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Pap Ndiaye, un pari raté à la tête de l'Education nationale
Invité surprise du gouvernement Borne en 2022, Pap Ndiaye, premier ministre noir de l'Education nationale, universitaire reconnu mais sans expérience politique, n'aura jamais réussi à dépasser le statut de symbole dans l'ombre d'un président omniprésent sur l'école.
Classé à gauche, réputé homme d'écoute, de réflexion et de dialogue, Pap Ndiaye promettait une rupture de ton par rapport à son prédécesseur Jean-Michel Blanquer, qui s'était mis à dos une grande partie du monde enseignant au bout de cinq années rue de Grenelle.
Las, la nomination de cet universitaire de 57 ans, spécialiste de l'histoire sociale des Etats-Unis et des minorités, a sonné comme un énième coup politique d'Emmanuel Macron et n'aura pas permis de resserrer les liens avec une République des enseignants en déshérence. La faute à beaucoup d'inexpérience et à un chef de l'Etat omniprésent et omnipotent sur l'école.
Visiblement ému lors de la passation de pouvoir avec son successeur Gabriel Attal, M. Ndiaye a confessé avoir vécu "l'année la plus intense et peut être la plus âpre de (son) existence".
"L'école doit rester aux antipodes du temps politique que nous vivons et qui m'est sans doute un peu étranger car justement mon temps est celui de l'école", a-t-il encore ajouté.
"C’eût été miraculeux qu’il réussisse en politique. Il n’était pas fait pour cela. Qu’il n’y arrive pas, les responsables sont ceux qui l’ont nommé. Pas lui !", résume un ancien ministre.
Visé régulièrement par des petites phrases assassines venues du coeur de la Macronie, M. Ndiaye s'en va après avoir essuyé une violente polémique alimentée par les droites après ses propos visant la branche média du groupe Bolloré, en particulier CNews qu'il a qualifiée, mi-juillet, de chaîne "d'extrême droite".
Ciblé par des procès en +wokisme+ conduits par la droite et l'extrême droite, le ministre n'aura pu que constater la faiblesse de ses soutiens dans son propre camp. Jusqu'à ce que M. Macron concède à le défendre au nom de la "liberté d'expression", quatre jours après ces propos.
"Première leçon pour la rentrée : on ne critique pas impunément Vincent Bolloré", a ironisé Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste sur twitter.
-"pas les clés"-
Rue de Grenelle, Pap Ndiaye a voulu mettre en avant des débats peu évoqués par Jean-Michel Blanquer, comme la mixité sociale, ou tenté une approche différente sur la laïcité.
Cependant, si la forme a changé, le fond reste le même, critiquent les syndicats d'enseignants qui jugent que le seul décisionnaire en matière éducative se trouve à l'Elysée.
"On est passé du trop présent avec Jean-Michel Blanquer au pas assez, avec quelqu’un qui ne connait pas grand-chose à l’Education nationale et en particulier l'enseignement primaire. Il n’a pas réussi à rentrer dans le moule du ministre de l’Education nationale", commente auprès de l'AFP Guislaine David, co-secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.
"Emmanuel Macron a voulu en faire un symbole mais il ne lui a jamais donné les clés pour conduire le véhicule", juge Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa.
La feuille de route de M. Ndiaye apparait largement dictée par Emmanuel Macron qui lui laisse peu de place, se réservant la primauté de toutes les grandes annonces, par exemple sur la revalorisation salariale des enseignants en avril.
- Silence sur les émeutes -
Autant de couleuvres à avaler pour un ministre qui a dû aussi en rabattre sur son plan sur la mixité sociale et scolaire. Après des mois d'attente, il s'était finalement contenté en mai de donner des objectifs généraux aux recteurs, laissant deviner un manque de soutien politique.
Mais Pap Ndiaye avait balayé les critiques, satisfait au contraire d'avoir "gagné tous ses arbitrages financiers".
A bon droit, le budget de l'enseignement scolaire restera et de loin le premier de l'Etat à 64,2 milliards d'euros en 2024 (+3,9 milliards par rapport à 2023). La traduction notamment d'une revalorisation inconditionnelle de la rémunération enseignante couplée au "pacte" qui prévoit une hausse de rémunération conditionnée cette fois à de nouvelles missions.
Les textes mettant en musique "le pacte" ont été publiés jeudi. "C’est fait et c’était mon engagement", a-t-il écrit dans un tweet comme pour rappeler que la rentrée 2023 portera sa marque.
A son bilan aussi, face au défi majeur posé par la crise du recrutement des enseignants, M. Ndiaye a lancé le chantier des concours dans le premier degré ramenés à bac+3 contre bac+5 actuellement.
slb-asm-grd-lul/cbn
J.Horn--BTB