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Justice: Dupond-Moretti espère le soutien de la droite à l'Assemblée
L'Assemblée nationale se prononce mardi sur le projet de loi d'augmentation des moyens de la Justice d'Eric Dupond-Moretti, qui espère un soutien de la droite après avoir concédé l'ajout de 3.000 places de prison au plan déjà prévu.
Le vote solennel aura lieu en fin d'après-midi en première lecture.
Les députés ont planché durant la première quinzaine de juillet sur ce texte déjà largement voté au Sénat mi-juin. Le gouvernement promet un budget de la Justice de près de 11 milliards d'euros en 2027, contre 9,6 milliards aujourd'hui, et l'embauche en cinq ans de 10.000 personnes, dont 1.500 magistrats et 1.500 greffiers.
Plutôt consensuel, ce projet de loi de programmation a pris un tour plus polémique au Palais Bourbon, dans le contexte des émeutes qui ont secoué la France, après la mort du jeune Nahel tué par un tir policier. Les LR ont affiché de plus belle leur fermeté sur les sujets régaliens, et ont conditionné le vote de cette loi à l'augmentation du nombre de places de prison.
"Chiche", a fini par répondre la majorité présidentielle, en soutenant un amendement du chef du parti LR Eric Ciotti.
Au plan de 15.000 places de prison déjà prévu par le gouvernement, s'ajoute ainsi un objectif de 3.000 supplémentaires, pour tenter d'atteindre un parc pénitentiaire d'environ 78.000 places en 2027.
L'objectif paraît fort ambitieux au vu des difficultés pour construire de nouveaux lieux de détention. Selon la Chancellerie, 4.300 places seront opérationnelles fin 2023, sur les 18.000 désormais visées d'ici la fin du quinquennat.
Le ministre de la Justice a lancé à ce sujet "un appel solennel, républicain, afin que localement cessent les tentatives d'entrave" à la construction de centres de détention. Chez les élus, c'est toujours "la prison oui, mais ailleurs", a pointé Eric Dupond-Moretti.
La gauche dénonce pour sa part "une obsession du tout carcéral".
Le camp présidentiel espère décrocher grâce à cet ajout le soutien des députés de droite. Les LR hésitent entre un vote pour et une abstention, selon une source parlementaire. Ils trancheront mardi matin en réunion de groupe.
- "Lider Maximo" -
Les émeutes ont relégué au second plan un sujet pourtant sensible du projet de loi: la possibilité d'activer à distance des téléphones portables "mouchards" dans certaines enquêtes.
Le texte prévoit notamment de pouvoir filmer ou enregistrer à leur insu, grâce à leurs appareils connectés (téléphones, ordinateurs...), des personnes visées par des enquêtes pour terrorisme, grande délinquance et criminalité organisée. Cela concerne des "dizaines d'affaires par an". "On est loin du totalitarisme de +1984+", le roman de George Orwell, assure Eric Dupond-Moretti, ancien avocat pénaliste.
La technique est déjà utilisée par les services de renseignement, et sans l'approbation d'un juge, qui sera ici indispensable, martèle le garde des Sceaux. Elle sera en outre interdite pour certaines professions: magistrats, avocats, parlementaires, journalistes, médecins.
Mais la gauche et des défenseurs des libertés publiques s'alarment d'une "pente très dangereuse", une "intrusion dans la vie privée", voire une "dérive autoritaire".
Le sujet, comme d'autres, a donné lieu à des passes d'armes électriques entre les Insoumis et le ministre de la Justice.
Après les émeutes, Eric Dupond-Moretti a rebaptisé à plusieurs reprises LFI "La France incendiaire", un terme également utilisé par l'extrême droite. Et il critique volontiers celui qu'il appelle le "Lider Maximo" des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon.
Aux yeux du camp présidentiel, le ministre a plutôt marqué des points depuis fin juin. "La réponse judiciaire aux émeutes, ça a été tout de suite. Paf, paf, paf, tu voles une canette de Red Bull, dix mois… Il sort renforcé. Il en avait besoin", en période de possible remaniement gouvernemental, estime-t-on au sein du groupe Renaissance.
Sur le terrain, le garde des Sceaux doit faire face à la colère des greffiers, qui réclament davantage de considération et de reconnaissance. Jeudi, il a souligné qu'un "accord de principe" a été signé avec les organisations syndicales pour cadrer les négociations sur les rémunérations et le statut prévues jusqu'en octobre.
"Il me semble qu'à partir du moment où on négocie, on n'est plus dans le conflit", a-t-il affirmé. Le projet de loi entérine l'embauche de 1.500 greffiers en cinq ans.
N.Fournier--BTB