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Pesquet se réjouit de "basculer doucement dans le camp des vétérans"
Thomas Pesquet se réjouit auprès de l'AFP de "basculer doucement dans le camp des vétérans", "dans un rôle de transmission et d'encadrement", après l'annonce de son troisième vol dans l'espace, programmé en 2027, en attendant que son rêve de Lune se concrétise.
Q: Que vous évoque le fait de rejoindre prochainement Jean-Loup Chrétien et Jean-François Clervoy, les Français ayant effectué le plus de vols spatiaux, avec ce troisième séjour dans l'espace ?
R: "C'est pareil pour les sportifs: quand on a la tête dans le guidon, tout ce à quoi on pense, c'est s'entraîner, être le meilleur possible, rentrer sur le terrain et gagner les matches ! Puis c'est une fois qu'on a tourné la page, qu'on se retourne, qu'on a des considérations plus générales sur la place qu'on a laissée. Pour l'instant, je suis encore 100% actif. J'espère que cette mission ne sera pas la dernière ! Mais oui, petit à petit.... j'ai commencé ma carrière à l'ESA, j'ai l'impression que c'était hier. J'étais le plus jeune de la sélection. Aujourd'hui, je suis en train de basculer doucement dans le camp des vétérans. C'est un changement de rôle. C'est maintenant plus de la transmission, de l'encadrement, comme le montre ce rôle de commandant de vaisseau qu'on va me donner sur cette mission".
Q: Cette mission en 2027 vous ôte-t-elle des chances d'aller sur la Lune via le programme Artemis, avant 2030 ?
R: "Non, non, pas du tout. C'est même plutôt une bonne nouvelle. Pour moi, le but de long terme, c'est la mission Artemis vers la Lune. La toute première opportunité, je pense, pour la Lune, ce sera en 2029. Et donc, avoir une mission mi-2027 n'a absolument pas d'impact. Par contre, c'est une corde de plus à mon arc d'être le commandant du vaisseau, parce qu'en 65 ans de vol habité, il n'y a jamais eu un non-Américain aux commandes d'un vaisseau américain. Ça, c'est quand même une marque de confiance de la Nasa".
Q: Quel sera vôtre rôle pour cette mission ?
R: "C'est toujours de la recherche. Quand on part sur des missions longues au sein de l'ISS, le temps des astronautes est ventilé en fonction du pourcentage des différentes agences. On est obligé de travailler aussi pour la Nasa, pour les Japonais etc, parce que ça marche comme ça. L'agence spatiale européenne, avec 8-10% du programme, dispose de 8 à 10% du temps pour les expériences. Là, on disposera de 100% du temps. Ces missions plus courtes sont une opportunité de maximiser le retour scientifique. Si vous faites 14 jours à 10 heures par jour, c'est à peine moins que 200 jours où vous aurez consacré 8% de vos dix heures journalières à la recherche".
Q: Un autre Français, Arnaud Prost, va effectuer son premier vol l'an prochain, et vous allez le conseiller?
R: "On se parle beaucoup avec Arnaud. Tant que Sophie (Adenot) et moi sommes actifs au sein de l'agence spatiale européenne, on est la doublure l'un de l'autre. Pour Arnaud, il y a donc moins de chances d'aller dans l'espace. Grâce à cette opportunité, on a réussi à matérialiser ça pour lui. Je lui dis régulièrement que la partie technique, aller dans l'espace, ce n'est jamais le plus difficile parce que souvent, c'est notre spécialité et c'est pour ça qu'on a été sélectionnés. Le plus difficile, c'est tout le reste: la communication, gérer sa vie personnelle. Ce n'est pas facile les nombreux moments d'absence. C'est de tout ça dont on parle presque le plus".
Q: Comment s'est mise en place cette collaboration avec le secteur privé et l'entreprise américaine Vast ?
R: "Vast veut construire le successeur de l'ISS. Ça fait longtemps que la Nasa a recours au privé, notamment pour nous envoyer dans l'espace. La Nasa s'est dit qu'elle allait avoir la même démarche pour une station spatiale. Les gens parlent beaucoup du secteur privé, SpaceX, etc, mais dans les faits, ça n'a pas changé énormément. C'est juste qu'on a déplacé le curseur vers un peu plus d'autonomie pour le secteur privé. Donc, Vast se positionne sur ce marché-là, ils veulent lancer un démonstrateur de la taille d'un module de l'ISS, qui serait une station autonome, pour prouver à la Nasa qu'ils ont les capacités de le faire. Et ensuite, remporter ces futurs contrats pour construire une station spatiale privée américaine. Dans ce cadre-là, pour le premier vol vers cette station, ils ont besoin de tests, d'évaluations et ils ont été intéressés par le profil d'Arnaud, qui est ingénieur d'essai. Ce partenariat public-privé a vocation à continuer. Là, il nous permet à la fois de ne pas subir les aléas géopolitiques, et d'avoir des coûts moindres".
T.Ziegler--VB