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Au Népal, les villages traversés par les crues transformés en "cimetières"
"Ce n'est plus qu'un gigantesque cimetière". Omkar Joshi, 35 ans, le sait, c'est par miracle qu'il a pu échappé mercredi au mur d'eau et de boue venu des montagnes qui a avalé sa petite ville de Timure, à la frontière du Népal et de la Chine.
Lorsqu'il a entendu le grognement du fleuve en crue qui descendait la vallée, l'agent des douanes a juste eu le temps de se réfugier sur une colline, comme un milliers d'autres habitants.
Pour les autres, "tout est fini", soupire le rescapé, qui évalue à 90% la part de la population de la localité décimée. "Il n'en reste plus que du sable et des pierres trempés du rouge du sang des morts".
Après avoir passé la nuit sous des trombes d'eau, il a finalement été évacué par hélicoptère jusqu'à un camp de fortune de la ville voisine de Bidur.
Depuis le lever du jour, les rotations des engins de l'armée s'y succèdent dans un bruit assourdissant. Chacun déverse sur un terrain de football sa cargaison de réfugiés, arrachés aux flots dantesques qui ont lessivé toute la vallée.
La crue a causé au moins 277 morts côté népalais, selon les autorités, qui restent sans nouvelle de plus de 800 autres, dont de nombreux touristes étrangers venus randonner sur les pentes de l'Himalaya.
De nombreux habitants de la région sont accrochés aux barbelés qui isolent le camp de fortune, dans l'espoir d'y apercevoir le visage d'un proche.
Au milieu il y a Sita BK, 37 ans, sans nouvelle de son frère cadet Ramchandra, enseignant à Timure.
- "Plus rien" -
"Je lui ai parlé hier matin, juste avant d'apprendre ce qu'il s'était passé", confie-t-elle, "mais depuis son téléphone est resté éteint".
La jeune femme ajoute que les autorités lui ont demandé d'attendre. "Ils m'ont dit que leur priorité était de venir en aide à ceux qui sont joignables. Mon frère ne l'est malheureusement pas..."
Non loin d'elle, Anisha Nepali, 24 ans, sanglote.
Elle est parvenue à rallier le centre d'accueil improvisé depuis la capitale Katmandou dès mercredi après-midi pour tenter d'y trouver sa mère et son frère. "J'ai donné leurs noms. Mais depuis plus rien".
De la cabine de l'hélicoptère qui vient de se poser émergent deux écolières vêtues de leur uniforme vert. Un sauveteur leur caresse la tête, leur offre quelques biscuits et de l'eau avant de leur demander où elles se trouvaient lorsque la vague a déferlé.
En aval de Bidur, la localité de Devighat a été dévastée.
Sur la grosse centaine de maisons qui y bordaient la rivière Trishuli, une seule, haute de quatre étages, est restée debout, témoignent les sauveteurs. Avant d'ajouter que sept de ses occupants y ont été ensevelis sous le furieux torrent de boue qui l'a traversée.
Un des membres de l'équipe d'intervention partage sur son téléphone portables les images d'une des victimes, coincée sous les racines flottantes d'un arbre.
Sabir Miyan raconte que lui et de nombreux résidents de Devighat ont la vie sauve car ils ont été prévenus à temps que la vague descendait approchait. "Beaucoup d'entre nous ont pu s'en sortir mais tout est parti", décrit-il, "tout n'est plus que ruines".
F.Fehr--VB