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Autoroute Toulouse-Castres: mobilisation contre un projet anti-écologique
Des centaines d'opposants à l'A69 Toulouse-Castres se rassemblent peu à peu samedi à Saïx, dans le Tarn, pour protester contre le projet autoroutier qu'ils jugent contradictoire avec l'urgence climatique, au cours d'un week-end de mobilisation sous haute surveillance.
Une dizaine de représentants des organisateurs, dont le collectif local La voie est libre, Extinction Rebellion, la Confédération paysanne et les Soulèvements de la Terre (SLT), ont demandé "l'arrêt immédiat" du chantier.
Lors d'une conférence de presse, ils ont notamment rappelé leur proposition d'aménagement de la nationale existante et dénoncé la perte de terres agricoles ou de biodiversité qu'entraînerait la construction de cette portion d'autoroute de 53 km.
Ils ont également déploré le prix du trajet Toulouse-Castres, qui pourrait atteindre les 17 euros aller-retour, "une injustice sociale organisée", selon une représentante des SLT.
Quelque 2.000 personnes sont attendues à la manifestation prévue dans l'après-midi sur le tracé de l'autoroute, ainsi qu'aux activités du week-end, dont des concerts, débats et course de caisses à savon ou "bolides" allant "le plus lentement possible".
Moins d'un mois après les violents affrontements entre gendarmes et manifestants contre les "mégabassines" à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), les autorités suivent de près cette mobilisation.
- Manifestation et activités festives -
Le préfet du Tarn, François-Xavier Lauch, a précisé vendredi soir que les 800 gendarmes et policiers mobilisés resteront en retrait si la manifestation est "pacifique".
Jusque-là, la contestation s'était centrée ces dernières semaines près du village de Vendine, en Haute-Garonne, à la limite du Tarn, où des opposants s'étaient installés dans des tentes accrochées à de grands platanes pour en éviter l'abattage.
Pour ce week-end, le rassemblement se tient à Saïx, 37 km plus loin.
Vendredi, des centaines de militants (400, selon le préfet) venus de diverses régions, dont Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte-d'Azur, ont monté deux chapiteaux et des tentes, installé des tables, un bar et une cantine sur une surface équivalant à une dizaine de terrains de foot.
Samedi matin, des participants y discutaient autour d'un verre sous un des chapiteaux, au son de rythmes de jazz ou de rap, d'autres mettaient en place des stands, ou se brossaient les dents devant un point d'eau.
Des élus opposés à l'A69 avaient encore dénoncé vendredi ce projet en soulignant sa "totale contradiction avec l'urgence climatique".
Le député EELV Julien Bayou a qualifié d'"anachronique" ce projet d'"autoroute la plus chère de France", samedi sur franceinfo.
Mais d'autres élus du Tarn soutiennent le projet, qui réduirait d'une vingtaine de minutes le trajet Castres-Toulouse en 2025, d'une durée d'un peu plus d'une heure aujourd'hui.
De son côté, Atosca, concessionnaire privé de l'A69, le qualifie d'"exemplaire" pour l'environnement ou l'emploi. Concernant les terres agricoles, l'emprise prévue a été réduite de 380 à 300 hectares, selon son directeur général Martial Gerlinger.
- "En débattre, mais pas en découdre" -
Le ministère des Transports a fait savoir que Clément Beaune avait demandé dès janvier une revue des sept projets autoroutiers en cours, "au regard des enjeux actuels: lutte contre l'artificialisation des sols, réduction des émissions de CO2, mais aussi désenclavement des territoires".
"Le projet d'A69 ne fait pas exception à cette démarche de réexamen", ajoute le ministère, tout en nuançant du fait de son état d'avancement: "Les travaux ont débuté, et un contrat engageant l'Etat a été signé avec le concessionnaire".
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, avait averti vendredi qu'"on peut en débattre, mais pas en découdre", ajoutant toutefois qu'il n'y a "pas de renseignement qui démontre que dans le Tarn les gens aient une envie absolue de violence".
Des déclarations en deçà des propos qu'il avait tenus le 5 avril, classant alors l'A69 parmi 42 projets "susceptibles de faire naître des contestations extrêmement violentes".
Des opposants l'avaient accusé de "mettre le feu aux poudres", dans une région où le souvenir de Rémi Fraisse reste très présent.
Le 26 octobre 2014, le corps de ce militant écologiste de 21 ans avait été retrouvé sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn), à une soixantaine de kilomètres de Saïx, après des affrontements d'opposants avec les forces de l'ordre.
Cinq mois plus tard, le projet était abandonné au profit d'une retenue d'eau réduite de moitié, et le gouvernement faisait évacuer le site occupé pendant seize mois par des "zadistes".
E.Schubert--BTB