dans le sud de Gaza.
Des centaines de milliers de Palestiniens du nord de Gaza se sont massés depuis le début de la guerre dans cette partie du territoire pour essayer d'échapper aux bombardements.
La trêve a permis l'accélération de l'arrivée de l'aide humanitaire à Gaza, soumis à un siège total d'Israël depuis le 7 octobre. Ces cargaisons, dont l'entrée depuis l'Egypte est soumise au feu vert israélien, arrivaient ces dernières semaines au compte-gouttes.
Des dizaines de camions ont traversé samedi le poste-frontière de Rafah pour le deuxième jour consécutif, selon des images tournées par l'AFP.
I.Stoeckli--VB