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Indonésie: 20 ans plus tard, le volcan déverse encore sa boue
Le 29 mai 2006, la terre s'ouvrait à Sidoarjo, dans l'est de l'île de Java, projetant une boue brûlante qui a englouti villages et usines. Vingt ans plus tard, la catastrophe qui a déplacé des milliers d'habitants continue de laisser des traces.
Harwati joint les mains pour offrir une prière au bord du lac de boue qui continue de s'étendre tandis qu'une dizaine d'habitants sont rassemblés pour commémorer le désastre.
Le rassemblement organisé vendredi visait à rappeler au gouvernement que les habitants subissent encore les conséquences de l'immense coulée de boue, qui a englouti maisons et villages.
"Même si les présidents se succèdent, nous espérons toujours que (le gouvernement) nous rendra justice", a déclaré samedi à l'AFP cette femme de 50 ans qui comme beaucoup d'Indonésiens ne porte qu'un seul nom et pour qui la catastrophe est "loin" d'être terminée.
Les éruptions probablement en partie provoquées par un forage d'une compagnie pétrolière et qui se poursuivent, ont détruit au moins une douzaine de villages et ont déplacé des dizaines de milliers de personnes.
Treize personnes sont mortes lors de l'explosion d'un gazoduc souterrain dans la zone sinistrée.
Comme beaucoup d'habitants, Harwati exige que le gouvernement procède à un examen approfondi des conséquences de la coulée de boue sur la santé des riverains, affirmant que de nombreux villageois ont depuis développé des cancers.
Selon les autorités, plus de 600 hectares ont été engloutis par la boue, les efforts déployés pour la colmater, notamment à l'aide d'énormes boules de béton, s'étant révélés inefficaces.
La catastrophe a contraint Muhammad Irsyad à quitter son village en 2012, car il ne pouvait plus supporter la pollution qui s'infiltrait dans le puits dont sa famille dépendait pour cuisiner et se laver.
"Quand le voulais prendre un bain, mes yeux piquaient au contact de l'eau", a confié cet homme de 62 ans, se disant "en colère".
Vingt ans après, M. Irsyad est encore en train de "réorganiser" sa vie, sa famille survivant grâce aux revenus tirés de leur stand de nourriture et de la vente d'eau potable.
- "Injustice" -
Des études indépendantes ont établi que la catastrophe s'explique à la fois par des forages réalisés par la compagnie pétrolière et gazière PT Lapindo Brantas et par un tremblement de terre qui s'est produit deux jours plus tôt à environ 260 kilomètres de là.
Lapindo, qui fait partie d'un empire commercial contrôlé par la puissante famille indonésienne Bakrie, a finalement été condamnée à indemniser les victimes, mais les paiements ont pris des années, suscitant des réactions de colère.
Le gouvernement est finalement intervenu et a prêté à l'entreprise les fonds nécessaires pour accélérer les paiements restants.
M. Irsyad qualifie d'"injustice" le recours aux fonds publics pour indemniser les victimes de la catastrophe. Pour lui, l'entreprise devait assumer ses responsabilités.
Sollicitée par l'AFP, Lapindo, qui a depuis changé de nom pour devenir Minarak Brantas Gas, n'a pas réagi dans l'immédiat. Mais la société avait précédemment déclaré que les enquêtes "avaient déterminé qu'aucune corrélation ne pouvait être prouvée entre les activités de forage et l'éruption de boue".
Des groupes de protection de l'environnement ont constaté de leur côté que les eaux souterraines à proximité de la zone ont été polluées à la suite de la catastrophe, provoquant des maladies chez les habitants, a inidqué Melky Nahar, coordinateur de l'ONG Mining Advocacy Network (JATAM).
"Après deux décennies, la destruction de la santé, de l'environnement et des bases de production des populations… n'est pas terminée", a-t-il souligné.
F.Wagner--VB