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Huguette Bouchardeau, une pionnière entre politique et féminisme
Du syndicalisme étudiant au gouvernement sous François Mitterrand, Huguette Bouchardeau, dont le décès a été annoncé jeudi, a mené une carrière politique ancrée à gauche et marquée par le féminisme.
Celle qui s'amusait du "petit étonnement qu'ont les hommes à l'égard d’une femme qui réussit" deviendra en 1979 la première femme à diriger une organisation politique en France.
Née le 1er juin 1935 à Saint-Etienne (Loire) dans une famille modeste, Huguette Bouchardeau est la seule enfant à poursuivre des études.
Elle commence à militer dans le syndicalisme étudiant en 1952, à 17 ans, et est élue secrétaire générale de l'Association générale des étudiants (AGE) de Lettres de Lyon en 1955.
Devenue professeure agrégée de philosophie en 1961, elle enseigne au lycée Honoré d’Urfé à Saint-Etienne de 1961 à 1970, puis les sciences de l’éducation à l'Université de Lyon II de 1970 à 1983 où elle passe maîtresse de conférences.
Très vite, son parcours mêle engagement politique et militantisme féministe.
Elle fonde l'un des premiers centres d’études féministes universitaires (le CLEF), avant de publier son premier livre, "Pas d'histoire, les femmes" (1977), qui dénonce l'exclusion des femmes de la vie publique et analyse l'histoire des luttes féministes.
Huguette Bouchardeau est parallèlement désignée responsable du secteur "femmes" au sein du bureau national du Parti socialiste unifié (PSU) à partir de 1975.
Sa carrière nationale décolle quand elle est nommée secrétaire nationale du PSU de 1979 à 1981, faisant figure de pionnière en France.
Son style fait rapidement mouche, elle revendique pleinement son appartenance à la famille de la gauche et met l’accent sur les luttes sociales.
- La "vanité" du métier -
Huguette Bouchardeau se présente à l'élection présidentielle de 1981, mais ne recueille que 1,10% des suffrages, avant de soutenir François Mitterrand au second tour.
Le 22 mars 1983, elle est nommée secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargée de l'Environnement et du Cadre de vie (3ème gouvernement Pierre Mauroy), portant la loi du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques - appelée "loi Bouchardeau".
Elle prend ensuite la tête du ministère de l'Environnement en juillet 1984 (gouvernement Laurent Fabius).
Après trois années au pouvoir, elle confie en février 1986 à l’AFP rester profondément "militante, féministe et écologiste".
La victoire de la droite aux législatives un mois plus tard conduit à la première cohabitation de la Ve République, écartant Mme Bouchardeau et les socialistes du gouvernement.
De ces années comme professionnelle de la politique, elle tire "Le ministère du possible" (1986) et imagine "Le Déjeuner" (1993) d'un homme politique en vue et d'une star féminine du journalisme.
Députée du Doubs (app. PS) entre 1986 et 1993, elle dénonce à plusieurs reprises la "vanité" du métier: "Au lieu de faire la loi, nous nous transformons en +VRP+, en lobbyistes de notre circonscription, et pour garder notre poste, nous faisons passer l'intérêt local avant l’intérêt national", déplore-t-elle au moment de quitter la vie publique.
"Pendant vingt ans, ma vie fut si intimement liée au développement des actions féministes que je me trouvais, tour à tour, dans tous les statuts, tous les rôles à l’égard des livres qui se publiaient sur ce sujet", écrit-elle avec fierté quelques années plus tard.
Maire du petit village d’Aigues-Vives (Gard) de 1995 à 2001 et directrice de sa propre maison d’édition, Huguette Bouchardeau finit sa vie en se consacrant à l’écriture, une autre passion, publiant plusieurs biographies de grandes femmes de l’histoire comme Simone Weil, Elsa Triolet ou Simone de Beauvoir.
S.Gantenbein--VB