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Après l'accord chez Volkswagen, les salariés dans le flou sur l'avenir des usines allemandes
"Qu'ils disent clairement si ce site a un avenir ou non" : au lendemain du feu vert donné au plan de restructuration historique de Volkswagen, qui prévoit 100.000 suppressions de postes dans le monde, des salariés ont fait part à l'AFP de leurs craintes pour l'avenir du constructeur et de plusieurs de ses usines allemandes.
Le groupe aux dix marques (VW, Audi, Porsche, Seat, Skoda...) a annoncé jeudi soir un accord à l'unanimité du conseil de surveillance, son instance de contrôle où siègent des représentants de salariés et d'actionnaires, sur un plan d'avenir comprenant, entre autres mesures, la suppression de 15% de ses effectifs dans le monde.
Volkswagen fait face depuis plusieurs années à une demande atone, une progression plus lente qu'espérée du segment électrique, et une féroce compétition des constructeurs chinois.
Le plan comprend une réduction drastique des effectifs et une refonte en profondeur de son organisation, mais laisse encore plusieurs questions en suspens.
A commencer par l'avenir de plusieurs usines allemandes sous-utilisées à cause de la faiblesse de la demande, à Emden, Zwickau, Hanovre et Neckarsulm.
Les membres du conseil se sont accordés sur l'existence d'une surcapacité de production de 500.000 véhicules en Europe, et sur le fait "qu'aucune charge de production ultérieure compétitive" ne pouvait actuellement être garantie" pour ces quatre sites "entre 2031 et 2034".
Volkswagen n'a toutefois pas franchi l'étape politiquement et socialement explosive d'une fermeture.
Lars Bochmann, 50 ans, qui a passé toute sa carrière professionnelle dans l'usine Volkswagen de Zwickau (est), a estimé que l'accord était "totalement insuffisant".
"Nous nous attendions au moins à ce que les gens parlent franchement", a-t-il dit à l'AFP. "Qu'ils ne se contentent pas de faire patienter les gens, mais qu'ils soient directs et qu'ils disent clairement si le site a un avenir ou non".
Selon Volkswagen, "des possibilités d'utilisation alternative" sont actuellement examinées.
-"Tout pourrait s'arrêter"-
La fermeture d'usines serait un coup dur pour de nombreux équipementiers automobiles du Mittelstand allemand (PME), déjà durement touchés par la crise que traverse l'automobile.
Denny Pohl, logisticien chez l'assembleur de pneus et de roues Radsystem, a indiqué à l'AFP qu'environ 80% du chiffre d'affaires de l'entreprise provenait de l'usine de Zwickau.
Elle "est importante pour toute la Saxe, pour toute l'Allemagne", a-t-il estimé, craignant que l'incertitude sur les commandes les pousse à moins investir, en sachant que "dans cinq ans tout pourrait s'arrêter".
Pour des PME très liées au géant Volkswagen, une chute des commandes entraînerait un fort ralentissement de leur activité, a prévenu auprès de l'AFP un équipementier automobile européen.
Martin Lehmann, qui travaille à Zwickau depuis 2012, passé par les services informatiques et la planification, espère qu'une fermeture d'usine n'aura jamais lieu.
"Il y a tellement de passion, de coeur, d'âme et de tradition liés à ces emplois", a-t-il confié.
"Si (l'usine de Zwickau) devait fermer et que nous ne fabriquions plus de voitures ici, il serait impossible de compenser ce que nous perdrions", a-t-il ajouté. "Tout dépend de l'avenir de cette usine".
A rebours de ces inquiétudes, les investisseurs accueillaient vendredi avec enthousiasme l'annonce surprise d'un accord, le titre VW bondissant vers 14H30 GMT de 7,3% à la Bourse de Francfort.
Pour les analystes de Deutsche Bank, c'est une "avancée fondamentale et un résultat bien meilleur que ce que l'on craignait".
L.Stucki--VB