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Boulangers et fleuristes: les débats sensibles autour du 1er-Mai reprennent au Sénat
Nouveaux désaccords en vue au Parlement: après l'échec d'une première réforme retirée face à la fronde des syndicats, l'encadrement du travail des salariés des boulangers et fleuristes le 1er-Mai fait l'objet d'un projet de loi examiné mardi au Sénat.
Loi de bon sens ou attaque en règle contre le seul jour férié et chômé du calendrier ? Les débats s'annoncent tendus à la chambre haute autour du 1er-Mai, date symbole de la lutte pour les droits des travailleurs.
Le sujet a pris une tournure éminemment politique, Sébastien Lecornu s'en emparant à bras le corps au point de s'afficher lui-même le 1er mai dernier dans une boulangerie de Haute-Loire avec le chef des députés Les Républicains Laurent Wauquiez.
Candidat à la présidentielle, Gabriel Attal (Renaissance) en a fait de même, passant brièvement derrière le comptoir d'une boulangerie de Vanves dans sa circonscription des Hauts-de-Seine, une manière symbolique selon lui de défendre "la liberté de travailler".
C'est au nom de ce principe que le gouvernement revient devant le Parlement avec un projet de loi de "clarification".
En quelques lignes à peine, le texte porté par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou prévoit que les artisans boulangers-pâtissiers et fleuristes puissent faire travailler leurs salariés ce jour-là, sous réserve qu'un accord de branche fixe les conditions de recueil de leur volontariat et de leur rémunération.
Cela fait suite à l'abandon d'un précédent texte d'origine sénatoriale qui se voulait plus large et avait ulcéré les syndicats et la gauche. Le gouvernement, sous pression, avait renoncé à le faire cheminer au Parlement, préférant reprendre la main sur cette réforme sensible en proposant son propre texte de sécurisation juridique.
Le 1er-Mai est un jour obligatoirement chômé et payé. Le Code du travail prévoit toutefois que les établissements qui ne peuvent pas interrompre leurs activités puissent faire travailler leurs salariés, en les payant double, mais sans préciser les métiers concernés, laissant la place aux interprétations.
Une forme de tolérance prévalait toutefois pour les boulangers et les fleuristes, mais le débat a été relancé l'an dernier après des contrôles de boulangers, suivis d'amendes.
- D'autres professions bientôt concernées ? -
Selon les chiffres provisoires de l'Inspection du travail relayés par le Sénat, au moins 486 établissements ont été contrôlés le 1er mai 2026 dont 49 boulangeries ou boulangeries-pâtisseries.
Plusieurs articles de presse ont même fait état de verbalisations, notamment en Isère, quand bien même le Premier ministre avait assuré oralement que ces artisans pourraient faire travailler leurs salariés sans crainte.
C'est précisément ce flou auquel entend remédier le texte de loi. "C'est un premier pas", a reconnu auprès de l'AFP le rapporteur du texte au Sénat, Olivier Henno (UDI), non sans regretter qu'il ne se limite qu'aux boulangers et aux fleuristes.
"Ma conviction personnelle, c'est qu'il aurait fallu l'étendre à tous les métiers de bouche et aux entreprises culturelles - cinémas et théâtres", ajoute-t-il, regrettant que les débats se soient "envolés dans des postures politiques".
Certaines autres professions, comme la boucherie et la poissonnerie, ont en effet déploré une "rupture manifeste d'égalité". Mais le Sénat devrait maintenir la dérogation aux seuls boulangers et fleuristes.
Les syndicats et la gauche restent, eux, hostiles à ce projet de loi. Plusieurs organisations syndicales ont appelé à un rassemblement devant le Sénat à la mi-journée.
"Ce projet vise en réalité à banaliser le travail le 1er mai, au profit des grands groupes", a fustigé la CGT dans un communiqué. "Derrière l'objectif des fleuristes et boulangeries, tout sera permis ensuite très facilement pour que ce soit élargi", s'inquiète Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, pour qui une "brèche" sera ouverte avec ce texte.
"Remettre en cause le principe même du seul jour chômé et payé dans notre pays est une faute politique, alors que le problème des salariés est le pouvoir d'achat", s'indigne le chef des sénateurs socialistes Patrick Kanner.
Le Sénat, dominé par une alliance entre la droite et les centristes, devrait l'adopter sans difficulté. Son examen à l'Assemblée nationale, qui s'annonce plus mouvementé, n'est pas encore programmé. L'objectif est d'aboutir à une adoption définitive avant le 1er mai 2027.
R.Buehler--VB