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Entre crise et espoir de changement, le marché immobilier frémit à La Havane
Prix à la hausse dans certains quartiers, intermédiaires plus actifs et intérêt croissant des émigrés cubano-américains pour le secteur: à La Havane, le marché immobilier connaît quelques signes de relance, certains investisseurs anticipant des changements économiques ou politiques sur l'île communiste.
A Cuba, 9,6 millions d'habitants, le marché immobilier a émergé en 2011 lorsque les habitants ont été autorisés à acheter ou vendre leur maison. Auparavant, ils ne pouvaient que l'échanger.
Les étrangers ne sont pas autorisés à acheter un logement, sauf à être résidents permanents ou à passer par des prête-noms locaux, et les agences immobilières privées n'existent pas, même si des travailleurs indépendants officient comme intermédiaires.
Dans une économie en crise depuis six ans et quasiment paralysée par le blocus pétrolier imposé depuis début 2026 par Washington, des professionnels du secteur relèvent néanmoins un frémissement.
Yovanni Cantillo, qui travaille comme intermédiaire, constate depuis quelques mois "une reprise du flux, de la dynamique" à La Havane, avec un impact sur les prix.
"Dans des quartiers comme Miramar, Nuevo Vedado et Vedado", les plus cossus de la capitale, "on observe une légère hausse", explique-t-il, même si les prix restent entre 40% et 50% en dessous de ce qu'ils avaient atteint lors du dégel historique entre Cuba et les Etats-Unis à partir de 2015.
La reprise des relations diplomatiques entre les deux pays sous la présidence du démocrate Barack Obama (2009-2017) avait donné un coup de fouet au secteur. Les investissements immobiliers dans le tourisme s'étaient multipliés au moment où Airbnb pénétrait sur l'île.
- "C'est le moment" -
Mais le renforcement des sanctions sous le premier mandat du républicain Donald Trump (2017-2021) et la pandémie ont mis un coup d'arrêt à cet essor. Une vague d'émigration massive, avec le départ de plus de 1,5 million de Cubains depuis 2020, a fini de faire s'effondrer le marché.
Désormais, la pression maximale exercée par Washington, qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime sur l'île située à 150 km de la Floride, fait à nouveau bouger le marché, constatent les professionnels.
Certains intermédiaires ont même modifié leur discours à l'égard de potentiels acheteurs. "C'est le moment d'acheter", "ceux qui savent sont en train d'investir", peut-on lire sur leurs annonces postées sur les réseaux sociaux, dans une allusion à peine voilée à de possibles changements sur l'île.
"Le marché bouge en raison des expectatives" et non pas de l'offre et la demande, résume Luis Mijail Lopez, propriétaire d'une entreprise privée de construction dans la capitale de 1,7 million d'habitants.
"Il y a plus d'acheteurs et beaucoup de vendeurs ont suspendu leur vente" en espérant une hausse prochaine du marché, ou "ont fait monter les prix" de leur bien, confirme Yovanni Cantillo.
Selon lui, plusieurs facteurs nourrissent ces attentes: les pourparlers en cours entre Washington et La Havane, et une nouvelle loi cubaine sur le logement en préparation, qui autorise l'hypothèque et permettra aux Cubains de posséder deux logements en ville et un à la campagne.
Cette législation, attendue pour juillet, "va permettre de posséder trois maisons (contre deux actuellement), ce qui veut dire qu'il sera possible de faire des affaires avec ces propriétés", confirme un architecte consulté par l'AFP et qui n'a pas souhaité donner son nom.
- Nationalisations -
Autres facteurs, selon M. Cantillo, un fort ralentissement de l'émigration, ce qui a fait diminuer l'offre, et la part croissante du secteur privé dans le tissu économique.
En plein essor, les petites et moyennes entreprises, autorisées depuis 2021, s'installent dans des maisons ou appartements pour développer leurs activités, dans une capitale où l'immobilier de bureau est quasi inexistant.
Enfin, l'arrivée d'entreprises privées du bâtiment, qui gèrent elles-mêmes leurs importations, a fluidifié la disponibilité de matériaux de construction qui ont longtemps souffert de pénuries, et facilitent la rénovation de maisons.
Dans ce contexte, l'intérêt pour ce marché des Cubains-américains, dont environ 2 millions résident aux Etats-Unis, est une donnée "essentielle", ajoute Yovanni Cantillo.
"Les Cubains-américains qui sont partis et ont gagné un peu d'argent veulent revenir investir sur l'île", confirme l'architecte consulté par l'AFP.
Un Cubain de 48 ans a ainsi expliqué sous anonymat à l'AFP depuis Miami, où il réside depuis 32 ans, avoir demandé à un membre de sa famille de lui chercher un appartement à La Havane "car il va y avoir des changements".
Cette perspective ravive aussi l'espoir de certains exilés de récupérer leurs propriétés nationalisées par le gouvernement communiste après 1959.
K.Hofmann--VB