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Les constructeurs automobiles américains risquent de s'embourber après un été syndical surchauffé
Les grands constructeurs automobiles américains ferraillent contre le bouillant nouveau président du puissant syndicat UAW pour élaborer leurs futures conventions collectives, tout en ayant en arrière-plan le risque d'une grève automnale.
Shawn Fain, président du syndicat United Auto Workers depuis cinq mois seulement, a préparé le terrain pour un éventuel mouvement social en cas d'absence d'accord à l'échéance du 14 septembre.
"Des bénéfices record méritent des contrats record", a lancé M. Fain lors d'un meeting dimanche dans le Michigan (nord).
"Nous les obtiendrons par tous les moyens nécessaires", même si l'intention à ce stade n'est pas de faire grève, a-t-il affirmé face à des employés des grands constructeurs de Détroit (General Motors, Ford, Stellantis).
Les syndicats du pays profitent actuellement d'un marché du travail tendu avec un taux de chômage de seulement 3,5% en juillet.
Un double mouvement de grève paralyse Hollywood depuis mai (scénaristes et acteurs). Le transporteur UPS y a échappé de peu, au prix d'une convention collective "historique" selon l'intransigeant syndicat des Teamsters.
Un arrêt de travail chez les trois constructeurs concernerait environ 150.000 employés et pourrait avoir des conséquences économiques importantes sur leurs sous-traitants et sur les services afférents.
Le président américain Joe Biden garde un oeil sur ces négociations et l'a fait savoir mi-août en plaidant pour un accord "gagnant-gagnant" et "équitable" renforçant les droits des travailleurs pendant la transition vers les véhicules électriques.
- 2019, dernière grève -
L'UAW doit annoncer vendredi matin le résultat d'une consultation de ses membres concernant la possibilité de faire grève en cas de désaccord persistant avec les constructeurs.
Des experts considèrent plus probable qu'un seul groupe soit concerné. La dernière grève remonte à 2019, chez General Motors.
Selon M. Fain, les employés devraient bénéficier d'une hausse de leur rémunération de 40%, comme celle octroyée aux dirigeants. Il réclame aussi le rétablissement de mesures d'adaptation au coût de la vie, une retraite garantie pour tous les employés et la suppression de grilles salariales multiples.
Il a défendu dimanche son appel pour un travail hebdomadaire de 32 heures, critiquant le fait que les dirigeants avaient travaillé à domicile pendant la pandémie tandis qu'"on attendait de nos membres qu'ils risquent leur vie et certains ont fait le sacrifice de leur vie".
La pandémie "a généré le sentiment chez les travailleurs américains qu'ils n'ont plus à tolérer de mauvaises conditions de travail", a relevé Michelle Kaminski, professeure à l'université d'Etat du Michigan, spécialisée dans les relations sociales en entreprise.
"Ce sont les circonstances les plus favorables pour les syndicats depuis plusieurs décennies", a-t-elle ajouté.
Shawn Fain travaillait comme électricien dans une usine de Stellantis dans l'Indiana lorsqu'il a remporté d'une courte tête la première élection présidentielle directe de l'UAW.
- Réformateur combattif -
Pendant sa campagne, le syndicaliste s'est présenté comme un réformateur et a critiqué son prédécesseur comme étant trop proche des dirigeants. Une fois élu, il a conservé cette posture combative, refusant notamment de serrer la main des patrons au début des négociations.
Il y a quelques semaines, il a jeté à la poubelle la dernière proposition de Stellantis, qui a qualifié ce geste de "théâtral et d'insulte personnelle".
Le constructeur s'est dit déterminé à conclure un accord "basé sur le réalisme économique" arguant de la concurrence des constructeurs sans syndicats.
"Accorder toutes les requêtes de M. Fain pourrait menacer notre capacité à l'avenir à prendre des décisions assurant la sécurité de l'emploi pour notre personnel", a indiqué le groupe dans une lettre aux employés.
General Motors a indiqué "travailler dur chaque jour avec l'UAW pour assurer que nous parvenions à un accord correct pour toutes les parties". Et Ford a dit "avoir hâte de collaborer avec l'UAW vers des solutions créatives (...) au moment où notre industrie en profonde transformation a besoin plus que jamais d'une main d'oeuvre qualifiée et compétitive".
Shawn Fain s'est inspiré de Sean O'Brien, patron des Teamsters, en faisant des points publics réguliers sur les négociations et en organisant des "répétitions de piquets de grève".
Comme celui des Teamsters, a souligné l'historien Nelson Lichtenstein, le patron d'UAW pourrait "revendiquer la victoire" en obtenant des hausses salariales importantes et la suppression des grilles salariales à deux vitesses.
"A coup sûr, il va délivrer une convention favorable", a renchéri Harry Katz, professeur à l'Ecole des relations industrielles et du travail de l'Université Cornell. "La question est de savoir à quel point elle sera favorable".
Selon lui, le risque de grève est assez présent.
F.Müller--BTB