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Bernardo Arevalo, le candidat de l'ombre élu à la tête du Guatemala
En deux mois, Bernardo Arevalo, vainqueur dimanche de l'élection présidentielle au Guatemala, est passé du statut de quasi-inconnu à celui de président élu d'un pays profondément inégalitaire qu'il a promis de débarrasser de la corruption.
Ce sociologue et député social-démocrate de 64 ans est le fils du président Juan José Arevalo (1945-1951), qui a marqué le pays de son empreinte. Il avait notamment mis fin en 1945 à 13 années de dictature de Jorge Ubico, un admirateur d'Adolf Hitler qui avait imposé le travail forcé à la population autochtone maya.
Bernardo Arevalo a promis de suivre la voie tracée par son père. "Je ne suis pas mon père, mais je marche sur le même chemin qu'il a construit et nous le ferons ensemble", avait-il déclaré mercredi lors de la clôture de sa campagne devant des centaines de partisans rassemblés dans la capitale.
"Nous avons été les victimes, les proies, de politiciens corrompus pendant des années", avait-il ajouté, appelant les électeurs à se rendre aux urnes. "Voter, c'est dire clairement que c'est le peuple guatémaltèque qui dirige ce pays, et non les corrompus", avait-il assuré.
Vêtu presque toujours d'un costume bleu, moustache et barbe taillée, il a largement battu l'ancienne Première dame Sandra Torres, qui a perdu son troisième scrutin consécutif malgré le soutien du parti au pouvoir, de plusieurs partis de droite, de l'église et des milieux économiques.
Il a remporté le scrutin avec 59% des voix, contre 36% à sa rivale, selon un décompte du Tribunal suprême électoral (TSE) portant sur 95% des suffrages exprimés.
Lors du premier tour, le 25 juin, Bernardo Arevalo avait créé la surprise en prenant la deuxième place sous la bannière du parti Semilla (graine en espagnol). Jusque là, il était placé en 8e position avec 2,9% des intentions de vote.
- Attaques du ministère public -
Celui qui a cristallisé les espoirs de changement, notamment chez les jeunes qui représentent 16% des 9,4 millions d'inscrits, a cependant fait les frais depuis sa spectaculaire percée le 25 juin des attaques du ministère public qui a multiplié les procédures contre son parti.
Sur avis du parquet, un juge avait ordonné la suspension de Semilla pour de supposées irrégularités lors de sa création en 2017. La Cour constitutionnelle avait suspendu cette décision, finalement annulée vendredi par la Cour suprême.
La veille, le procureur Rafael Curruchiche, sanctionné pour "corruption" par Washington, avait cependant annoncé de possibles arrestations à venir de dirigeants du parti.
Outre la corruption, le nouveau président élu entend améliorer l'éducation et combattre la violence et la misère dont souffrent 59% des 17,6 millions de Guatémaltèques.
Dans un pays profondément catholique, il s'est déclaré opposé au mariage homosexuel et à l'avortement, seulement autorisé en cas de danger pour la santé de la mère.
Bernardo Arevalo est né en 1958 dans la capitale uruguayenne, Montevideo, durant l'exil de son père qui avait dû quitter le pays après l'arrivée au pouvoir d'une junte militaire. Un coup d'Etat organisé par les Etats-Unis avait renversé son successeur constitutionnel Jacobo Arbenz.
L'exil de sa famille l'a mené ensuite en France et au Mexique, notamment. Il a vécu à l'étranger jusqu'à l'âge de 15 ans, quand il a pu enfin s'établir au Guatemala.
Entré dans la carrière diplomatique dans les années 1980, il a été vice-ministre des Affaires étrangères en 1994-1995, avant d'être ambassadeur en Espagne jusqu'en 1996, sous le gouvernement du président Ramiro de Leon Carpio.
Le nouveau président élu devrait prendre ses fonctions le 14 janvier 2024, en remplacement du président de droite Alejandro Giammattei, dont le mandat a été marqué par la répression contre les magistrats et les journalistes qui dénonçaient la corruption.
B.Shevchenko--BTB