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Le drapeau européen divise l'Assemblée, avec les élections en toile de fond
Faut-il rendre obligatoires les drapeaux français et européen sur la façade des mairies? L'examen à l'Assemblée de la mesure proposée par les députés macronistes a tourné mardi au débat pour ou contre l'UE, à un an d'élections européennes clivantes.
La proposition de loi, portée par le groupe Renaissance, a été volontairement inscrite à l'agenda le jour de l'anniversaire de la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950, considérée comme un texte fondateur de la construction européenne.
Mais elle est loin d'avoir soulevé l'enthousiasme au Palais Bourbon, où elle fait face aux critiques des oppositions, mais aussi aux réticences de certains députés de la majorité, notamment au Modem, dubitatifs sur l'intérêt du texte dans le contexte politique actuel.
La motion "de rejet préalable", déposée par LFI et soutenue par les communistes et le RN, a toutefois été rejetée en soirée (161 voix contre 121), permettant au texte de continuer à être débattu lors de la séance de nuit.
- "Rêve de Frexit" -
"Le vote qui sera fait tout à l'heure sera un vote en faveur ou en défaveur de la construction européenne, ni plus, ni moins", a lancé le rapporteur de la proposition de loi, le député macroniste Mathieu Lefèvre, assumant sa portée "symbolique, mais pas anecdotique".
"Ceux qui ont du mal à masquer leur malaise devant le drapeau étoilé ont tout autant de mal à masquer leurs rêves de Frexit déguisé, rouge pour les uns et brun pour les autres", a-t-il poursuivi, ciblant les insoumis et les députés RN.
La secrétaire d'Etat chargée de l'Europe, Laurence Boone, a renchéri dans le même registre: "je vous mets en garde sur ce que représentent les positions des deux extrêmes de cet hémicycle", a-t-elle lancé, évoquant "un danger pour le projet européen".
Les députés insoumis ont répliqué en raillant comme les communistes "la tentative de diversion" du camp présidentiel avec une mesure "sans aucune utilité pratique".
"Si vous voulez réconcilier le peuple français avec l'Europe, il faudra d'autres mesures que d'imposer sur les mairies un symbole d'appartenance à une organisation sur la politique de laquelle il n'a pas son mot à dire", a déclaré l'insoumis Arnaud Le Gall.
Côté RN, le député Jean-Philippe Tanguy s'est lui lancé dans une attaque frontale du drapeau étoilé, qui ne porte "aucun symbole". "Il n'y a que trois couleurs face auxquelles les Français s'inclinent", a-t-il lancé, "le bleu, le blanc et le rouge".
Le chef de file des députés LR, Olivier Marleix, a lui assuré "n'avoir aucun problème avec le drapeau européen". "Mais l'Europe, c'est un choix, pas une obligation", a-t-il fait valoir pour expliquer l'hostilité de la droite.
Assumant les réticences du Modem, allié de Renaissance, le député Erwan Balanant a dit "continuer à penser que ce texte n'était pas utile", mais il a estimé que ses collègues présents "voteront sans doute pour le texte".
Comme pris en étau, c'est également au nom de leur engagement pro-européen qu'écologistes et socialistes ont annoncé qu'ils voteraient en faveur du texte de Renaissance... Tout en déplorant une initiative "opportuniste", selon la députée PS Christine Pires-Beaune, et "pas loin d'un texte politicien" pour l'écologiste Jérémie Iordanoff.
- Européennes à l'horizon -
Le débat sur les drapeaux a en effet remis au jour les divergences au sein de la Nupes sur la question européenne, à un an des élections européennes.
A gauche, l'eurodéputée LFI Manon Aubry a suscité la polémique lundi en présentant le drapeau européen comme "une forfaiture démocratique", en allusion au référendum de 2005 sur la Constitution européenne, rejetée par le peuple, mais dont la substance a été ensuite approuvée par l'Assemblée nationale.
Partisane d'un accord pour une liste unique des partis de gauche aux européennes comme lors des législatives de l'an dernier, elle a été attaquée par ses alliés.
"Non, l'Europe n'est ni LE problème, ni une forfaiture!", s'est emporté sur Twitter l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, dont le parti tient à présenter sa propre liste.
Dans une tribune dans Le Monde, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, estime que l'"Europe n'est pas par essence libérale, elle est un espace toujours en construction". Et il ajoute qu'il faut œuvrer pour y "changer de paradigmes" sans "refuser les compromis".
K.Brown--BTB