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JO-2024: Marzieh Hamidi, la réfugiée qui rêve de jouer à la "maison"
En montant dans l'avion pour Paris, lors de son évacuation de Kaboul le 1er décembre 2021, elle a tilté : son exil l'emmenait vers "la ville des Jeux olympiques". Deux ans plus tard, Marzieh Hamidi, championne afghane de taekwondo, touche son "rêve" du doigt.
Ces derniers mois, la route a été sinueuse pour cette éternelle réfugiée, 21 ans, née en exil en Iran avant d'être à nouveau déracinée par le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, où ses parents s'étaient réinstallés.
Désormais ancrée à Vincennes, près de Paris, l'horizon se dégage enfin pour la sportive, pressentie pour figurer dans l'équipe des réfugiés, instaurée depuis 2016 par le Comité international olympique, dont elle a obtenu une bourse pour préparer les Jeux.
"C'est très important pour moi d'aller aux JO, c'était déjà mon rêve quand j'étais dans l'équipe nationale afghane, mais aujourd'hui c'est aussi ma façon de combattre les talibans et de représenter les femmes afghanes", raconte à l'AFP la combattante brune aux yeux soulignés de khôl.
Les JO à Paris (26 juillet-11 août) ? Elle y "pense tout le temps". "Même quand je dors, je donne des coups de pieds", rigole l'ex-championne régionale de taekwondo, qui reçoit sur le tatami de l'Insep, temple du haut-niveau français niché dans le bois de Vincennes, où elle s'entraîne depuis un an avec l'équipe de France.
- Hantise des talibans -
A quelques semaines de l'annonce des sélections, "la pression monte", reconnaît-elle en ce matin de la fin juin, après une séance individuelle lors de laquelle elle accompagne chaque coup d'un rugissement qui tapisse le dojo. Mais le temps a aussi fait mûrir son projet.
A son arrivée, l'an dernier, Marzieh Hamidi confiait son "dilemme" à l'AFP: porter ou non les couleurs de l'Afghanistan. Le débat est tranché. "Je n'accepterai jamais de représenter les talibans", dont le régime "efface les femmes de la société", balaye-t-elle.
De fait, la militante féministe, engagée publiquement et qui cultive une image ultra-moderne sur les réseaux sociaux, incarne un modèle de femme émancipée honni des talibans. Ces derniers la menacent régulièrement en ligne, assure Marzieh Hamidi. Son frère a été emprisonné peu après son départ. Elle en est "sans nouvelles".
Pas de nature à aborder la compétition-reine l'esprit libre. L'Afghane, catégorie -57kg, est consciente du retard accumulé. "Quand je suis arrivée, j'ai dû m'occuper de ma demande d'asile. J'ai repris l'entraînement très tard."
Même de retour au plus haut niveau, comme aux Championnats du monde début juin en Azerbaïdjan, son statut précaire la rattrape, quand Bakou lui refuse temporairement l'entrée en raison d'un imbroglio sur son visa.
Dans ces moments difficiles, c'est son coach Hans Zohin qui la "récupère en pleurs", raconte celui qui entraîne également le collectif olympique français.
"C'est plus compliqué pour elle, parce qu'il y a la barrière de la langue et qu'elle n'a pas les mêmes problèmes que les autres athlètes. Mais elle a le niveau pour les Jeux", estime "tonton Hans" pendant un entraînement individuel.
- "Reconstruction" -
"Elle n'est peut-être pas la meilleure, mais son vécu lui donne un supplément d'âme. Elle est la première arrivée à l'entraînement, la dernière à partir. On lui dit de faire 100 coups de pied, elle en fait 150... Elle se donne à fond et ça va lui permettre de compenser", positive-t-il.
La motivation, Marzieh Hamidi la puise également dans le "signe" du destin de ces improbables Jeux à domicile: "Paris c'est ma maison désormais. La France m'a tout donné. Ça met encore plus de stress mais ce serait génial".
Qu'importe la performance, une simple participation serait déjà synonyme de bond vers la "reconstruction par le sport", s'est félicité début juin auprès de l'AFP Tony Estanguet, le président du comité d'organisation des JO, lors d'un événement organisé pour présenter ces athlètes. Comme souvent, lorsqu'elle n'est pas à l'entraînement ou en compétition, Marzieh Hamidi y était en représentation officielle pour le CIO.
"Elle a un emploi du temps de ministre", souffle Catherine Lagarde, qui essaie de s'immiscer dans ce calendrier millimétré pour prodiguer quelques cours individuels de français. "Entre les stages, les compétitions, les représentations, sa vie sur les réseaux, bon courage pour l'avoir une heure", résume-t-elle.
Après les Jeux, il lui faudra aussi trancher un autre "dilemme": voudrait-elle porter le kimono de l'équipe de France ? "C'est 50/50", hésite la taekwondoïste. Sa seule certitude, elle dit l'avoir floquée au dos de son T-shirt: "Peace is more precious than triumph". "La paix est plus précieuse que la victoire."
Y.Bouchard--BTB