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Environ 900 migrants morts noyés au large de la Tunisie en sept mois
Environ 900 migrants, dont une majorité venus d'Afrique subsaharienne, qui tentaient de rallier clandestinement l'Europe, sont morts noyés depuis le début de l'année au large de la Tunisie, selon les autorités tunisiennes.
Afin d'éviter de nouvelles tragédies, l'ONU a demandé jeudi des "solutions urgentes" pour sauver les centaines de réfugiés et de migrants bloqués dans des conditions désastreuses près des frontières de la Tunisie avec la Libye et l'Algérie.
La Tunisie, dont certaines portions du littoral se trouvent à moins de 150 kilomètres de l'île italienne de Lampedusa, enregistre régulièrement des départs de migrants, originaires le plus souvent d'Afrique subsaharienne.
Le ministère de l'Intérieur a indiqué jeudi à l'AFP que du 1er janvier au 20 juillet, 901 migrants noyés ont été repêchés en mer: 26 Tunisiens, 267 "étrangers" (Africains) et 608 corps qui n'ont pas été identifiés.
La Garde nationale a pour sa part annoncé la découverte de "789 corps de migrants, dont 102 Tunisiens" de janvier jusqu'au 20 juin.
Sur cette période, 34.290 migrants ont été interceptés et secourus, en majorité originaires d'Afrique subsaharienne, contre 9.217 durant la même période de 2022, selon le porte-parole de la Garde nationale, Houcem Eddine Jebabli.
"552 organisateurs et intermédiaires" de traversées illicites ont été arrêtés depuis début 2023, selon le ministère. Les garde-côtes ont mené 1.310 opérations en six mois, plus du double que l'année précédente (607), selon M. Jebabli.
Selon Rome, plus de 80.000 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes depuis janvier, contre 33.000 sur la même période de 2022, en majorité au départ de Tunisie.
La Méditerranée centrale - entre l'Afrique du Nord et l'Italie - est la route migratoire la plus dangereuse au monde avec plus de 20.000 morts depuis 2014, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Depuis que le président Kais Saied s'est emparé de tous les pouvoirs en juillet 2021, les traversées vers l'Europe de Tunisiens désespérés par la crise économique frappant leur pays se poursuivent à un rythme soutenu.
Les départs de migrants originaires d'Afrique subsaharienne ont connu une accélération en mars et avril après un discours, le 21 février, du président Saied qui avait dénoncé l'arrivée de "hordes de migrants".
Des centaines de migrants irréguliers avaient alors perdu leur travail informel ou leur logement, et des dizaines d'agressions avaient été recensées dans le pays.
- "Partenariat stratégique" -
Après des tensions et des affrontements ayant causé la mort d'un Tunisien le 3 juillet, des centaines de migrants subsahariens ont été arrêtés et chassés de Sfax (centre-est), ville portuaire devenue le premier point de départ en Tunisie de l'émigration vers l'Italie.
Au total, 1.200 Africains ont été ensuite "expulsés" par la police tunisienne vers des zones inhospitalières frontalières avec la Libye et l'Algérie, selon l'ONG Human Rights Watch.
Mercredi, une équipe de l'AFP a recueilli les témoignages poignants de 140 personnes, dont des femmes enceintes et des enfants, abandonnées il y a trois semaines dans la zone désertique de Ras Jedir, à la frontière entre Libye et Tunisie, où seraient présents au moins 200 autres migrants.
Laissés sans eau, ni nourriture, au bord d'un marais salant, ils reçoivent au compte-gouttes un peu d'aide des autorités libyennes, via le Croissant rouge local.
Fatima, une Nigérienne de 36 ans, et son mari ont été séparés de leur enfant de trois ans, resté à Sfax. "Les soldats tunisiens nous ont amenés ici. Nous n'avons pas de téléphone ni d'argent. Ils nous ont tout pris."
"Les Libyens ne nous permettent pas d'entrer sur leur territoire et les Tunisiens nous empêchent de revenir. Nous sommes coincés. Aidez-nous!", a imploré George, un Nigérian de 43 ans, interpellant l'Europe.
L'Union européenne a signé à la mi-juillet "un partenariat stratégique" qui prévoit l'octroi de 105 millions d'euros à la Tunisie pour lutter contre l'immigration clandestine, dont 15 millions pour financer 6.000 "retours volontaires" de migrants subsahariens dans leurs pays.
Deux agences des Nations unies, le HCR et l'OIM, ont lancé jeudi un appel "à fournir une aide humanitaire cruciale et vitale" aux migrants coincés aux frontières, rappelant que plusieurs sont morts.
"Sauver des vies doit être la priorité et les personnes bloquées doivent être mises en sécurité", ont-elles écrit.
K.Brown--BTB