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Vers un dénouement en Espagne pour les orques de Marineland
Après des années d'atermoiements, le gouvernement s'est résolu à favoriser le départ des orques du Marineland d'Antibes (Alpes-Maritimes), peut-être dès la fin juin, vers un parc espagnol, au grand dam des ONG de défense des animaux.
Pour plusieurs organisations, envoyer Wikie (24 ans) et son fils Keijo (12 ans) amuser le public, voire se reproduire, dans des bassins plus petits au Loro Parque de Tenerife représente en effet une trahison de l'esprit de la loi de 2021 sur le bien-être animal, qui interdit les spectacles et le maintien en captivité de cétacés.
Longtemps une attraction majeure de la Côte d'Azur, avec les spectacles de cétacés au coeur de son activité, Marineland a fermé en janvier 2025, à la suite de la loi de 2021 et d'une désaffection progressive du public.
Depuis, tous les animaux du parc ont été transférés, à l'exception des deux orques et douze dauphins, que la direction réclame depuis deux ans de pouvoir transférer vers d'autres parcs à l'étranger.
Le gouvernement français a d'abord rejeté un départ vers le Japon, puis freiné l'hypothèse espagnole, en plaidant pour l'instauration de sanctuaires de semi-liberté.
Mais seuls quelques projets d'accueil de dauphins avancent réellement et les experts ne s'accordent pas sur les chances réelles d'acclimatation des cétacés nés en captivité à des conditions marines, même dans un cadre protégé.
Parallèlement, fissures et affaissements se multiplient dans les bassins de Marineland, en particulier celui des orques, construit en 2000 et fragilisé par les mouvements du sous-sol, même s'il a fait l'objet de travaux de consolidation et semblait vendredi en meilleur état que lors d'une précédente visite de l'AFP en novembre.
"Il faut sortir de l'impasse", a martelé le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, en visite sur place vendredi matin. "Ne rien faire condamnerait les deux orques à une mort certaine".
Par conséquent, le gouvernement s'est résolu à créer "toutes les conditions pour leur transfert possible et souhaitable en Espagne", a-t-il annoncé.
- "Renoncement moral inacceptable" -
Selon lui, la loi de 2021 pourra être "respectée au-delà des Pyrénées" et de toute manière, l'Espagne a elle aussi "une loi protectrice et respectueuse du bien-être des animaux".
Grâce au feu vert du gouvernement, les équipes de Marineland et de Loro Parque "sont actuellement en train de travailler pour définir les dernières modalités internes", a indiqué Pascal Ferracci, PDG de Marineland. "C'est une question de semaines".
Selon la direction, le transfert des orques, qui devrait coûter plusieurs centaines de milliers d'euros à répartir entre les deux parcs, se fera par avion cargo et devra avoir lieu avant fin juin, sous peine de devoir reporter à cause de la chaleur pendant l'été.
Même si leurs bassins sont moins menacés, les douze dauphins devraient suivre, eux aussi dans des parcs espagnols.
Quatre d'entre eux partiront définitivement à Valence, tandis que les huit autres pourront être accueillis à Malaga avant de revenir en France, au Zoopark de Beauval (centre-ouest) où une structure d'accueil spéciale, décriée par nombre d'ONG comme un delphinarium de plus, est annoncée pour 2027.
Dans un communiqué, l'association One Voice a dénoncé "une trahison de la loi française de 2021 et un renoncement moral inacceptable".
"Il n'existe aucune urgence autre que celle du groupe Parques Reunidos, propriétaire du Marineland qui veut récupérer les terrains pour d'autres projets commerciaux", a fustigé l'ONG Sea Shepherd.
La semaine dernière, l'association C'est Assez avait promis d'engager tous les recours possibles devant les tribunaux pour empêcher le transfert.
D'autres ONG comme TideBreakers, plaident aussi pour des sanctuaires mais estiment qu'il est trop tard pour Wikie et Keijo, en relevant que les cas se multiplient dans le monde avec le renforcement des lois et la fermeture des parcs aquatiques.
"On ne peut pas crier: +Videz les bassins+ quand (les cétacés captifs) n'ont nulle part où aller", a rappelé l'ONG, en appelant à faire pression sur les autorités espagnoles pour que les deux orques ne soient pas exploitées.
A.Ruegg--VB