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Asie-Pacifique: Pete Hegseth vedette d'un sommet défense sans ministre chinois
Le chef du Pentagone, Pete Hegseth, est la tête d'affiche du principal forum de défense d'Asie-Pacifique qui s'ouvre vendredi, mais aucun haut responsable chinois n'est présent, laissant Washington imposer le ton sur Taïwan et l'Iran.
Pour la deuxième année consécutive, la Chine n'enverra pas Dong Jun, son ministre de la Défense, au "Dialogue de Shangri-La" organisé à Singapour. L'événement réunit durant trois jours chefs militaires et chercheurs d'environ 45 pays.
Pour des analystes, l'envoi par Pékin d'une délégation de faible niveau, constituée principalement d'experts militaires, est le signe de la puissance croissante du géant asiatique, qui ne s'embarrasse plus d'y dépêcher ses hauts responsables.
Le Dialogue de Shangri-La propose chaque année discours et tables rondes. Il offre un cadre propice aux échanges de vues, y compris entre pays rivaux, lors de sessions publiques ou dans l'intimité des salons feutrés d'un hôtel de luxe.
Mais aucune rencontre n'aura donc lieu entre Dong Jun et Pete Hegseth.
Les deux hommes auraient pourtant eu matière à s'entretenir: de la manière pour les Etats-Unis de trouver une issue à la guerre contre l'Iran – potentiellement avec l'aide de la Chine – au dossier ultrasensible de Taïwan, où Pékin met régulièrement en garde Washington contre toute ingérence.
La venue de Pete Hegseth intervient deux semaines après une visite d'Etat de Donald Trump en Chine, où la question des ventes d'armes américaines à Taïwan a été abordée.
- "Assez virulent" -
Selon le locataire de la Maison Blanche, elles constituent d'ailleurs "un très bon atout de négociation" pour faire pression sur Pékin sur d'autres sujets.
Le discours de Pete Hegseth samedi matin devrait toutefois être "assez virulent contre la Chine", prédit Oh Ei Sun, chercheur à l'Institut des affaires internationales de Singapour.
"Avec Trump, tout est négociable. Même avec des ennemis, des accords peuvent être conclus (...) y compris en utilisant Taïwan comme monnaie d'échange", déclare-t-il à l'AFP.
Donald Trump avait revendiqué la conclusion durant sa visite en Chine d'accords commerciaux "fantastiques", sans toutefois enregistrer d'avancée avec Pékin sur la guerre en Iran.
La Chine avait envoyé Dong Jun au Dialogue de Shangri-La en 2024 et il y avait rencontré son homologue américain de l'époque, Lloyd Austin.
Mais il "était absent l'an dernier, car apparemment la Chine ne souhaitait pas dialoguer" avec Pete Hegseth, affirme William Choong, chercheur à l'Institut ISEAS-Yusof Ishak, à Singapour.
La Chine est représentée cette année par le général de division Meng Xiangqing, de l'Université de la Défense nationale. Il conduit un groupe d'experts et membres de cette institution, mais aussi de l'Académie des sciences militaires et de la Marine.
Dans une analyse publiée pour le groupe de réflexion Lowy Institute, William Choong estime que les raisons de l'absence de Dong Jun semblent évidentes.
- Contrer les critiques -
"La Chine est désormais devenue une grande puissance régionale, donc elle n'a pas vraiment besoin d'envoyer son ministre de la Défense pour y affronter une pluie de questions et chercher à se faire bien voir", souligne-t-il.
Mais comme l'an dernier, Pékin n'aura ainsi aucun haut dirigeant sur place pour contrer de possibles critiques de Washington sur Taïwan ou la mer de Chine méridionale.
"Avec l'image du leadership américain qui se dégrade", la Chine aurait pu profiter de l'occasion pour "apaiser les tensions régionales" et rassurer ses voisins en rappelant sa position selon laquelle l'option militaire ne sera utilisée contre Taïwan "qu'en tout dernier recours", souligne M. Choong.
Autre occasion pour les Etats-Unis d'imposer leur tempo: les ministres de la Défense américain, britannique et australien doivent s'entretenir en marge du forum.
Ces trois pays ont fondé l'accord de coopération militaire "Aukus". Son objectif officiel est de renforcer la stabilité en Asie-Pacifique, mais Pékin y voit une tentative de contrer son développement.
Le ministre australien de la Défense, Richard Marles, a assuré vendredi à la presse que l'Australie cherchait à "préserver l'ordre mondial fondé sur des règles".
"La Chine a considérablement renforcé son armée (...) sans les garanties stratégiques que nous espérions", a-t-il lancé, dans une première charge contre Pékin.
L.Meier--VB