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Présidentielle au Guatemala: contre toute attente, deux sociaux-démocrates au second tour
Contre toute attente, deux sociaux-démocrates, une ancienne Première dame et le fils d'un ancien président, s'affronteront au second tour de la présidentielle au Guatemala, après un premier tour marqué par une forte abstention signe de l'ampleur de la défiance des électeurs.
La bataille entre les deux prétendants, Sandra Torres et Bernardo Arevalo donnera dans tous les cas au pays son premier dirigeant de gauche depuis plus d'une décennie.
Favorite des sondages, Sandra Torres est arrivée en tête des 22 candidats avec 15,78% des suffrages, bien loin cependant des 21,3% d'intention de vote dont elle était créditée par l'Institut Prodatos, selon les résultats presque définitifs publiés lundi.
Le député Bernardo Arevalo, fils du premier président démocratiquement élu du pays, a déjoué tous les pronostics en remportant 11,80% des voix : il n'était placé qu'en 8e place par l'enquête d'opinion, avec 2,9% des intentions de vote.
"Nous avons toujours dit que nous n'étions pas venus pour gagner dans les sondages, mais pour gagner dans les urnes", a déclaré le sociologue de 64 ans dans la nuit de dimanche à lundi.
- "Le bonheur" -
On est "impressionné parce qu'on ne le connaissait pas", a réagi auprès de l'AFP Isabel Santos, une femme au foyer de 38 ans, interrogée dans le centre de la capitale. "Le sentiment que j'ai est celui de beaucoup de Guatémaltèques, le bonheur, car les candidats qui ne sont pas venus pour faire le bien mais plutôt pour continuer la corruption qui existe dans le pays ne prédominent pas", a dit Erick Garcia, 41 ans, chauffeur de taxi.
Les deux candidats à un mandat de quatre ans non renouvelable à la tête de l'Etat devront être départagés le 20 août lors d'un second tour.
"Quel que soit (mon adversaire) nous allons gagner", a déclaré Mme Torres, dont c'est la quatrième tentative et qui a échoué au second tour lors des deux derniers scrutins.
Avec deux finalistes sociaux-démocrates, l'élection de cette année marquera une rupture après trois présidences de droite successives : Otto Perez (2012-2015), Jimmy Morales (2016-2020 et le président sortant Alejandro Giammattei.
Un peu plus de 40% des 9,4 millions d'électeurs inscrits se sont abstenus (37,84% voici quatre ans). Surtout, 17,4% des votants ont glissé un bulletin nul dans l'urne, contre 4,1% lors de la précédente élection, tandis que près de 7% ont voté blanc.
Le scrutin de dimanche s'est déroulé en général dans le calme, même si des incidents ont éclaté dans deux localités de la banlieue de la capitale sur fond d'accusations de fraude.
Mme Torres a dénoncé des "achats de vote" par le parti conservateur "Vamos" du président sortant, dont le candidat Meme Conde a obtenu une surprenante 3e place.
Trois favoris, dont une dirigeante des peuples autochtones maya, ont été écartés de la compétition.Ces évictions ont semé le doute sur la loyauté du scrutin et sur l'impartialité des institutions, accusées de manœuvrer pour préserver un régime autoritaire et corrompu fondé sur la cooptation par les élites dirigeantes.
- Répression -
Le président sortant Giammattei était désavoué à 76% dans la population au terme d'un mandat marqué par la répression contre les magistrats et les journalistes qui dénonçaient la corruption.
Durant son mandat, une dizaine d'anciens procureurs anticorruption ont été arrêtés tandis que d'autres ont été contraints à l'exil.
Ces magistrats avaient travaillé avec une mission de l'ONU contre l'impunité qui a révélé de retentissants scandales entre 2007 et 2019, dont l'un a débouché sur la démission et à l'arrestation d'un chef de l'Etat.
"Toutes les institutions de l'Etat, y compris le processus électoral, sont manipulées par des groupes de pouvoir liés à la corruption et au pouvoir traditionnel de l'oligarchie", a assuré à l'AFP Edie Cux, directeur de l'antenne locale de l'ONG anticorruption Transparency International.
Le Guatemala est l'un des pays les plus inégalitaires d'Amérique latine, juge la Banque mondiale, avec 10,3 millions de ses 17,6 millions d'habitants qui vivent sous le seuil de pauvreté et un enfant sur deux qui souffre de dénutrition chronique selon l'ONU.
Enfin, des bandes criminelles sèment la terreur dans un pays où le taux d'homicides de 17,3 pour 100.000 habitants est le triple de la moyenne mondiale.
J.Bergmann--BTB