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Ouzbékistan : fin du référendum constitutionnel pour renforcer le président
Les Ouzbeks se sont prononcés dimanche par référendum sur une révision de la Constitution qui pourrait permettre au président Chavkat Mirzioïev de demeurer jusqu'en 2040 à la tête de l'Ouzbékistan, ex-république soviétique d'Asie centrale au système politique toujours cadenassé malgré d'importantes réformes.
Les bureaux ont fermé à 20H00 locales (15H00 GMT) et la participation dépassait les 80% trois heures avant la fermeture, selon la Commission électorale, qui doit annoncer les résultats définitifs d'ici dix jours. En Ouzbékistan, le score de la participation est généralement peu ou prou égal à celui du vainqueur.
Les autorités soutiennent que la modification des deux tiers de la Constitution permettra de démocratiser et d'améliorer le niveau de vie des 35 millions d'habitants aux droits longtemps bafoués par un régime répressif. Mais le président Mirzioïev en sera le principal bénéficiaire.
Parmi les principales mesures, figurent en effet le passage du quinquennat au septennat et la remise à zéro des deux mandats présidentiels, ce qui permettra en théorie à l'actuel chef de l'Etat, âgé de 65 ans, de se maintenir au pouvoir jusqu'en 2040.
L'adoption du texte ne fait aucun doute après une campagne à sens unique, dans un Etat où la presse est toujours largement contrôlée. Et la seule tentative de s'y opposer avait été écrasée dans le sang en juillet 2022.
Le pouvoir s'est malgré tout employé à légitimer cette nouvelle Constitution en mobilisant des célébrités locales pour en louer les mérites et ceux du président Mirzioïev pendant de grandes manifestations et des concerts.
Sur les panneaux publicitaires de la capitale Tachkent, la plus grande ville d'Asie centrale, s'affichent des conversations imaginaires par SMS incitant les électeurs à participer au scrutin, comme "Papa, on va au parc ? Non, d'abord on va voter".
- "Nouvel Ouzbékistan" -
Cette stratégie semble fonctionner. "La nouvelle Constitution va changer ma vie mais je ne sais pas vraiment en quoi", reconnaît Chamsiddine Jouraïev, un entrepreneur de 40 ans rencontré par l'AFP à Tachkent à la sortie d'un bureau de vote, où les isoloirs n'avaient pas de rideaux.
La Commission électorale a indiqué étudier le cas d'une femme ayant été filmée en train de cocher "oui" sur seize bulletins.
La perspective de voir le président Mirzioïev s'accrocher au pouvoir crispe cependant certains, comme Nourkamil, un retraité de 70 ans souhaitant rester anonyme qui estime que "tout est fait pour que le président reste au pouvoir à vie".
"Il faut une alternance. Bien sûr, il a mis en place des réformes et essaie de faire changer les choses (...) mais notre pouvoir copie le système du président russe Poutine. Ils ne sont pas éternels, il faut respecter son peuple", regrette-t-il.
M. Mirzioïev s'efforce de présenter un visage plus moderne depuis 2016 et la mort de son prédécesseur, le cruel Islam Karimov, dont il a été le fidèle Premier ministre pendant treize ans.
"Si beaucoup d'analystes perçoivent, à raison, une tentative de maintien au pouvoir de Mirzioïev, il serait dommage de réduire le texte à une dérive autoritaire", nuance pour l'AFP Olivier Ferrando, enseignant-chercheur à l'Université catholique de Lyon (France).
Parmi les nouveautés, l'interdiction de la peine de mort et le respect des droits humains sont constitutionnalisés dans ce "Nouvel Ouzbékistan" plus juste que vante M. Mirzioïev.
"Reste à savoir bien sûr si cette révision constitutionnelle, dont l'un des objectifs est de donner des garanties à la communauté internationale sur le développement démocratique du +Nouvel Ouzbékistan+, saura dépasser le simple effet cosmétique pour trouver une pleine application dans la vie quotidienne des citoyens", poursuit M. Ferrando.
Ces citoyens, en majorité jeunes, sortent d'un hiver particulièrement rigoureux marqué par d'importantes coupures de gaz et doivent faire face à une pauvreté persistante et une corruption endémique.
Malgré les progrès économiques et les avancées sociales, comme la criminalisation de la violence domestique et la fin du travail forcé des enseignants, le pouvoir reste autoritaire.
En juillet 2022 dans la république du Karakalpakstan, des manifestations contre un amendement constitutionnel, depuis retiré, qui aurait réduit l'autonomie de cet immense territoire pauvre du nord du pays, ont fait selon les autorités 21 morts.
Interrogés par l'AFP, deux journalistes de médias étatiques assurent sous couvert d'anonymat avoir "reçu des consignes pour couvrir de manière positive l'Ouzbékistan, le référendum et le président" et ont constaté un renforcement de la censure à l'approche du scrutin.
O.Krause--BTB