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Gabon: le président Bongo brigue un troisième mandat face à une opposition tardivement unie
Les Gabonais votent samedi pour décider s'ils confient ou non un troisième mandat au président Ali Bongo Ondimba face à 13 autres candidats, l'un choisi très tardivement par les principaux partis d'opposition, Albert Ondo Ossa, peu connu jusqu'alors mais dont les meetings rassemblent depuis d'importantes foules.
Près de 850.000 électeurs inscrits dans ce petit pays d'Afrique centrale, riche de son pétrole et peu peuplé (2,3 millions d'habitants), sont appelés à voter pour trois élections le même jour: présidentielle, législatives et municipales.
M. Ondo Ossa promet que l'opposition, "unie" derrière lui, va "chasser" du pouvoir M. Bongo et son tout-puissant Parti démocratique gabonais (PDG) et mettre un terme à une "dynastie Bongo" à la tête depuis plus de 55 ans d'un pouvoir encore gangrené par "la corruption" et la mauvaise gouvernance.
Ali Bongo, président depuis 14 ans, avait été élu une première fois en 2009 après la mort de son père Omar Bongo Ondimba, qui dirigeait le pays depuis plus de 41 ans.
Se basant sur une conversation présumée, enregistrée à leur insu, entre M. Ondo Ossa et un ténor de l'opposition, Ali Bongo accuse en retour son principal rival d'avoir tenu des propos pouvant être assimilés à un "crime de haute trahison" et promet des poursuites: les deux opposants appellent, selon lui, à des violences pour s'emparer du pouvoir et au soutien d'"armées étrangères".
-"Intrigants"-
"Ces intrigants", "qui me donnent des leçons et qui, depuis plus de 30 ans, sont nourris (...) par l'Etat (...), voudraient maintenant (...) détruire ce pays ? (...) Nous ne laisserons pas faire !", a tonné vendredi le chef de l'Etat devant des dizaines de milliers de partisans dans un meeting à la logistique de rockstar dans un quartier administratif plutôt cossu du centre de Libreville.
M. Ondo Ossa, 69 ans, peu connu du grand public jusqu'alors, a été choisi par les principaux partis de l'opposition à huit jours du scrutin et n'en n'a eu que six pour battre la campagne quand M. Bongo, 64 ans, mène tambour battant depuis plusieurs mois une tournée très médiatisée dans tout le pays, avec des moyens considérables, "ceux de l'Etat" accuse l'opposition.
Mais M. Ondo Ossa rassemble par endroit des foules comparables.
Les scrutins présidentiel et législatifs sont regroupés en un seul vote par le truchement d'un bulletin unique pour les candidats à la présidentielle et à la députation issus d'un même parti.
- "Bulletin inique" -
Un "bulletin inique", vocifère l'opposition, qui dénonce une "manœuvre frauduleuse" pour favoriser le camp Bongo en bafouant "la liberté de vote" et "la séparation des pouvoirs".
La principale plateforme de l'opposition, Alternance 2023, s'est donc rangée à la surprise générale derrière un Ondo Ossa candidat indépendant, face à cinq autres qui se sont désistés à son profit, dont au moins deux ténors adossés à des partis solidement implantés. Depuis, d'autres plateformes et personnalités de l'opposition et d'importantes organisations de la société civile appellent à voter pour lui.
Ce professeur d'université agrégé d'économie, ancien ministre d'Omar Bongo, exhorte les Gabonais à "ignorer" les législatives pour se concentrer sur la présidentielle, "seul enjeu des élections". Car, en tant qu'"indépendant", donc sans parti, le bulletin unique à son nom ne comprend pas de prétendant à la députation.
L'opposition avait déjà critiqué une "modification des règles du jeu" il y a cinq mois pour tailler une réélection sur mesure au sortant, en faisant repasser le scrutin de deux à un tour, gagnable donc à la majorité relative pour M. Bongo face à une opposition dispersée entre 13 candidats.
En 2016, il avait été réélu mais laborieusement, avec 5.500 voix seulement d'avance sur l'opposant Jean Ping, qui dénonçait des "fraudes".
Ce scénario, le PDG veut l'éviter avec une "victoire cash".
- "Dynastie Bongo" -
Pour les législatives, l'appel de l'opposition à les "ignorer" mais aussi l'omnipotence du PDG, parti unique jusqu'en 1990 puis archi-dominant, devraient lui assurer une victoire massive. Il jouit déjà d'une écrasante majorité à l'Assemblée nationale sortante.
M. Ondo Ossa a promis de dissoudre la nouvelle chambre basse s'il est élu président.
Un AVC en octobre 2018 avait laissé M. Bongo de longs mois invisible et une partie de l'opposition continue, bientôt cinq ans après, de mettre en doute ses capacités physiques et intellectuelles à diriger le pays. La majorité, elle, dénonce des campagnes centrées sur sa santé, "sans aucun autre programme".
Le Gabon est l'un des pays les plus riches d'Afrique en PIB par habitant, grâce à son pétrole, son manganèse et son bois notamment. Mais, malgré des efforts du régime, il ne parvient pas à diversifier suffisamment, selon la Banque mondiale, une économie qui importe quasiment tout.
"Le pays peine à traduire la richesse de ses ressources en une croissance durable et inclusive" et un tiers (32,9%) de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté, écrit l'institution en avril 2023.
F.Müller--BTB